[Chronique Littéraire] La Passe-Miroir – T3 : La Mémoire de Babel, Christelle Dabos

   Oui je sais, j’avais dit que la Passe-Miroir, c’était pour le mois de février, mais on en est pas si éloigné. 😉 Bref, pour cette nouvelle chronique, nous revoici dans le monde la Passe-Miroir de Christelle Dabos, avec le tome 3 : La Mémoire de Babel (Gallimard).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : La Passe-Miroir T3 : La Mémoire de Babella-memoire-de-babel
  • Auteur/Autrice : Christelle Dabos
  • Illustrateur/Illustratrice : Laurent Gapaillard
  • Édition : Gallimard Jeunesse
  • Collection : Grand Format / Pôle Fiction
  • Genre : Fantasy
  • Public : Jeunesse, Adulte
  • Cycle :  oui (3/4)
  • Pages : 496
  • Parution : juin 2017
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix : 12.99 euros – 18 euros
  • ISBN : 978-2075081894
  • Lien : Gallimard Jeunesse : La Passe-Miroir T3

Résumé : Deux ans et sept mois qu’Ophélie se morfond sur son arche d’Anima. Aujourd’hui, il lui faut agir, exploiter ce qu’elle a appris à la lecture du Livre de Farouk et les bribes d’information divulguées par Dieu. Sous une fausse identité, Ophélie rejoint Babel, arche cosmopolite et joyau de modernité. Ses talents de liseuse suffiront-ils à déjouer les pièges d’adversaires toujours plus redoutables? A-t-elle la moindre chance de retrouver la trace de Thorn?

Dans un troisième livre vibrant, Christelle Dabos explore la merveilleuse cité de Babel. En son cœur, un secret insaisissable, qui est à la fois la clef du passé et celle d’un futur incertain.

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

Lu dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

   Si vous voulez lire la chronique du tome 1 datant de 2016, c’est ici, sinon pour le tome 2, c’est par là. Et comme il s’agissait d’une lecture comme avec Symphonie, pour voir ses chroniques, c’est de ce coté : T1T2T3.

 

Couverture et Accroche

   Mon avis n’a pas changé, je suis toujours aussi fan de l’effet esquissé de l’illustration de Laurant Gapaillard. Cette fois-ci, il nous fait découvrir une nouvelle arche, celle de Babel, et en particulier le Mémorial de Babel, cet immense bâtiment aux allures de tour de Pise qui penche au-dessus du vide. Après le bleu et le jaune, nous avons le droit au vert, couleur de l’espoir… pardon, couleur de la luxuriante végétation de Babel.  😉

   Je ne vais pas vous mentir, j’étais perplexe en commençant la lecture du résumé. 2 ans et 7 mois se sont écoulés depuis le tome 2… dur. Je me suis dit que la période choisie était particulièrement longue et que l’autrice aurait à garder ses bases tout en montrant que le monde a évolué, ainsi et surtout que les personnages. L’enchaînement avec le « Aujourd’hui, Ophélie doit utiliser ce qu’elle a appris dans le tome 2 » ne m’a pas rassurée. Mais qu’a-t-elle donc fichu tout ce temps ? Bref, disons que je me posais quelques questions.

 

Prose et Structure

   Difficile d’ajouter quoi que ce soit à ce que j’ai déjà pu dire sur le sujet. Christelle Dabos a vraiment un plume élégante et maîtrisée. Elle m’a semblé un peu moins riche et documentée que dans les tomes précédents, les descriptions un peu moins pointues, mais ce n’est ni choquant, ni problématique pour la lecture, c’est un simple constat.

   S’il y a un point sur lequel je ne m’étais pas exprimée, c’est la structuration de son intrigue. Elle a le don de placer les éléments là où il faut quand il faut (à une exception près), avec une élégante subtilité qui permet au moins curieux de se souvenir des détails et aux plus enquêteurs des lecteurs de ne pas tout anticiper dès les premiers indices. Cela passe notamment par l’emploi de différents effets de mise en scène qui sont rarement redondants (en excluant ce qui l’est volontairement, je vous vois venir ^^).

    Concernant la structure du récit, on se retrouve avec une petite nouveauté. Ici, plus de bribes de mémoire qui entrecoupent l’intrigue, mais des chapitre conter par un nouveau point de vue, celui de Victoire, la fille de Berenilde qui a acquis la capacité de projection spirituelle et peut ainsi se balader partout sans qu’on s’en aperçoive. De quoi renseigner sur les événements qui se déroulent loin d’Ophélie et qui ne sont pas toujours joyeux.

 

Personnages et Figurants

    J’ai vraiment aimé ce tome. Pourtant, je dois dire qu’aujourd’hui encore, alors que j’écris ma chronique, je ne sais toujours pas si je l’ai autant apprécié que les tomes précédents. Et cela à cause d’un point essentiel : Ophélie.

   J’ai trouvé Ophélie un peu agaçante dans ce tome. La crainte que j’ai eu à la lecture du résumé s’est un peu confirmée, mademoiselle était en pause durant 2 ans et demi. Loin d’une simple pause, c’est même à une régression que nous assistons, puisqu’elle revient à un stade adolescent pouvant être assez pénible sur certains aspects. Bien que cela soit compréhensible, son obsession pour retrouver Thorn n’a rien de mature et l’a rendu, à mes yeux, assez semblable à d’autres héroïnes du genre. Le contexte scolaire de ses études sur Babel n’aidant pas à la doter de maturité, je dois avouer que j’ai été soulagée lorsque Thorn est enfin réapparu. Dès ce moment, elle m’a paru moins tourner en rond, quoi que toujours dans le reproche d’une faute qui lui incombe entièrement. Et en même temps… et en même temps c’est compréhensible. Ophélie nous communique son vide intérieur, sa fébrilité, son incapacité à communiquer ce qu’elle a sur le cœur. Elle est à mes yeux bien plus maladroite émotionnellement que l’est Thorn, car elle ne dit rien, si bien que j’ai eu envie de lui mettre quelques baffes pour qu’elle prenne conscience que le problème, c’est elle.

Thorn arrive tardivement dans ce tome, et les scènes avec lui sont assez peu nombreuses. Pourtant, il nous remplit d’un seul coup ce vide qu’Ophélie nous dépeint en long et en large. Leurs retrouvailles ne plairont pas à certains lecteurs, mais elles m’ont semblé justes, car fidèles au caractère de Thorn (il y a une Visionnaire avec eux, évidemment qu’il ne va pas montrer qu’il la connait). Il a évolué et pourtant il reste fidèle à lui-même. Sans sa montre à faire claquer, il a reporté ces tocs ailleurs, comme se nettoyer plusieurs fois de suite les mains à l’alcool. Il est toujours aussi froid, maniaque et rigide, mais on voit bien qu’il est en attente depuis la fin du précédent tome. Car lui, il avait déjà fait le premier pas, et de son point de vue, il n’a plus rien à prouver (et quand on connait son caractère, sa façon de voir les choses se comprend parfaitement).

   Les personnages secondaires des précédents tomes sont peu présents si ce n’est à travers les yeux de Victoire, la fillette de Berenilde qui vit toujours au Pôle avec sa maman, sa grand-marraine Roseline (tante d’Ophélie) et ce taquin de parrain Archibald, qu’elle adore. les chapitres les concernant sont peu nombreux et servent plutôt de clefs importantes de l’intrigue, aussi je ne m’étendrai pas sur le sujet.

   Si les anciens ne sont pas présents, de nouveaux venus font leur apparition. Nous faisons ainsi la connaissance d’Ambroise, le fils de Lazarus, l’explorateur croisé rapidement dans le tome 2. Le pauvre garçon a les membres inversés (gauche à droite et inversement), si bien qu’il ne peut se déplacer qu’en fauteuil roulant. Nous le voyons peu, car Ophélie se retrouve rapidement enfermée dans une école spécialisée au règlement très strict.

   C’est dans cette école, intégrée dans l’espoir d’atteindre le coeur de la mémoire de Babel afin de retrouver Dieu et Thorn, qu’Ophélie rencontre la plupart de ses adversaires du moment, principalement les étudiants rivaux, dont Mediana qui la fera rapidement chanter et Octavio qui la surveille avec ses capacités de Visionnaire (vue sur-développée) mais aussi les professeurs, en particulier Lady Septima, la mère d’Octavio. Tous ont des capacités et un caractère bien définis, même si l’atmosphère « école d’élite » m’a semblé les rendre un peu caricaturaux.

   C’est finalement en Blasius, un commis du Mémorial doté d’une improbable malchance, qu’Ophélie trouvera son seul véritable allié. Le pauvre homme semble porter la poisse à tous ceux qui l’entourent, tant et si bien qu’il éclipse totalement la maladresse pathologique d’Ophélie, c’est dire. Il est néanmoins sympathique et volontaire, la présence de la jeune femme lui donnant enfin une bonne raison de ne pas s’enfoncer dans la déprime de son isolement forcé.

 

Univers et Peintures

   Le monde de la Passe-Miroir est celui d’un monde dévasté par un vieux cataclysme nommé Déchirure qui fendit la terre. Il ne reste à l’époque du roman que des îles flottant dans le vide, nommées arches, et dirigées par des divinités appelées esprits de famille. Si nous avions précédemment vu Anima, l’arche d’Ophélie où les gens peuvent animer les objets, et le Pôle, l’arche de Thorn où l’élite s’amuse avec les capacités de l’esprit, nous débarquons cette fois-ci à Babel, l’arche dirigée par Hélène et Pollux, maîtres des sens. Cette arche est inspiré de l’Afrique et de l’Asie, avec une végétation luxuriante, la présence d’éléphants et de girafes, une population native à la peau assez sombre portant des turbans et des saris.

   Les vêtements sont un élément important des coutumes locales, puisqu’ils répondent à un code très strict dont le non-respect entraîne une amende, en plus d’une totale indifférence de la population qui ignore tous vos appels à l’aide. Ainsi, les sans-pouvoirs ont par exemple l’obligation de porter du blanc, pour bien les différencier des descendants des esprits de famille dotés de capacités spéciales. Les capacités natives de Babel sont liés à Pollux et s’apparentent principalement au développement de l’un des cinq sens. On peut ainsi trouver des Visionnaires, des Olfactifs et ainsi de suite.

   L’arche de Babel est bien plus cosmopolite que celle du Pôle, et on a enfin l’occasion de voir plus en détail les capacités des autres communautés, en particulier la manipulation du magnétisme des Cyclopéens qui permet de marcher au plafond, ce qui est bien utile dans le Mémorial. Elle n’est cependant pas aussi ouverte qu’on pourrait le croire et possède notamment un Index, un livre des mots interdits qui condamne sévèrement tout ceux qui emploient des mots en rapport avec la guerre. Par l’intermédiaire de ses esprits de famille, Babel favorise l’excellence et l’évolution hiérarchique au mérite, ce qui rend les sans-pouvoirs amers, car ils n’ont aucune possibilité de rivaliser avec les descendants des esprits de famille.

 

Intrigues et Rouages

   Cela fait 2 ans et 7 mois qu’Ophélie se morfond chez elle sur l’arche d’Anima, lorsqu’Archibald débarque soudain. Ayant hérité de capacités liées à l’espace, il sait désormais utiliser les Roses des Vents pour voyager d’une arche à une autre. Alors qu’il repart au Pôle avec la tante Roseline pour soutenir Berenilde et sa fille Victoire, Ophélie se rend sur Babel dans l’espoir de retrouver la trace de Dieu, créateur des esprits de famille, et de Thorn. Mais à peine est-elle arrivée qu’elle s’aperçoit que rien sur cette arche ne fonctionne comme au Pôle ou sur Anima.

   Autant le dire, le début a été un poil déconcertant. Sachant qu’Ophélie voulait se rendre à Babel depuis quelques temps, je n’ai pas compris pourquoi elle n’avait pas pris la peine d’étudier un minimum les coutumes locales. Heureusement, un bon samaritain, Ambroise, s’empresse de lui porter assistance. On a beau dire qu’elle s’attire les ennuis, Ophélie sait aussi attirer les bonnes volontés. Vient ensuite l’acceptation à l’école d’élites pour devenir avant-coureur, prodige dans l’obtention d’informations. Elle n’a clairement pas le niveau, mais sa capacité spéciale de liseuse d’objets lui octroie une période probatoire. Autant Ophélie ne se laisse pas démonter par ses rivaux, autant j’ai trouvé l’ambiance moins mature que dans les premiers tomes (malgré une mort et quelques menaces), ce qui accentue le sentiment de régression. J’ai comme dans l’idée que c’est volontaire, d’autant que le retour de Thorn déploie une atmosphère plus pesante, plus semblable à celle du Pôle. Est-ce de la simple nostalgie de ma part ou est-ce que vraiment l’arche de Babel me parle moins ?

   Globalement, j’ai bien aimé l’intrigue centrale de ce tome, mais j’ai été un peu déçue par sa conclusion. Ce n’est pas un total Deus ex Machina, parce qu’on avait déjà parlé de la personne qui conclut l’affaire, mais elle arrive un peu trop à point nommé. Par contre, j’ai apprécié la façon dont se termine le tome, sur deux notes de suspense qui devraient relancer l’intrigue du tome 4 sur les chapeaux de roue.

   Concernant le point que beaucoup attendent, la romance. Personnellement, je fais la distinction entre la romance en elle-même, qui est du même niveau que dans les autres tomes, et la manie d’Ophélie à parler de son vide intérieur. Non la romance n’est pas ordinaire, parce que les personnages eux-mêmes sont particuliers (et fort heureusement, ils ne changent pas sur ce point). Elle est toujours aussi distante et froide, elle n’est sujette qu’à quelques moments de fulgurances extrêmement rares. Par contre, oui, Ophélie parle de Thorn à longueur de temps. Et ça, effectivement, ça peut déplaire à certains lecteurs.

 

Conclusion et Avis général

   La Mémoire de Babel est un tome un brin étrange, qui certes nous fait découvrir une nouvelle arche du monde de la Passe-Miroir, mais semble faire régresser son héroïne durant une bonne partie de l’intrigue. Si Ophélie se perd ici beaucoup dans son vide intérieur, elle poursuit heureusement sa quête riche en péripéties qui nous donne une meilleure idée du monde dans lequel elle vit et de Dieu, celui à l’origine des esprits de famille. Quant à sa conclusion, elle devrait tenir en haleine les lecteurs, jusqu’à la publication du prochain et dernier tome.

 

Qui souhaite découvrir Babel avec Ophélie ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

La Passe-Miroir – T3 : La Mémoire de Babel ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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8 réflexions sur “[Chronique Littéraire] La Passe-Miroir – T3 : La Mémoire de Babel, Christelle Dabos

  1. entournantlespages dit :

    J’ai aimé découvrir Babel, arche bien différente du Pôle et d’Anima, très cosmopolite et codifiée. Ophélie doit cette fois-ci réussir à s’en sortir par elle-même, même si elle réussit toujours à trouver de l’aide autour d’elle.
    Souvent, j’aime la nouveauté, mais l’auteure nous a peut-être trop sorti de notre zone de confort pour que j’apprécie ce tome autant que les autres. J’ai été déçue de ne plus lire de bribes autour des esprits de familles. Finalement Pollux et Hélène sont très peu développés. Archibald, Bérénice et Roseline m’ont vraiment manqué même si le point de vue de Victoire est intéressant. Et Thorn… qu’est-ce qu’il s’est fait attendre ! Dès sa première apparition, je ne pouvais plus lâcher le livre, mon rythme de lecture s’est relativement accéléré. Les retrouvailles entre lui et Ophélie m’ont au départ tout autant étonnée que l’animiste car évidemment, j’espérais mieux mais c’est tout à fait en adéquation avec le caractère de Thorn. Et j’ai trouvé finalement que c’était Ophélie qui peinait à se remettre en question, attendant que Thorn fasse le premier pas alors qu’elle n’arrive pas elle non plus à s’ouvrir complètement à lui.

    Aimé par 1 personne

    • Eleyna dit :

      Je crois que tout le monde attendait le retour de Thorn avec une certaine impatience (même si pour moi, c’était tout autant pour qu’Ophélie se calme un peu ^^). En tout cas, heureusement qu’ils finissent par se comprendre, parce qu’au bout d’un moment… ^^

      Aimé par 1 personne

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