[Chronique Littéraire] Les bras de Morphée, Yann Bécu

   Que diriez-vous d’un peu d’anticipation, avec Les bras de Morphée, de Yann Bécu (Editions L’Homme sans Nom) ?

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Les bras de Morphéeles-bras-de-morphc3a9e-e28093-yann-bc3a9cu
  • Auteur/Autrice : Yann Bécu
  • Illustrateur/Illustratrice : François-Xavier Pavier
  • Édition : L’Homme sans Nom
  • Collection : /
  • Genre : Science-Fiction, Anticipation
  • Public : Tout Public
  • Cycle : One-Shot
  • Pages : 296
  • Parution : 28 mars 2019
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix :  9,99 euros – 17,90 euros
  • ISBN : 978-2-918541-65-3
  • Lien : HSN : Les bras de Morphée

Résumé : À QUOI RESSEMBLERAIT LE MONDE SI L’ON DORMAIT 20 HEURES PAR JOUR ?

Voici un futur proche où l’on veille en moyenne quatre heures par jour. En amour, à l’école, au travail, la routine a forcément l’allure d’un sprint : faire vite, faire court, ne pas trop ramener sa fraise… Trois lois sacrées que Pascal Frimousse profane au quotidien.

Professeur de français désœuvré, il a dû se recycler. Avec 12 heures de veille, il est une perle rare. Toujours fauché, souvent libre… Tuer le temps, c’est son nouveau gagne-pain. Allongez 100 écus, glissez-lui le nom de votre ennemi, il se charge du reste : Frimousse est troll professionnel. Un des meilleurs. Vous pourrez dormir sur vos deux oreilles.

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

 

Couverture et Accroche

   Je ne sais pas si c’est la plus pertinente pour illustrer le récit, mais j’aime beaucoup cette couverture. J’apprécie le choix des couleurs et des contrastes qui rappellent la nuit, rapport au rêve, mais aussi à la fin glorieuse d’une époque. Mais c’est surtout l’effet à la Inception, avec le paysage urbain qui englobe l’astre lunaire telle la représentation de l’œil d’un rêveur qui me plait. Même si finalement, le roman ne parle pas tant du sommeil que de la veille.

    Question résumé, je le trouve plutôt accrocheur. La première phrase remplit parfaitement son rôle, on la retrouve d’ailleurs seule pour la promotion du livre, preuve que le concept suffit à lui seul à alerter le lecteur. Le premier paragraphe pose en quelques mots les bases de ce nouvel univers : moins d’heures de veille donc tout faire vite… sauf pour ceux qui ont le temps. Je regrette un peu la construction du second paragraphe qui peut laisser croire qu’on va suivre le protagoniste dans moult péripéties en lien avec son rôle de troll, alors qu’il nous parlera principalement d’une seule affaire. De même, dire qu’il s’agit de l’un des meilleurs dans son domaine… peut-être est-ce un peu trop s’avancer.

 

Prose et Structure

   Écrite à la première personne du singulier, la narration est moderne, percutante et dotée d’un humour qui fait mouche. Pas tant par la voix du protagoniste que par le comique de situation qui démonte les clichés du genre, autant que les innombrables références culturelles falsifiées par le désormais obligatoire esprit de synthèse. A ce propos, le protagoniste ayant des heures à tuer, il a écrit des pages « Wekeep-edia » complètement barrées dont on retrouve de nombreux exemples en fin d’ouvrage (ça vaut le détour 😉 ). Le narrateur se paie même le luxe de s’adresser directement au lecteur dans un paragraphe qui se moque gentiment des gens un peu pressés qui lisent en diagonale (ou sautent des chapitres ^^). Il n’y a pas à dire, le style de l’auteur, autant que le choix de narration, participent grandement au plaisir de lecture.

  Un petit bémol toutefois. Je déteste les incises non inversées, principalement parce qu’il faut un certain temps au cerveau pour comprendre qu’il s’agit d’une incise et non d’une réflexion du dialogue. Et j’apprécie encore moins quand la règle n’est pas appliquée partout. Ici, c’est le cas, avec les incises à la première personne non inversées (je dis) et les incises à la troisième personnes inversées (dit-il). Aussi, je butais souvent sur les incises, et c’est un peu dommage. En espérant que ce soit un détail qui ne dérange que moi.

   Question structure, j’avoue que c’est un point qui m’a beaucoup plu. Si l’on retrouve bien le découpage en chapitre, on suit toutefois une chronologie non linéaire, mais adaptée au récit. En effet, en fonction des besoins, celui-ci revient aux premiers temps de la catastrophe, navigue un peu dans les souvenirs du protagoniste, revient à son présent pour suivre ses péripéties avant de repartir emprunter au passé. Et tout cela avec une fluidité qui devrait convenir à tous les lecteurs, y compris ceux qui détestent les récits trop compliqués.

 

Personnages et Figurants

   Pascal Frimousse est professeur de français dans une école de Prague, il a la chance de bénéficier de 12h de veille, quand la moyenne mondiale est de 4. Pour combler ses heures et renflouer son porte-monnaie, il est devenu troll professionnel, à savoir qu’il fait perdre le précieux temps des gens en fonction des commandes. Petite déception sur ce point, car on le voit rarement en action en dehors de l’intrigue principale (bonne pourvoyeuse de chance…). En revanche, on passe pas mal de temps à découvrir l’évolution de son métier de prof, et c’est assez savoureux dans son genre. Question compétence, on ne va pas se mentir, c’est sa capacité de veille qui lui donne tout son intérêt, et il le sait très bien. En résulte de nombreuses scènes assez drôles ou dans un sursaut d’héroïsme, il se voit accomplir un acte… pas vraiment comme il le voudrait. Je pense que la plupart des lecteurs le trouveront sympathique, notamment parce qu’il a un côté « monsieur tout le monde » évoluant dans un monde qui a changé, sans verser dans le côté cynique et sombre des héros actuels de SF. Et mine de rien, ça fait du bien.

   Second personnage d’importance, Michel, ancien collègue et CPE du lycée, devenu ami avec Pascal depuis qu’il a changé de voie pour reprendre le bar du Dormeur du val.  C’est un touche-à-tout intellectuel, il enchaîne d’ailleurs les thèses inutiles puisque les sujets ont déjà été étudiés (petit tacle sur l’absurdité des sujets de recherche ^^). Loin de se contenter de sa seule capacité de raisonnement, Michel est aussi un philosophe dans l’âme, mais à la sauce cynique, ce qui le rend particulièrement drôle dans les situations délicates. C’est un personnage attachant, qui selon moi, apporte beaucoup au récit (rien que pour ses réflexions philosophiques déjà ^^).

   On retrouve de nombreux personnages secondaires, tous dotés de caractéristiques qui les rendent facilement identifiables. On est souvent à la limite de la caricature, mais l’auteur s’empresse de rappeler que les apparences peuvent être trompeuses et que si un petit vieux qui craint les androïdes, un videur un peu bêta, ou un homme d’affaire en tenue féminine peuvent prêter à sourire, ils n’en dissimulent pas moins différentes facettes dangereuses ou surprenantes pour le protagoniste (comme quoi, il ne faut jamais juger trop vite).

    Les personnages féminins sont peu mis en avant, hélas. Est-ce que Morphéus a directement plongé les femmes dans un sommeil de 20h de telle façon à ce qu’on ne les voit presque plus… On découvre quand même Aurélia, la femme de Pascal, ancienne laborantine qui consacre ses dernières heures de veille au maquillage, la demoiselle en talons de l’ambassade au rôle plutôt inutile, et la grand-mère mafieuse, personnage ô combien intriguant, mais un peu sous-exploité. J’ai envie de croire qu’il s’agit de cynisme, d’une façon de se moquer de l’usage accessoire que certains auteurs font des personnages féminins. J’avoue toutefois qu’il manque la femme dans le frigo pour parfaire l’idée. ^^

 

Univers et Peintures

   Cet univers d’anticipation est particulièrement intéressant et détaillé. Certes, l’auteur ne s’est pas amusé à donner les conséquences du Morphéus sur tous les domaines géo-politico-socio-économiques, mais c’est tout de même bien plus renseigné que de nombreux textes de post-apo où on se contente de rappeler que c’est désormais la loi du plus fort. Le protagoniste étant professeur, on se retrouve ainsi avec une vision blasée de l’évolution du système éducatif. Le temps étant chose précieuse, on ne demande plus aux élèves d’accumuler des connaissances, mais d’avoir un esprit de synthèse, quitte à raconter de grosses conneries. Ce besoin de gagner du temps se ressent en toute chose, que ce soit la justice désormais locale et expéditive, la nourriture que l’on va chercher au plus près (je ne parle pas de la boulangerie de quartier… encore plus près), le travail qui s’accomplit en visio-conférence, l’interdiction formelle de voyager ou encore l’absence de syntaxe pour communiquer. Ce dernier point permet de différencier les types de dormeurs, ceux ayant du temps faisant des phrases longues, les autres parlant par mots clés. Je regrette toutefois que l’on voit si rarement les gens adapter leur propre syntaxe pour faire gagner du temps aux Marmottes.

   Ah oui, je ne vous ai pas expliqué le principe du Morphéus. Il s’agit d’un phénomène inconnu qui a plongé la population mondiale dans des phases de sommeil de plus en plus longues. Ces phases de sommeil ont le bon goût de conserver des horaires fixes, si bien que s’est développé un système d’alerte qui prévient la personne cinq minutes avant de rejoindre les bras de Morphée. Cela n’empêchent pas les endormissement inopinés loin du lit, contre lesquels ont été développées de petites astuces (à commencer par rembourrer les sols). Cela arrive plus souvent aux gens qui ont du temps, les Marmottes (aux environs de 4h de veille) ou les Zombies (moins de 2h) ayant des plannings resserrés qui les éloignent rarement de leurs couchages.

   Bref, c’est intriguant, bien pensé, bien renseigné sur de nombreux points. D’ailleurs, on passe autant de temps à découvrir les conséquences du Morphéus qu’à suivre Pascal dans son enquête. Si cela peut gêner certains lecteurs qui préfèrent rentrer dans le vif du sujet, personnellement, j’avoue avoir préféré ces anecdotes sur l’évolution de la société.

 

Intrigues et Rouages

   Pascal est professeur de français à Prague lorsqu’en 2050 apparaissent les premiers symptômes du Morphéus. A coup d’anecdotes, il nous raconte comment sa vie et la société ont évolué, jusqu’à son présent, en 2070, où il arrondit désormais ses fins de mois en tant que troll professionnel spécialiste dans la perte du précieux temps des autres. Mais est-ce que ses 12h de veille suffiront à correctement accomplir toutes ses missions ?

   Comme il a déjà été signalé, l’histoire suit autant l’intrigue principale que les souvenirs du protagoniste sur l’évolution forcée de la société suite à l’endormissement progressif de toute la population. Certains pourront trouver les débuts un peu lents, la mission de Pascal n’arrivant qu’assez tardivement dans le récit. Je pense toutefois que la nature même de la narration et la satire perceptible de notre société rendent les chapitres « anecdotiques » très plaisants à suivre. On retrouve bien entendu l’absurdité du système éducatif basé sur une évaluation de cases à cocher, la bêtise derrière notre société de consommation enfermée dans un cycle d’éternel recommencement (oh, un nouveau jouet !), les magouilles politiciennes et les lois expéditives pour endormir la rogne du peuple, la nature humaine qui se satisfait bien mieux de la violence que de la diplomatie, ou encore l’incroyable certitude de posséder toutes les connaissances sur un sujet dès lors qu’on lit une page wikipédia. Bref, à ce niveau, vous en aurez pour votre temps. Et en prime, les anecdotes ne sont pas si anecdotiques pour l’histoire (pas pour rien qu’on vous encourage à ne pas lire en diagonale) 😉

   Concernant l’intrigue principale, on part sur des bases convenues de traque d’un scientifique disparu et recherché par un peu trop de monde. Toutefois, on retrouve souvent des effets de comiques de situation qui viennent casser les clichés du genre, même si j’ai trouvé cela répétitif à certaines occasions (le coup de l’objet qui n’est pas le bon, notamment). J’ai aussi été étonnée de voir à quel point il était facile pour le protagoniste de se remettre de blessures qui auraient nécessité un détour par le corps médical (l’occasion d’en parler par ailleurs). Un détail, car globalement, j’ai trouvé l’histoire cohérente et intéressante à suivre, jusqu’à cette fin, un peu rapide, mais terriblement cynique dans son explication.

 

Conclusion et Avis général

    Les bras de Morphée est un roman d’anticipation drôle et intelligent qui nous décrit sans concession le devenir d’une humanité soumise à une épidémie de sommeil. Un livre qui vaut le détour et qui devrait plaire à tous les lecteurs qui apprécient les satires sociétales.

 

Alors, envie de découvrir les effets du Morphéus ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Les bras de Morphée ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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9 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Les bras de Morphée, Yann Bécu

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