[Mois Ciné] Aout 2021

Ce mois-ci, nous suivons la police de Marseille en pleine tourmente, nous partons chercher une plante légendaire en pleine jungle, nous voyageons parmi les souvenirs, nous découvrons un nouveau super-héros…

[Bac Nord – Jungle Cruise – Reminiscence – Shang-Chi et la légende des dix anneaux]

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Alerte : avis totalement subjectifs en perspective et fortes probabilités de spoilers. 😉

Bac Nord

film_926068Thriller (1h44) de Cédric Jimenez
Avec Gilles Lellouche, François Civil, Karim Leklou

Le film est présenté hors-compétition au Festival de Cannes 2021. Les quartiers Nord de Marseille détiennent un triste record : la zone au taux de criminalité le plus élevé de France. Poussée par sa hiérarchie, la BAC Nord, brigade de terrain, cherche sans cesse à améliorer ses résultats. Dans un secteur à haut risque, les flics adaptent leurs méthodes, franchissant parfois la ligne jaune. Jusqu’au jour où le système judiciaire se retourne contre eux…

Mon avis

   Bac Nord est dans la même veine que Les Misérables de Ladj Ly, un film qui désire apporter une vision humaine des confrontations entre la BAC et les délinquants des quartiers dits difficiles. Mais contrairement à ce dernier, le film ne cherche pas à mettre sur un pied d’égalité la police et les gens des quartiers. Son but, assumé par son titre, est de traiter du rôle d’une brigade dans un environnement où elle n’a aucun pouvoir, aucun moyen. Pourtant, les politiques et les bureaucrates exigent des hommes de terrain des résultats significatifs qui doivent faire les titres des journaux. Cela vire même au chantage puisqu’il est alors mis en balance la carrière des agents. « Tu la veux ta promotion, tu les veux tes 100euros de plus par mois ? Bah tu vas faire le gros coup qu’on attend ! Mais sans hommes, sans armes, sans moyens de payer des informateurs… Et surtout par pitié, sans rayer la carrosserie de la Twingo, parce que mince ! ça fait cinq fois qu’on la retape ! »

   Bac Nord, c’est donc un film qui raconte à travers trois points de vue distincts cette police qui se sent vidée de sa substance par des impératifs contradictoires. Il y a le vétéran, celui qui fait le métier depuis 20 ans et qui ne comprend plus ce qu’on lui demande. Il y a le père de famille, carriériste et qui voudrait faire les choses bien pour mettre sa famille à l’abri. Puis il y a le jeune chien fou, celui qui joue le plus allègrement avec les zones grises. Parce que se jouer de la légalité, ils y sont, par la force des choses, bien obligés. Hors, c’est là que le système se retourne contre eux avec une évidente mauvaise foi. Soudain, toute la chaîne de commandement ne sait plus comment travaillent les brigades, alors que même les plus profanes en matière de téléfilms policiers savent qu’il est courant de payer des informateurs, et pas qu’en argent. En réalité, tout n’est question que de chiffres, y compris pour l’IGPN. De chiffres, et de gros titres dans les journaux, comme ce fut le cas pour les faits réels de 2012 qui ont inspirés ce film.

   L’intrigue tire son humanité de son excellent trio d’acteurs que l’on sent très liés. Il n’est pas étonnant d’apprendre que ce sont eux qui ont proposé les dialogues humoristiques qui renforcent le réalisme du quotidien de la brigade. Les personnages se charrient et s’engueulent, mais ils restent soudés, y compris dans la déchéance, alors que leur supérieur direct, celui qui leur a donné l’ordre d’agir, les abandonne au système judiciaire en feignant l’ignorance. Il est à noter que le caractère humain des policiers est renforcé par la déshumanisation des trafiquants, cagoulés et toujours menaçants. C’est un point qui pourra déplaire à certains, en particulier ceux qui pensent qu’il s’y cache de mauvaises intentions. Personnellement, je n’ai jamais mis les pieds dans ces quartiers, donc je ne jugerais pas de la véracité des faits, mais je pense que le réalisateur cherchait surtout à mettre en avant le point de vue des policiers impuissants face à une foule immense et sans visage (dans le sens où ils en chopent un, il en vient toujours un autre derrière, mais aussi dans le sens où il n’est désormais plus possible de dialoguer, et donc d’apprendre à connaître les gens du quartier). C’est donc bien le système actuel qui déshumanise les gens et que le film accuse. Comme dans Les Misérables, finalement, mais sous un autre angle.

   A voir si vous avez aimé Les Misérables ou si vous appréciez les immersions policières.

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Jungle Cruise

film_925179Aventure (2h08) de Jaume Collet-Serra
Avec Emily Blunt, Dwayne Johnson, Jesse Plemons

Chercheuse intrépide, la doctoresse Lily Houghton quitte Londres pour explorer la jungle amazonienne à la recherche d’un remède miraculeux. Pour descendre le fleuve, elle engage Frank Wolff, un capitaine roublard aussi douteux que son vieux rafiot délabré. Bien décidée à découvrir l’arbre séculaire dont les extraordinaires pouvoirs de guérison pourraient changer l’avenir de la médecine, Lily se lance dans une quête épique. L’improbable duo va dès lors affronter d’innombrables dangers – sans parler de forces surnaturelles – dissimulés sous la splendeur luxuriante de la forêt tropicale. Alors que les secrets de l’arbre perdu se révèlent peu à peu, les enjeux s’avèrent encore plus grands pour Lily et Frank. Ce n’est pas seulement leur destin qui est en jeu, mais celui de l’humanité tout entière.

Mon avis

   Comme vous pouvez le voir à travers l’affiche, le film est un hommage aux films d’aventure à la Indiana Jones, bien qu’il s’inspire plus clairement de La Momie, avec le trio de personnages emblématiques que sont la chercheuse intrépide, son frère dandy et l’homme fort capable de les sortir de toutes les situations. En partant de ce trope et en se rappelant qu’il s’agit d’une réalisation Disney, on ne peut guère être surpris par les enjeux, les mystères et leurs résolutions. Pourtant, il s’agit d’un bon film d’aventure, entrainant et divertissant, durant lequel on ne voit pas le temps passer. Cela tient selon moi à trois choses.

   Le choix du décor : pour peu que vous fassiez partie de la majorité à avoir peu voyagé ces dernières années, il n’est pas désagréable de se perdre dans l’immensité amazonienne. Et même si on reste une grande partie du temps sur l’esquif de Franck, on perçoit toute la beauté et la dangerosité des lieux à travers les plans larges et les plans zénithaux. Certes, comme toujours, on ne peut s’empêcher de remarquer des effets spéciaux, en particulier cette pauvre Proxima, un jaguar full CGI aussi mastoc qu’un lion. Mais globalement, ça passe plutôt bien, ce qui renforce l’immersion.

    Les scènes d’action : elles sont divertissantes et variées, se basant sur l’enchainant de cause à effet (en ramassant son chapeau, sa tête frappe son poursuivant qui rentre dans son compère qui fait tomber un panier, etc), plutôt que sur les traditionnelles et inarrêtables scènes de baston très à la mode depuis qu’on est entré dans l’ère des super-héros. Alors oui, on peut se questionner sur la morale de certains actes (quelle chance ma foi que ces épées se contentent de se planter dans le sol plutôt que dans le poursuivant !), mais c’est du Disney, donc on sait que les héros seront toujours méritants.

   L’alchimie des personnages : on sent qu’Emily Blunt et Dwayne Johnson se sont bien entendus sur le plateau, ça se retrouve dans leur jeu d’acteur. Leurs échanges sont drôles et touchants, tous deux se cherchent et remportent des batailles verbales, ce qui conserve un véritable équilibre et une bonne dynamique tout au long du film. Bien entendu, on sait déjà comment ça se finit, mais c’était toutefois plutôt agréable de les voir évoluer ensemble.

   Après, il reste des détails qui me chagrinent, comme l’incapacité notoire de Disney à faire dire à un personnage homosexuel qu’il est homosexuel. J’ai vu que certains spectateurs se réjouissaient qu’un personnage soit enfin reconnu comme tel. Mais à quel moment dit-il qu’il l’est ? Il dit juste « on m’a présenté beaucoup de femmes, mais mon amour se porte ailleurs ». C’est assez évident qu’on cherche à contourner le cœur du sujet pour ne pas froisser un certain public. Et tant qu’on fonctionnera comme ça, à s’amuser des sous-entendus non par perspective artistique, mais par peur des retombées économiques, on jouera le jeu de l’intolérance. Donc pour ça, il y a encore du chemin à faire.

   A voir si vous aimez les films d’aventure comme La Momie.

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Reminiscence

film_926839Thriller (1h56) de Lisa Joy
Avec Hugh Jackman, Rebecca Ferguson, Thandiwe Newton

Dans un futur proche, Miami a été submergé par les flots, suite aux effets du changement climatique. Un enquêteur privé, Nick Bannister, est engagé par des clients afin de retrouver leurs précieux souvenirs. Au cours de sa dernière affaire, il tombe éperdument amoureux de sa cliente. A sa disparition, le détective est désemparé et se lance à sa recherche. Il se retrouve alors perdu dans une boucle temporelle et découvre des aspects de sa personnalité qu’il ne connaissait pas auparavant.

Mon avis

   On peut ressentir un lien avec Inception, et c’est normal puisque la réalisatrice est la belle-sœur de Christopher Nolan. Autant dire qu’on peut s’attendre à un bon film. Un bon film certes, mais pas une fulgurance. Oui, pour un premier coup d’essai, c’est plus qu’honorable ; la réalisation est bonne, le rythme est bon, le choix des acteurs est bon, même les effets spéciaux sont corrects (sauf le plan panoramique du début sur une ville numérique qui fait bien jeu vidéo). Mais voilà, ça reste très académique, très carré, rien ne dépasse que ce soit d’un point de vue visuel ou scénaristique, ce qui rend l’ensemble certes agréable à suivre, mais assez lisse. On ne s’ennuie pas, mais on ne ressort pas non plus de la séance avec une impression forte, la sensation d’avoir vécu un moment inédit ou marquant.

   Pourtant, l’idée est intéressante : utiliser une machine à revivre les souvenirs dans un monde où l’humanité vit sa déchéance. La matérialisation de cette technologie est pour moi étrange, car cette machine reproduit les souvenirs en 3D dans le moindre détail, y compris ceux qui ne peuvent être vus (ce qui se passe dans le dos). A ce compte, je trouve l’ancienne machine en 2D plus logique puisqu’elle suit le regard du protagoniste, donc ne montre que ce qu’il a vu. Ce pourrait être un choix purement esthétique (et je le comprends, c’est bien plus cinématographique d’avoir la scène en 3D), le problème, c’est que ça sert à la résolution de l’intrigue plus d’une fois. Un usage que j’ai trouvé par ailleurs un peu abusif, dans le sens où le protagoniste se plonge en boucle dans des souvenirs en quête d’indices que n’importe qui aurait trouvé en faisant preuve d’un minimum de logique (vous cherchez un disparu, vous enquêtez dans les endroits qu’il a mentionné, pas besoin d’explorer cinquante souvenirs pour ça). Toutefois, je peux accepter ce manque d’instinct en prenant en compte que le héros vit dans le passé et se trouve incapable de se projeter dans l’avenir. Il présente une addiction à ce qu’il a perdu si forte qu’il ne peut faire preuve de la logique nécessaire pour avancer. Et vivre de nouveaux souvenirs.

   Le film parle donc de la nostalgie que nous éprouvons tous plus ou moins, en particulier lorsque nous estimons que nos plus belles années sont déjà derrière nous. Evidemment, la situation de l’humanité n’aide pas à envisager un avenir radieux, puisque le réchauffement climatique a fait monter les eaux sur les terres habitables et rendu la journée si étouffante que tout le monde vit la nuit (le film joue assez mal sur ce point puisque les gens peuvent sortir de jour sans souffrir du soleil… mais bon, un détail…). Cumulez à cela une guerre de plusieurs années dans laquelle la plupart des gens ont été conscrits, ainsi qu’une dénonciation des riches ordures qui profitent de la détresse de la populace, et vous avez une idée d’un futur dystopique pas si irréaliste que ça. Voilà, maintenant, je vous laisse replonger dans vos joyeux souvenirs. La nostalgie parfois, ça a du bon. 😉

A voir si vous aimez la science-fiction dystopique ou les films avec une touche de Nolan.

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Shang-Chi et la légende des dix anneaux

film_926075Action (2h12) de Destin Daniel Cretton
Avec Simu Liu, Tony Leung Chiu Wai, Awkwafina, Michelle Yeoh

Shang-Chi va devoir affronter un passé qu’il pensait avoir laissé derrière lui lorsqu’il est pris dans la toile de la mystérieuse organisation des dix anneaux.

Mon avis

   Shang-Chi est le nouveau venu de l’écurie Marvel et à cet égard, on aurait pu s’attendre à un film plutôt insipide, copié-collé sur l’ensemble d’un univers cinématographique sans grande ambition (autre que faire de l’argent, on s’entend). Pourtant, le réalisateur habitué aux films plus intimistes propose une œuvre qui n’est pas sans rappeler Black Panther dans ses intentions. Une origin story qui puise dans la culture du personnage, une imagerie très colorée qui en appelle davantage à la nature qu’aux pouvoirs CGI, une histoire familiale qui porte de grandes valeurs humaines. Cela donne un film, certes pas sans défauts, mais qui se suit plus agréablement que le dernier Black Widow.

   La grande force du métrage vient sans doute de ses multiples inspirations du cinéma asiatique, empruntant aussi bien aux grandes fresques historiques qu’aux films de sabres chinois ou au kung-fu à la Jacky Chan. Ainsi, on se retrouve avec un nombre non négligeable de bastons dont on ne se lasse pourtant jamais, preuve s’il en est que des scènes correctement chorégraphiées font toute la différence (les acteurs qui font leurs propres cascades donnent aussi bien plus de latitude sur la façon de filmer un combat). Disney oblige, on reste sur de la violence très épurée, des morts simplement suggérées et des méchants qui se contentent d’immobiliser les gens qu’on leur demande de tuer. Assez gentillet donc dans la mise en scène, même si le film suggère un passé plus sombre pour Shang-Chi que la plupart des super-héros de la franchise. Pas le droit pour autant au mélodrame, puisque la tradition Marvel veut que chaque moment de tension soit désamorcé par une petite blagounette. Heureusement, l’humour est ici beaucoup moins forcé que dans les précédents Marvel, ce qui rend ces passages moins agaçants.

   Là où le film pourra déplaire, notamment aux fans de super-héros bien urbains, c’est que le film prend un virage vers la fantasy asiatique fort intéressant à mon sens, mais qui amène un petit ventre mou le temps d’introduire ce nouvel arc de l’histoire. A titre personnel, j’ai trouvé que c’était ce qui donnait une identité propre à ce film et j’aurais adoré passer plus de temps en compagnie de certaines créatures légendaires ou découvrir des pouvoirs plus mystiques et poétiques. Après, on ne va pas se mentir, même si l’univers est riche et passionnant, ça reste des effets numériques à foison, ce qui casse le grandiose de certains panoramas ou même de certaines scènes plus intimistes qui auraient pourtant été grandies par des effets plus pratiques (vous savez, genre, de vrais arbres…).

   Concernant le casting, on a beaucoup de beau monde, dont un Ben Kinglsey qui cabotine un poil trop, mais on lui pardonne. J’ai lu que des spectateurs trouvaient Simu Liu, l’acteur principal, peu charismatique et pas digne de ses collègues super-héroïques, je pense au contraire qu’il apporte plus d’humanité à un univers que l’on a trop iconisé. Puis, de toute façon, il n’a pas vocation à devenir Captain America (dont le rôle de base était égérie du bien pour motiver les troupes alliées… voilà…). Et c’est tant mieux.

   A voir si vous voulez poursuivre le marathon Marvel ou si vous aimez les films teintés de fantasy asiatique.

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Et vous, une envie de cinéma malgré le pass sanitaire ? 😉

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2 réflexions sur “[Mois Ciné] Aout 2021

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