[Chronique Littéraire] Eschatôn, Alex Nikolavitch

   Aujourd’hui, il sera question d’un roman un peu particulier de space opera où la Foi domine, puisqu’il s’agit d’Eschatôn, d’Alex Nikolavitch (Editions Les Moutons Électriques).

Séparateur 4

 

FICHE TECHNIQUE

  • Titre : Eschatôn57003
  • Auteur/Autrice : Alex Nikolavitch
  • Illustrateur/Illustratrice : Melchior Ascaride
  • Édition : Les Moutons Électriques
  • Collection : La Bibliothèque Voltaïque
  • Genre : Science Fantasy, Space Opera, Lovecraftien
  • Public : Tout Public
  • Cycle : One-Shot
  • Pages : 272
  • Parution : 3 juin 2016
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix :  euros – 19,90 euros
  • ISBN : 978-2361832544
  • Lien : Les Moutons Electriques : Eschatôn

Résumé : La grande armée de Foi avait déployé deux légions de diacres pour en finir avec un monde maudit, siège d’une très ancienne et très abominable Puissance qu’il était grand temps de faire périr par le feu, comme l’ordonnait le Saint Catéchisme.

Quand Wangen se réveille de sa transe de combat, de la boue jusqu’à la taille, il découvre avec horreur que ses pouvoirs guerriers l’ont abandonné. Lui et ses quelques camarades survivants doivent échapper à la jungle et à l’ennemi qui y rôde. Mais un autre ennemi se profile alors, infiniment plus redoutable et retors. Une science que l’on croyait oubliée depuis des générations sans nombre. Celle-là même qui une fois déjà avait condamné tout un univers…

Séparateur 4

 

MON AVIS

Bulle d'Eleyna Logo 2

Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

 

Couverture et Accroche

   Ce n’est pas la première fois que je m’interroge sur le sens de la couverture concernant cet éditeur. En effet, il y a un choix atypique dans les textes publiés et probablement essaie-t-on de le retranscrire sur l’illustration. Hélas, je trouve celle-ci trop suggestive, car le tentacule est désormais une marque « lovecraftienne », qui renvoie à une certaine image des créatures monstrueuses. Or, après lecture, je constate que les fameuses créatures n’engagent pas vraiment le lecteur sur cet effroi très en vogue. Elles interrogent certes, mais elles sont finalement peu présentes, et surtout dépassées par un conflit plus dangereux aux yeux des hommes. Bref, n’y venez pas juste pour voir du Lovecraft dans l’espace.

   Heureusement, le résumé oriente mieux sur le contenu de l’ouvrage en dépeignant un univers où la religion est devenue l’élément central de l’empire spatial des hommes. Et si on fait référence à l’ennemi monstrueux, on engage aussi la réflexion sur un retour de la science dans un univers qui en semble dépourvu. Pour des lecteurs de SF, la nature même du conflit peut être une innovation du genre assez intéressante à découvrir. Pour des lecteurs de fantasy, ce fameux conflit ne sera pas sans rappeler l’opposition magie/science, de quoi vous faire glisser doucement vers un genre que vous ne lisez peut-être pas. Dans tous les cas, on retient que le texte est plutôt à cheval entre plusieurs genres, et j’aurais moi-même tendance à le ranger en science fantasy.

 

Prose et Structure

    La plume de l’auteur est assez technique dans son usage d’un vocabulaire pointu, notamment en ce qui concerne la religion. Peu émotionnelle (ce qui peu s’expliquer par le choix des narrateurs endoctrinés), elle déploie toute sa maîtrise d’une façon qui ne conviendra pas à tout le monde. Et si au fur à mesure du récit, elle fait moins bloc et laisse un peu plus de place au lecteur pour être emporté par l’intrigue, je pense que les premiers chapitres pourront décourager ceux qui ont besoin d’une accroche émotionnelle et de plus de liberté dans l’appréhension du style.

    Car la technicité de l’auteur se retrouve aussi dans son rythme particulier. Dans le phrasé même, comme j’ai pu le suggéré en parlant du style, mais aussi dans la structure et les choix de narration. Ici, nous nous retrouvons avec quatre parties, toutes conçues de façon différente, ce qui pourra déstabiliser les lecteurs habitués à une certaine symétrie. Aucun hasard dans ce découpage qui correspond à la thématique du récit, mais aussi probablement à l’expérience de l’auteur dans le milieu de la BD. Ainsi, la première partie propose une alternance de points de vue, en chapitre pour le narrateur principal, et en interlude pour les autres. La deuxième partie inverse le procédé en imposant un narrateur du camp adverse en chapitre, le premier narrateur rejoignant la ronde des interludes. La troisième partie se contente d’alterner des chapitres indépendamment des narrateurs. La dernière n’a carrément plus de chapitre. A cela s’ajoute un nombre de pages de plus en plus faibles, donnant une impression de précipitation vers la conclusion du récit. Un principe vraiment intéressant auquel j’adhère, même si je trouve que la dernière partie devient confuse en allant un peu trop loin dans sa volonté d’instiller un sentiment d’urgence. C’est ici je pense que certains percevront une limite dans leur liberté de lecture, l’auteur imposant son découpage « case par case » sans combler les blancs, naturels à la BD, moins pour un roman.

 

Personnages et Narrateurs

   Après un prologue plus ou moins dispensable, nous suivons le point de vue de Wangen, un jeune diacre dévoué à la Foi, même s’il ne connait que peu de choses du Catéchisme. Son rang militaire faisant de lui un pion sans le moindre esprit critique, il se retrouve déstabilisé dès lors que plus personne n’est au-dessus de lui pour prendre des décisions. Toutefois débrouillard, il se retrouve à imposer son autorité et refuse catégoriquement d’altérer ses croyances au contact de choses impies. Un extrémiste de la Foi qui pourra déplaire à certains lecteurs, et qui pourtant, représente une vision réaliste d’un endoctrinement millénaire.

   Alania, seul point de vue féminin du récit, est une ancienne lictrice déchue de son rang réintégrée aux rangs des serviles diacres. Ayant connu la lumière de la connaissance, elle est moins fanatique que certains de ses comparses et bien plus en proie aux doutes quant aux moyens à utiliser pour repousser l’ennemi. Par son expérience, elle impose rapidement son autorité à la petite troupe de survivants, même si ses choix déplaisent fortement à un certain Wangen.

   Durant les interludes nous découvrons Lothe, l’instigateur de l’assaut raté contre la Puissance qui, en punition, se voit remettre le terrifiant titre d’inquisiteur, assorti de la robe jaune des hérétiques. Malgré une personnalité affable, c’est donc un sentiment de peur qu’il provoque partout où il passe, en particulier lorsqu’il décide d’étudier des secrets interdits pour comprendre comment une Puissance a pu rompre deux légions entières de diacres. Il s’agit du personnage certainement le plus intéressant du récit, qui malgré sa Foi, tente de mettre ses certitudes de côté afin de comprendre comment fonctionnent les autres camps et percer leurs plans.

   Dans le camp des hérétiques justement se retrouve un certain Girthee, un ancien adepte de la Foi qui s’est confronté à ses incohérences et a décidé de s’en détourner pour défendre un nouvel idéal où la science retrouverait sa place centrale dans le monde des hommes. Construit un peu en miroir de Lothe, il est pourtant moins intéressant à suivre, probablement parce qu’il ne se défait jamais de son fanatisme, quel que soit le but qu’il défend.

   D’autres personnages sont présents, comme Maurc un ancien esclave d’une Puissance qui doit désormais découvrir ce que signifie être libre, Ortheim, un commandant d’une troupe de licteurs qui fait preuve de beaucoup de bienveillance malgré la rigueur de sa Foi, ou encore Djan, seule autre personnage féminin actif sans être pour autant protagoniste. Car si on sous-entend que les femmes peuvent faire partie de cette milice religieuse, on rappelle aussi que peu importe combien de temps s’écoule depuis l’aube de notre civilisation, on finit toujours sous un système patriarcal… originalité, quand tu nous tiens…

 

Univers et Atmosphère

   L’univers est celui d’un space opera qui aurait décidé de faire un détour par la fantasy. En effet, si le prologue suggère que nous entrons dans un récit de science-fiction assez classique, dès le premier chapitre, on remet tout en question. Il s’agit bien de parler d’un empire spatial humain suggérant l’expansion de notre espèce à travers la galaxie, il y a fort, fort longtemps. Toutefois, la science est absente, et même reléguée au rang de connaissances hérétiques. A un point tel qu’il est devenu interdit de calculer ou d’installer une roue pour faciliter le travail. Mais alors, comment ces humains de l’espace peuvent-ils voyager d’une planète à l’autre me direz-vous ? Et bien, grâce à la Foi.

   Équivalent magique des romans de fantasy, la Foi est une force spirituelle rattachée au Mental qui permet de piloter des navettes de pierre, enflammer des lances ou encore prendre le contrôle de légions entières. Sous l’influence du Saint Catéchisme, la communauté humaine s’est pliée à un régime religieux rappelant le catholicisme des saintes croisades, mais de façon amplifiée. Retour à un système patriarcal où la femme ne peut gravir les échelons, à une restriction des connaissances pour maintenir son autorité sur la population, à une inquisition qui fait tomber les têtes des malheureux hérétiques. L’accès au Mental, indispensable à la survie de l’empire spatial, n’est pourtant attribué qu’à un minorité d’individus intégrés à cette fameuse sphère religieuse, comme les diacres qui se font contrôler par les cantres seuls capables d’activer leurs lances, ou encore les licteurs, guerriers indépendants capables d’enflammer eux-mêmes leurs armes. Or, même s’il est suggéré que certaines compétences peuvent se développer naturellement, on ne comprend pas toujours comment cette Foi peut suffire aux yeux de la populace qui ne peut pas améliorer son quotidien par des choses aussi simple que le calcul.

    Autre élément de l’univers qui pourra décevoir certains lecteurs, c’est l’implication assez restreinte des créatures appelées Puissances. Ces entités perdent dès le premier chapitre leur aura de terreur en se dévoilant comme des masses informes capables d’envoyer des pseudopodes à la découverte de leur environnement. Elles possèdent pourtant des capacités effrayantes, puisqu’elle peuvent s’emparer de l’esprit des humains pour en faire des drones, des esclaves sans conscience se diluant dans la masse. Hélas, la menace est balayée par la Foi et on comprend dès lors pourquoi il est plus facile d’indiquer la science comme ennemi légitime. Car si l’univers se veut divisé en trois branches d’un triskèle (symbole qui a toute son importance dans le récit) Foi-Puissance-Science, on se retrouve en réalité avec une dualité coutumière où le troisième camp se retrouve finalement à emprunter à l’un et à l’autre pour subsister. Dommage.

 

Intrigues et Thématiques

   Alors qu’il est envoyé comme des milliers d’autres diacres sur une planète pour vaincre une Puissance, Wangen se réveille de sa transe guerrière au milieu de la jungle et sans aucun cantre pour diriger son esprit. Il rallie d’autres survivants, dont Alania, une ancienne lictrice, qui décide de prendre d’assaut le repaire de la Puissance malgré leur faible effectif. C’est alors qu’ils découvrent ce qui a permis à l’entité de balayer leur légion : un gong étrange attribuable à la science, interdite depuis des siècles.

     Si l’intrigue permet de reconstituer l’histoire de cet univers et de comprendre comment on en est venu à s’enfermer dans la Foi, il faut tout de même reconnaître que le premier chapitre évacue rapidement une partie de ce qui attire la plupart des lecteurs vers ce récit. La question sur la dangerosité des Puissances passée, on se retrouve alors avec un récit de survivants de l’espace prenant conscience de ce qui s’est toujours dissimulé derrière leur visière opaque de diacres. Une façon plutôt intéressante de découvrir l’univers, même si on manque par ailleurs d’un réel point de vue sur la science telle qu’elle est utilisée par les hérétiques à l’époque du récit.

   La thématique centrale tourne autour du dogmatisme qui aveugle les conscience humaine. Il est ici poussé à l’extrême en suggérant que l’absence de connaissances scientifiques créé un tel obscurantisme qu’il est désormais possible d’assujettir des individus pour les envoyer au combat avec un casque fermé sur la tête. Guère de subtilité ici dans ce qu’apporte la Foi, le bas de l’échelle vit dans l’obscurité et l’absence d’esprit critique, le haut dans une lumière artificielle et une certitude erronée maintes fois démontrée. On apprécie ou non le parti pris de l’auteur, mais on n’échappera pas à cette suggestion d’une croyance fondamentalement mauvaise pour l’humanité, cette croyance pouvant tout autant être attribuée à la Foi qu’à la Science. Et oui, la croyance ne se trouve pas toujours où on le croit. 😉

 

Conclusion

   Eschatôn est un récit de science fantasy assez particulier où la Foi a pris le pas sur la Science dans un empire spatial humain dominé par un important dogme religieux. Si l’intrigue reconstituant le destin de la galaxie et la disparition de la science est plutôt bien mené, on regrettera une faible présence des Puissances, ces entités difformes censées apporter la touche lovecraftienne au récit. Un récit à la construction narrative par ailleurs intéressante, mais à la conclusion un peu trop précipitée.

 

 

Envie de découvrir la Foi ? 🙂

Séparateur 4

 

UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Eschatôn ?

N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

Séparateur 4

haut de page

5 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Eschatôn, Alex Nikolavitch

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s