[Chronique Littéraire] L’Enfer du Troll, Jean-Claude Dunyach

   Aujourd’hui, nous retrouvons notre ami troll de L’instinct du troll, avec sa suite, L’enfer du Troll, de Jean-Claude Dunyach (Editions l’Atalante).

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FICHE TECHNIQUE

  • Titre : L’enfer du Trolleb0200c3491fb570d26ae90adbacb2f6
  • Auteur/Autrice : Jean-Claude Dunyach
  • Illustrateur/Illustratrice : Gilles Francescano
  • Édition : L’Atalante
  • Collection : La Dentelle du Cygne
  • Genre : Fantasy humoristique
  • Public : Adulte
  • Cycle : Oui (2/2)
  • Pages : 208
  • Parution : 25 mai 2017 
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix :  6,49 euros – 12,90 euros
  • ISBN : 978-2841727605
  • Lien : L’Atalante : L’enfer du Troll

Résumé : – Nous sommes censés accompagner Sheldon et Brisène dans leur voyage de noces à l’autre bout du monde et jeter un coup d’œil à la situation d’une des mines locales, qui s’ouvre à flanc de volcan. Les rapports qui lui parviennent ne sont pas conformes au planning.
– Tu t’attends à quoi ?
– Une menace inconnue, terrifiante, du genre que les humains ne sont pas taillés pour affronter. Une apocalypse à l’échelle du monde, qui risque d’éradiquer toute vie intelligente sur Terre. Et ça pourrait même nous affecter, par ricochet…
Pour venir à bout de leur quête, le troll et ses complices vont devoir affronter les typhons des mers du sud, une armée de zombies et de consultants, et résister aux pièges des épouvantables souvenirs pour touristes. Mais ils disposent d’une arme secrète :
Leur mission est dotée d’un budget.

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

Attention, ce livre fait suite à L’instinct du Troll dont je risque de spoiler quelques détails. 

 

Couverture et Accroche

   La couverture est très belle dans ses teintes dorées, notamment au niveau de la boule à neige, rappel amusant des mésaventures du récit. En revanche comme pour L’instinct du Troll, je trouve toujours que le troll ne ressemble pas à ce qui est présenté dans le récit, en tout cas au niveau des « textures » qui font trop charnelles et pas assez minérales. Quoi qu’il en soit, l’illustration est magnifique dans ces jeux de lumière.

   Le résumé est plutôt intéressant puisqu’il s’empare d’une part de dialogue explicatif présent dans le texte, avant de résumer de façon amusante dans quoi s’embarque notre héros et ses amis. Des menaces aussi sérieuses que des zombies, des consultants et des boutiques de souvenirs, ça donne tout de suite une excellente idée de l’univers dans lequel le lecteur est amené à plonger. Je précise toutefois qu’il est préférable d’avoir lu les premières aventures du troll, car on y fait référence dès le début de ce tome, et ça me semble plutôt nécessaire pour comprendre toute l’ironie de certaines situations.

 

Prose et Structure

    La plume de l’auteur s’est un peu complexifiée d’un volume à l’autre, puisqu’on s’engage davantage dans le charabia managérial, afin d’en accentuer la caricature. Amusant certes, mais aussi un peu redondant. Car si précédemment, l’auteur multipliait les effets comiques, il aura ici tendance à réutiliser un peu plus régulièrement les mêmes, en usant du vocabulaire technique à toutes les sauces, mais aussi en indiquant de façon plus ou moins appuyée tout ce qui pourra de près ou de loin être lié à de l’humour graveleux. Un humour qui, comme vous l’aurez compris, me fatigue assez vite (j’aime bien à petite dose, pas à chaque fois qu’on fait référence à un trou ou à un bâton). Finalement, c’est dans les références les plus discrètes que je me suis retrouvée, notamment dans la construction de l’univers qui emprunte énormément aux stupidités de la société actuelle. Personnellement, j’ai donc davantage ri de l’absurdité du monde en lui-même que des réflexions tendancieuses. Mais tout sera une question de goût, et j’imagine que d’autres lecteurs seront bon public sur l’ensemble des blagues.

   Dans le précédent tome, nous suivions notre ami troll au cours de 4 aventures se succédant de façon chronologique, ce qui donnait un aspect recueil à l’ensemble et une certaine efficacité dans la structuration de chaque intrigue. Ici, nous revenons au traditionnel roman à chapitres suivant un fil rouge. Et pour être honnête, je trouve ce format moins adapté à la plume de l’auteur. J’ai ressenti une impression de longueur, comme si l’histoire n’avançait pas et stagnait un peu en haute mer. Pour moi, l’auteur excelle sur le format court, mais se perd un peu au format roman, comme n’ayant pas encore accepté qu’il avait la place de déployer des intrigues secondaires ou d’avantages de péripéties essentielles à l’intrigue principale. Toutefois, je ne doute pas que d’autres lecteurs trouveront au contraire ce changement de format bienvenu, en particulier ceux lisant peu de nouvelles.

 

Personnages et Narrateurs

   Nous retrouvons notre troll au nom inconnu, à la retraite depuis ses dernières mésaventures. Loin de sa mine et de ses nains piocheurs, le pauvre contremaître s’ennuie ferme et commence à nous faire une petite déprime. Heureusement les événements nous le remette vite d’aplomb et nous le retrouvons en pleine forme, prêt à dispenser ses ordres à coups de poing et à se rincer le gosier à coups d’eau ferrugineuse. Fidèle à lui-même, si vous l’avez apprécié dans ses précédentes aventures, vous devriez tout autant l’aimer dans celle-ci.

   Le troll est désormais accompagné de sa trollesse, personnage rencontré tardivement dans L’instinct du Troll, et avec qui il file le parfait amour (à la troll, bien entendu). Et il faut dire que sa présence régulière est bienvenue suite à ses premières apparitions. Réactive et instinctive, elle complémente parfaitement son partenaire, en apportant une touche de féminité qui plaira à beaucoup de lecteurs. Personnellement, j’ai trouvé que son sexe féminin était souvent mis en avant comme un trait de caractère, indissociable de la superficialité, puisque la coquetterie reste l’apanage des femmes, et de la fragile préciosité, puisqu’il ne faudrait pas dire que madame fait moins bien que monsieur (mais quand même, c’est monsieur le héros). Bref, cela plaira ou non, selon votre rapport aux vieux clichés sur les personnages féminins. 

   Cédric le stagiaire est de retour pour servir son maître de stage, et il fait cette fois la connaissance de Seth, un elfe qui dissimule sa fourberie derrière ses grandes oreilles d’être parfait qui sent bon l’humus. Ils sont accompagnés de Sheldon, l’accroc à la tablette devenu écuyer après avoir récupéré Excalibur, et Brisène, fille à papa et grande gueule attitrée du récit. Désormais mariés, les deux tourtereaux en sont déjà à s’engueuler alors qu’ils n’ont pas encore entamé leur voyage de noces. Ou pour être exacte, Brisène gueule sur son époux, en une véritable caricature de mégère casse-burnes qui n’aura, hélas, rien pour rattraper son excessif tempérament. Dommage, tous sont caricaturaux et pleins de défauts, ce qui les rend finalement sympathiques voire attachants, mais celui de Brisène reste absolument détestable. Sachant qu’elle est le seul personnage féminin avec la trollesse, j’aurais espéré un peu de nuance pour elle aussi.

 

Univers et Atmosphère

   Nous retrouvons l’univers loufoque du premier volet, qui emprunte à la fois aux plus grands mythes occidentaux, aux codes de la fantasy et au monde de l’entreprise. On verra peut-être un peu moins de créatures, puisqu’on se retrouve rapidement dans une forme de huis-clos sur un bateau majoritairement peuplé d’humains. Ainsi les nains ne seront que mentionnés (et c’est là notamment qu’il est préférable d’avoir lu les précédentes aventures), et s’il est question d’une sirène, elle ne sera jamais visible. Au contraire, nous en apprenons davantage sur les elfes en la personne de Seth, et nous nous attardons plus amplement sur des nécromants, déjà vu précédemment. Mais là encore, c’est sur les trolls que nous en apprenons le plus, et encore et toujours, sur leurs pratiques sexuelles.

   Il me semble que contrairement au précédent volume, il est plus facile de dire que l’époque du récit s’inspire essentiellement de la nôtre (avant, on pouvait supposer qu’on conservait un esprit moyenâgeux), avec notamment la pratique de la croisière touristique où tout est fait pour faire dépenser de l’argent,  y compris en aménageant des lieux faussement autochtones (quand on construit un village de « bons petits sauvages orphelins » pour vous faire pitié) et des activités barbares mais qu’on s’empresse d’immortaliser à coup de selfies (la maltraitance des animaux sauvages pour votre bon plaisir de poser à côté). Mais ce qui ressort avec le plus d’évidence, c’est bien entendu ce capitalisme à outrance, tellement omniprésent que tous les personnages parlent en termes techniques, y compris pour traduire de simples échanges amoureux ou de nouvelles rencontres. L’univers entier est devenu une vaste entreprise que certains veulent réformer quand d’autres considèrent qu’il est plus simple de ne rien changer. Et c’est là qu’on se retrouve avec le mythe des Enfers, mal suprême du management qui veut imposer à la terre entière sa terrible efficacité au rendement inégalable. Un mal insupportable pour qui a toujours travaillé avec des nains qui piochent dans tous les sens. 😉

 

Intrigues et Thématiques

   Le troll est à la retraite depuis ses précédentes aventures, ce qui le rend passablement morose. Heureusement, son ancien chef a une mission à lui confier, escorter Brisène et Sheldon dans leur voyage de noces à l’autre bout du monde. Avec un budget dédié. Or un budget dédié, c’est trop suspect pour cet ancien contremaître habitué au monde de l’entreprise qui comprend tout de suite que la fameuse escorte cache une mission bien plus terrible et que la destination de leur voyage près d’un volcan est une véritable source d’ennuis, pour ne pas dire les prémices de l’Apocalypse.

   L’idée en elle-même est drôle, mais le voyage pour arriver à destination est un peu long, la faute selon moi à cet aspect huis-clos qui contraint à croiser les mêmes personnages plus ou moins dans les mêmes situations et donc à faire les mêmes blagues. La plupart des péripéties sont d’ailleurs plutôt anecdotiques au regard du but du voyage dont l’intérêt du lecteur est systématiquement relancé « rappelez-vous, ce n’est pas normal », puis repoussé à coup de « vous ne savez pas pourquoi vous partez pour ce volcan, mais moi je sais, mouahahah… ». Le procédé en lui-même n’est pas gênant, mais répétitif, si bien qu’on peut trouver le temps long sur ce fameux bateau qui aurait, à mon sens, eu intérêt à faire escale plus souvent.

    La force du récit réside selon moi dans les thématiques évoquées et leur traitement. Ici, on se retrouve avec une critique du capitalisme et de toutes ses dérives au quotidien. Je vous ai bien entendu parlé de la gestion de la vie quotidienne, et notamment amoureuse, comme s’il était question d’une gestion de projet avec un rendement, un but à long terme, etc… Mais aussi du tourisme qui n’a de nos jours plus rien de merveilleux, puisque tout est faux et tout est fait pour répondre aux exigences de la clientèle, quitte à maltraiter la population et la faune locale. Même les mythes et les anciennes institutions représentées ici par les chevaliers et leur quête du Graal, doivent se plier à cette contrainte d’utilité et de rentabilité, en innovant leur façon de perdurer au sein d’une société qui les dépasse. Quant aux entreprises elles-mêmes, on en découvre la facette la plus absurde où le management se résume à une aisance orale donnant l’illusion d’une certaine compétence, elle-même maîtrisée par les employés eux-mêmes, maintenus dans la certitude de ne pas être suffisamment compétents pour mériter de gravir les échelons. Bref, plus on est haut placé, moins on connait les métiers sous notre direction et plus on veut faire croire le contraire. 😉

 

Conclusion

   L’enfer du Troll est la suite de L’instinct du Troll, et en reprend les bases, s’amusant du monde de l’entreprise et du folklore occidental au travers d’un univers loufoque et de personnages volontairement caricaturaux. Hélas pour moi, je trouve que le format, passé d’un recueil de nouvelles à un court roman, rend l’intrigue longue à se dérouler et force une certaine répétitivité dans les effets humoristiques. Une préférence pour le premier volume, donc, mais je ne doute pas que d’autres lecteurs seront ravis par les nouvelles aventures de ce cher troll. 😉

 

Qui veut accompagner le troll dans son voyage au bout du monde ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

L’enfer du Troll ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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2 réflexions sur “[Chronique Littéraire] L’Enfer du Troll, Jean-Claude Dunyach

  1. Babitty Lapina dit :

    Je ne me suis pas encore lancée dans l’Instinct du troll, mais je trouve ça chouette que cela soit repris dans un second récit. Par contre c’est dommage que le passage des nouvelles au romans donne des longueurs… Je trouve très intéressant de prendre le troll comme personnage principal, c’est pas courant dans la fantasy ! Il y avait aussi le très bon roman entre Ogre et troll qui met en scène un troll à la retraite.

    Aimé par 1 personne

    • Eleyna dit :

      Je t’encourage à lire les deux. 🙂
      Après, ce n’est que mon avis concernant cette impression de longueur, d’autant que cela résulte de plein de petits détails qui me sont personnels (comme l’humour par exemple, très subjectif, il faut l’admettre). J’espère sincèrement que les deux te plairont.
      Mais oui, je suis d’accord, c’est une excellente idée de mettre ce type de « créature » comme protagoniste, ça ouvre de nouvelles perspectives de narration et d’intrigues. Je note pour Ogre et troll. 😉

      Aimé par 1 personne

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