[Chronique Littéraire] Les Temps Assassins – T1 : Rouge Vertical, Pierre Léauté

   Aujourd’hui, il sera question d’un ouvrage mêlant uchronie, fantastique et voyage temporel, Les Temps Assassins – T1 : Rouge Vertical, de Pierre Léauté (Mü Editions).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Les Temps Assassins – T1 : Rouge VerticalLes Temps Assassins
  • Auteur/Autrice : Pierre Léauté
  • Illustrateur/Illustratrice : Fanny Liabeuf
  • Édition : Mü Editions
  • Collection : Le peuple de Mü
  • Genre : Fanstique, Uchronie
  • Public : Tout Public
  • Cycle : Trilogie (1/3)
  • Pages : 400
  • Parution : septembre 2016
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Relié
  • Prix :  7,99 euros – 25 euros
  • ISBN : 979-10-92961-57-7
  • Lien : Mü Editions : Les Temps Assassins T1

Résumé : La mort vous libère de tout.
Sauf de vos démons intérieurs.
Après une vie de trahisons, d’aventures et de défis, les flammes de l’enfer lui sont interdites.
Condamnée à errer sur Terre, Charlotte Backson va réapprendre son humanité et laisser derrière elle sa dernière incarnation, Milady de Winter.

Du moins, c’est ce qu’elle croit…

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

 

Couverture et Accroche

   J’avoue avoir craqué sur l’objet livre lors d’un salon. Ce premier tome est sublime dans sa conception, avec sa couverture cartonnée mettant en relief son titre en dorures stylisées. L’illustration en elle-même est magnifique avec cette palette de teintes bleutées qui évoque le froid, en opposition avec les flammes de l’Enfer qu’on refuse à la protagoniste. Mais qui prendra surtout sens à la fin du récit.

   Le résumé a la bonne idée de donner un élément important pour une compréhension optimale du récit : le titre de la protagoniste. Cela peut vous paraître un détail, mais il faut savoir que le personnage est inspiré de celui de Dumas, dans les Trois Mousquetaires. Si j’insiste sur ce point, c’est que tout au long du récit, Charlotte Backson ne sera jamais présentée comme Milady de Winter, et les Mousquetaires ne porteront pas les noms par lesquels on les connait. Or pour moi, occulter ces noms peut desservir le récit, car tous les lecteurs ne connaissent pas l’histoire des mousquetaires et de leur ennemie au point de savoir les identifier par leur origine. Ce rappel me semble donc bienvenu pour identifier la protagoniste et faire les recherches nécessaires pour les lecteurs qui n’auraient pas lu l’oeuvre de Dumas.

 

Prose et Structure

   Le récit est conté à la première personne, du point de vue de la protagoniste. Le style emprunte un rythme et un phrasé qui se veulent recherchés et un peu anciens, afin de coller au personne d’une jeune intrigante du 17e siècle. C’est intelligent et bienvenu, même s’il peut y avoir un petit côté uniforme entre la narration et les dialogues (entre les différents intervenants), ce qui rend la voix de Charlotte moins personnelle, d’autant qu’il lui arrive de raconter à la troisième personne (donc de prendre de la distance). Un aspect qui dérangera le lecteur ou non, suivant l’importance qu’il donne à la personnalisation du style en fonction du personnage.

   L’un des points qui aura marqué ma lecture reste la multiplication des dénominations pour un même individu. Si je comprends l’effet de style, j’ai trouvé cette approche parfois agaçante, notamment dans les premiers chapitres où les quatre mousquetaires ne sont jamais nommés par leurs pseudonymes. Pourtant, Charlotte parle bien du ridicule de ces pseudonymes sans jamais les employer, ce qui donne une impression de tourner autour du pot. Au-delà des seuls noms connus, tous les personnages possèdent une ribambelle d’appellations, parfois se succédant au sein d’un seul paragraphe. Il en résulte un sentiment d’excès, qui aurait pu à mon sens être amoindri sans perdre l’essence du style.

   Concernant la structure du récit, on se retrouve avec trois parties, séparées par de magnifiques illustrations assez sombres, mais qui représentent bien le texte. Chacune de ces parties explore une époque, elle-même représentant une étape du cheminement évolutif de la protagoniste. Rien de singulier à première vue, si ce n’est que la particularité du personnage peut donner l’impression d’un cheminement à l’envers (une sorte de retour vers l’innocence), un choix intéressant pour les lecteurs appréciant la nouveauté dans le principe du voyage initiatique.

 

Personnages et Narrateurs

    Charlotte Backson est donc notre protagoniste et narratrice. Un choix qui peut s’avérer à double tranchant, quand on sait qu’il s’agit de la venimeuse Milady de Winter. Point de comtesse ici, du moins pas comme on la connait. Si on la suis dans ses jeunes années comme contée par Dumas, jeune manipulatrice capable d’empoisonner des rivales, de séduire des hommes de foi et de mentir à des nobles pour arriver à ses fins, le cours de sa vie change lors de sa pendaison par son époux, le comte de Fère (Athos, donc). Revenue d’entre les morts, elle fait rapidement preuve de mauvaise foi en se victimisant et en accusant son prochain de crimes fort semblables aux siens. Une anti-héroïne prompte à crier à l’injustice (et à y croire, semble-t-il), qui n’attire pas vraiment la sympathie, d’autant plus que pour une manipulatrice, elle s’en remet bien facilement à ceux qu’elle croise. Au final, c’est un personnage dont j’attendais plus de mordant et de stratégie. Mais si vous aimez les anti-héros un peu naïf, peut-être saura-t-elle vous séduire. 😉

   Je passerai sur les mousquetaires, finalement secondaires, pour vous parler de Diogène. Lui aussi éternel, il est le premier à se présenter devant Charlotte en tant que tel et donc à la faire entrer dans ce nouveau monde aux règles inconnues. Faisant parti des Anciens d’un ordre appelé Analekta, il se montre malicieux et énigmatique dans sa prise en charge des « nouveaux nés », tout autant qu’inquiétant dans l’exposition des périls que ceux-ci encourent à enfreindre des lois non expliquées. Un personnage mystérieux et un peu suspect donc, que ce soit aux yeux de Charlotte ou du lecteur.

 Éternelle tout comme Charlotte, Abby Fierce a l’avantage de l’expérience, ayant plusieurs dizaines de résurrections à son actif. Douce et prévenante envers cette nouvelle née qu’elle tente de préserver du pire, elle peut aussi se montrer dur et intransigeante quand il s’agit de survie. En tant que membre de l’Horloge, un « club » d’éternels un peu particulier, elle met un point d’honneur à surveiller sa protégée, sans toutefois lui confier quoi que ce soit, ce qui peut s’avérer assez lassant à la longue. Mais la sensation de mystère qui s’en dégage saura certainement plaire à plus d’un lecteur.

   Autour d’eux gravite un certain nombre de personnages secondaires, dont des figures historiques, présences qui témoignent d’un effort et d’un grand respect de l’auteur pour les périodes exploitées. On retrouve aussi de nombreux éternels, certains plus esquissés que d’autres suivant les besoins de l’intrigue. Je regrette un peu que certains d’entre eux, comme les Bellatores, se distinguent assez peu les uns des autres. Mais globalement, les personnages sont plutôt plaisants à découvrir.

 

Univers et Atmosphère

   L’univers reprend différentes périodes historiques entre le 17e et le 20e siècle. La différence est une certaine uchronie, suivant la strate dans laquelle les éternels se trouvent. Car la base de cet univers est le voyage dans le temps. Celui-ci est assez complexe, et pour être honnête, je n’ai pas tout compris des lois qui le régissent. Nous partons avec l’idée que certains individus sont des éternels, qui découvrent leurs facultés lors de leur première mort. Dès lors, l’individu ne vieillit plus et reviendra à l’instant précis de sa première mort chaque fois qu’il décédera de nouveau. Une idée vraiment intéressante, qui donne une image nouvelle sur l’immortalité et ses conséquences.

   Je n’ai toutefois pas saisi si la personne revenait dans son corps d’origine, ou si elle revenait avec le corps de sa dernière mort. Vous allez me dire « qu’est-ce que ça change, vu qu’ils ne vieillissent pas ? » Pas mal de choses en vérité, d’où l’importance selon moi de bien l’expliquer. Une autre incompréhension me vient des rencontres entre éternels. Je n’ai pas compris comment fonctionnait les lois du temps, surtout quand l’un d’eux vient à décéder, et donc à revivre entièrement sa vie, mais que ses confrères se souviennent de ce qu’il a accompli dans une vie qui n’existe plus (autrement dit, comme peux-tu te souvenir qu’untel est mort pendu, si dans la trame dans laquelle tu le retrouves, il n’est jamais mort pendu puisqu’il a changé son destin pour ne pas que ça arrive ?). Alors certes, il y a quelques éléments qui pourraient apporter un début de réponse, mais j’aurais apprécié mieux comprendre les bases de cet univers. Les voyages dans le temps ont toujours été un sujet délicat et on a vite fait d’avoir l’impression de mettre le doigt sur une incohérence. Malheureusement, le manque de curiosité de la narratrice à ce sujet n’aide pas à se faire une meilleure idée. Peut-être dans la suite de la trilogie ?

   Ce premier tome met tout de même en avant un conflit millénaire qui oppose Analekta à l’Horloge. Le premier ordre est partisan de l’immuabilité des faits historiques, le second prône la liberté et le changement. Deux camps fort intéressants, avec leurs forces et leurs faiblesses, mais dont on ne sait finalement que peu de choses, même si on se doute que les révélations sont réservées aux prochains tomes. A voir donc, par la suite. 😉

 

Intrigues et Thématiques

   Alors qu’elle est condamnée par son époux qui a découvert sa vie de débauche, Charlotte Backson revient à la vie sous l’arbre où on l’a pendue. Une mort puis deux, la ramènent à l’instant de sa première mort, lui faisant entrevoir des facultés qui vont bientôt lui être confirmées par d’étranges individus. Des éternels, comme elle.

   L’intrigue passe rapidement sur les premières années de Charlotte, hélas celles où elle se montre la plus active. Passée sa seconde mort et sa rencontre avec d’autres éternels, Charlotte démontre une certaine passivité, ces décisions les plus marquantes impliquant surtout la fuite. Un peu dommage, j’en attendais davantage de ce personnage calculateur, capable d’user de ses charmes et de sa connaissance des poisons pour parvenir à ses fins. Son parcours est certes assez singulier, puisqu’elle commence tel un démon pour revenir peu à peu sur les sentiers de l’humanité, mais elle se perd souvent dans le mélodrame en oubliant son propre passé sulfureux. Un fait que l’on peut accepter par sa relative jeunesse (elle est morte aux alentours de ses 20 ans), mais qui ne la rendra pas pour autant plus sympathique à mes yeux.

    Certains personnages la poussent toutefois à agir, pour une cause, puis une autre, sans donner de réelles explications sur les forces en présence. Sur ce point, on retrouve une certaine répétitivité dans le renvoi aux explications, une forme de « vous le saurez plus tard » qui donne rarement satisfaction. La protagoniste est peu curieuse, et les personnages secondaires trop portés sur le mystère, il en résulte parfois une sensation de suspense un peu forcé, surtout quand une bonne discussion aurait réglé de nombreux problèmes. Je peux comprendre la nécessité des deux ordres à ne pas tout dévoiler de leurs fonctionnements et intérêts, j’aurais toutefois préféré moins de redondance dans la façon de repousser les révélations.

    Heureusement, les thématiques explorées sont très intéressantes et font la force de l’ouvrage. Outre une certaine réflexion sur le temps, le destin inéluctable ou au contraire modifiable, ou encore sur les conséquences de chaque nouvelle résurrection sur la trame temporelle, on retrouve une forme de questionnement sur la notion d’immortalité. Et quelle immortalité ! Là, où dans de nombreux ouvrages, les immortels se contentent de suivre le cours du temps, les éternels de cet univers, eux, reviennent constamment au point de départ. Imaginez donc revivre dix fois, cents fois, mille fois mille ans ? N’y aurait-il pas de quoi devenir fou ? Alors quand en plus, on vous suggère de maintenir la pérennité d’un fait historique ? De vous confronter au suicide pour ne pas révéler votre jeunesse éternelle ? Et de revivre encore et encore pour le bien de l’humanité ? N’aurait-on pas envie de retrouver sa liberté, par tous les moyens ? Quitte à tout bouleverser ? Bref, ce sont des questions qui m’intéressent et qui, j’ai l’impression, seront davantage exploitées dans la suite. Suite indirecte, puisqu’il sera question du destin d’un autre personnage, plus impliqué dans les deux ordres, et qui promet donc davantage d’explications sur l’univers.

 

Conclusion

   Le premier tome des Temps Assassins est un récit qui mélange différentes inspirations, que ce soit l’uchronie, l’immortalité ou encore le voyage temporel. Si l’idée de suivre Charlotte Backson comme protagoniste est plutôt intelligente, j’ai regretté son traitement un peu passif et son besoin récurrent à se victimiser. Toutefois, ce récit est une porte d’entrée intrigante pour explorer plus avant les thématiques de la réalité historique et de l’impact d’éternelles résurrections, dans les deux prochains tomes qui prennent le parti de suivre d’autres personnages.

 

Et vous, envie de découvrir les nouvelles vies de Charlotte Backson ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Les Temps Assassins T1 ?

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7 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Les Temps Assassins – T1 : Rouge Vertical, Pierre Léauté

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