[Mois Ciné] Juillet 2021

De retour du cinéma pour vous parler d’une comédie musicale primée à Cannes, d’une super-héroïne sans pouvoir, d’une plage qui fait vieillir prématurément…

[Annette – Black Widow – Old]

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Alerte : avis totalement subjectifs en perspective et fortes probabilités de spoilers. 😉

Annette

film_926656Comédie musicale (2h20) de Leos Carax
Avec Marion Cotillard, Adam Driver, Simon Helber

Le film est présenté en compétition au Festival de Cannes 2021. Los Angeles, de nos jours. Henry est un comédien de stand-up à l’humour féroce. Ann, une cantatrice de renommée internationale. Ensemble, sous le feu des projecteurs, ils forment un couple épanoui et glamour. La naissance de leur premier enfant, Annette, une fillette mystérieuse au destin exceptionnel, va bouleverser leur vie.

Mon Avis

   Annette n’est pas un film accessible à tous et il est préférable de le savoir avant de vous rendre en salle. Tout d’abord, il s’agit d’une comédie musicale (ou opéra rock), donc si vous êtes allergiques aux gens qui chantent, autant dire que vous allez rapidement avoir de l’urticaire. De plus, ils chantent en anglais, donc si vous avez des difficultés à comprendre la langue de Shakespeare ou à lire des sous-titres, cela risque d’être compliqué pour vous. Enfin, la narration est singulière, si vous n’êtes pas vraiment conquis par tout ce qui est symbolique et imagé, vous vous demanderez bien vite dans quoi vous avez mis les pieds. Voilà, vous êtes prévenus.

   Annette est donc une expérience assez singulière dans laquelle vous pouvez avoir des difficultés à embarquer. Ce fut mon cas, pas pour l’aspect chanson, mais à cause de la longue scène d’exposition d’Adam Driver qui le présente comme un comique vedette à l’humour singulier, pour ne pas dire douteux. Un humour auquel tout le public fictif rit aux éclats, mais devant lequel le spectateur se sent mal à l’aise, et c’est précisément le but. Une fois que l’on accepte ce principe, que l’on comprend où se trouve les symboliques et les sous-entendus, il devient plaisant de se laisser porter par la sombre poésie qui habille cette histoire, somme toute banale, d’un couple d’étoiles mal assorties dissimulant la noirceur d’une vie en apparence idyllique.

   C’est donc à votre imagination que l’on s’adresse, à travers une mise en scène remarquable qui joue sur une esthétique peaufinée et des effets visuels recherchés, comme les jeux de couleurs, des lumières ou encore des décors fantasques mais à la symbolique forte. On retrouve aussi un sacré travail artisanal, ce qui fait toujours plaisir à une époque où le numérique l’emporte, notamment à travers cette marionnette en bois qui représente la petite Annette. Le film s’amuse aussi avec son montage, et bien entendu avec la musique et le chant (en live, excusez du peu). A ce propos, c’est peut-être pour moi la partie la moins intéressante, puisque investie dans la découverte des symboliques, j’étais parfois déçue par les paroles trop explicites qui semblaient posées là, comme par peur que le spectateur ne comprenne rien. J’imagine toutefois que cela rassurera ceux qui craignent de passer totalement à côté de l’histoire.

   Bref, un film à voir selon moi pour l’expérience atypique qu’il propose (et franchement, ce n’est pas du luxe en cette période). Mais aussi, si vous appréciez la quête de la signification du moindre détail, une quête qui vous obsédera bien après être sortis de la salle. 😉

   A voir si vous aimez les opéras rocks ou les œuvres à la portée symbolique.

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Black Widow

film_926073Action (2h14) de Cate Shortland
Avec Scarlett Johansson, Florence Pugh, David Harbour

Natasha Romanoff, alias Black Widow, voit resurgir la part la plus sombre de son passé pour faire face à une redoutable conspiration liée à sa vie d’autrefois. Poursuivie par une force qui ne reculera devant rien pour l’abattre, Natasha doit renouer avec ses activités d’espionne et avec des liens qui furent brisés, bien avant qu’elle ne rejoigne les Avengers.

Mon avis

   Le retour du MCU sur grand écran s’est fait attendre pour beaucoup de monde, mais ce film est-il à la hauteur des attentes ? Au milieu des sorties encore assez avares qu’on nous propose au cinéma, on ne peut nier que Black Widow bénéficie de plusieurs atouts tels que son personnage désormais iconique, sa brochettes d’acteurs connus, sa réalisation qui tient la route ou encore ses quelques décors naturels (comprendre sans fond vert), tout cela pour la modique somme de 200 millions d’euros. Pour autant, et même si j’ai passé un bon moment en comparaison de certains autres films, je ne peux pas dire que celui-ci soit marquant. Il est bien exécuté, bien filmé, mais il n’a aucune fulgurance et se montre même plutôt paresseux dans son scénario, ses enjeux et ses scènes d’action.

   On pourrait se dire que c’est à cause du personnage lui-même, puisque la Veuve est l’une des rares membres des Avengers à ne pas avoir de super-pouvoirs. Dans mon cas, pas du tout. Je trouve même le retour à un récit humain plus intéressant que la surenchère de qui détruira la planète en un minimum d’effort. Sur ce point, le film commence bien, avec une superbe séquence sur le passé de Natasha, puis sa fuite des USA en raison des évènements de Captain America Civil Wars. Rapidement, l’héroïne renoue avec son passé et apprend que la cellule terroriste qui l’a formé n’a jamais été vraiment détruite et que des femmes continuent d’être endoctrinées et maltraitées pour devenir des veuves. Super idée, me direz-vous ? Des enjeux à taille humaine où la protagoniste doit affronter son passé pour sauver ses semblables. Que nenni, puisque à la moitié du film, on prend le virage typiquement marvelien avec blagues en pagaille, scènes d’action sans la moindre subtilité et surtout, un enjeu qui dépasse le simple cadre familial puisqu’il est encore et toujours question de sauver l’humanité.

   Le film est long, mais contrairement à beaucoup de monde qui n’aime pas réfléchir devant un film, je ne trouve pas que les dialogues soient en tort. C’est long parce qu’il y a beaucoup de passages superficiels, comme les scènes de combat ajoutés pour la beauté de la chorégraphie, mais qui n’ont pas le moindre sens dans le récit (genre, se casser la gueule entre sœurs, parce que pourquoi pas ; délivrer un mec en prison depuis 10 ans pour donner la localisation d’un endroit qui bouge tout le temps, parce que pourquoi pas aussi). On sait où tout cela mène, y compris les scènes qui se veulent émotionnelles, car les dénouements de chaque fil retirent le véritable sens moral des actes de Natasha (comprendre que comme c’est l’héroïne, ce qu’elle croit avoir fait, en fait…). Bref, ça se veut humain, mais ça reste manichéen et ces personnages censés être gris migrent inévitablement vers les extrémités du spectre.

   Point de vue technique, les acteurs font une travail correct, même si pour une raison que je ne saurais expliquer, je n’ai pas vraiment apprécié la façon dont Scarlett Johnson jouait son personnage. Je ne sais pas, ses mimiques m’agaçaient, surtout ses sourires de « petite fille » qui ne font pas très « tentatrice et espionne ». Par contre, j’ai plutôt apprécié le jeu de Florence Pugh, plus traditionnel certes, mais dont l’intensité correspond bien au vécu de son personnage. Les décors sont plutôt intéressants, par contre les effets spéciaux ne sont vraiment pas terribles pour un budget pareil. Il va falloir m’expliquer pourquoi de nos jours, on s’acharne encore à faire des ralentis durant les scènes d’explosion, alors qu’il n’y a rien de plus laid que les incrustations d’acteurs sur les fonds verts simulant un feu à 2 millimètres de leur chevelure.

   A voir si vous aimez le MCU.

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Old

film_927311Thriller (1h48) de M. Night Shyamalan
Avec Gael García Bernal, Vicky Krieps, Rufus Sewell

Adaptation de Château de Sable de Pierre Oscar Levy et Frederik Peeters. En vacances dans les tropiques, une famille s’arrête pour quelques heures sur un atoll isolé où ils découvrent avec effroi que leur vieillissement y est drastiquement accéléré et que leur vie entière va se retrouver réduite à cette ultime journée…

Mon avis

Le problème avec les adaptations d’œuvres littéraires, c’est qu’on sent souvent ce qui vient de l’œuvre originale et ce qui a été ajouté pour répondre aux cahiers des charges cinématographiques ou aux lubies du réalisateur. Old ne fait pas exception à la règle. N’ayant jamais lu Château de Sable, il me semble pourtant évident à travers l’atmosphère présentée et les thématiques abordées qu’il s’agit d’une œuvre fantastique, c’est à dire où les évènements sont effrayants parce qu’inexplicables, où il n’y a pas vraiment de réponses satisfaisantes, mais une incitation à explorer nos propres peurs vis-à-vis du temps qui passe. Un genre qui n’est pas du tout assumé dans le film puisqu’on vire rapidement à la science-fiction, avec des tentatives d’explications « raisonnables » sur le pourquoi du phénomène, mais aussi sur le pourquoi ces gens se sont retrouvés ici. Et ça ne fonctionne pas, parce qu’on invoque des lois biologiques qui agissent sur certains personnages et pas d’autres, dans certaines conditions et pas d’autres, à certaines heures et pas d’autres. Des faits qui, dans le genre fantastique, n’ont pas besoin d’explications. Mais lorsqu’on désire y apporter des réponses « scientifiques », il est inévitable que l’incrédulité du spectateur poussé à réfléchir finisse par l’emporter.

   C’est un choix dommageable pour le film, car si on exclut ce besoin d’explications rationnelles, il est vraiment prenant à regarder. Certes, on n’en sait finalement assez peu sur les personnages et les évènements s’enchainent sans qu’on ait le temps de souffler. Mais cela rappelle que ces gens coincés sur la plage vivent une vie accélérée, ils n’ont plus le temps de regarder en arrière ou même seulement de se poser. Cela peut donner une impression de froideur, en particulier lorsque la plage devient fatale pour certains et que les autres poursuivent leur quête d’échappatoire sans se retourner. Cette impression peut d’ailleurs être renforcée par l’usage abondant d’ellipses (fond noir de quelques secondes) qui semblent casser le rythme du film en ne laissant pas l’émotion s’installer, mais qui est là encore un marqueur du temps qui passe (vous avez vécu deux secondes de noir, ils viennent de perdre des années). En règle générale, la mise en scène et le montage servent à merveille le propos du film, si bien qu’on se laisse vraiment prendre par cette lutte vaine contre le temps…. jusqu’au climax de fin, fatalement hollywoodien, dénué d’intérêt mais qui se sent le devoir d’expliquer en long, en large et en travers une réalité qui était jusqu’à lors suggérée (et il n’y va pas avec le dos de la cuillère, c’est bien le « méchant » du film qui explique à son équipe qui bosse avec lui depuis des années pourquoi ils font tout cela… si ce n’est pas le summum du cliché !). Mais pourquoi ? Le film aurait eu tellement plus d’impact si le réalisateur avait décidé de couper avant !

    Quoi qu’il en soit, d’un point de vue esthétique, on a vraiment un travail intéressant, même si quelques plans d’incrustation sur fond vert gâche un peu le plaisir des panoramas exotiques (typiquement les fameuses falaises qui entourent la plage et retiennent les personnages prisonniers… certains plans larges sont trop artificiels et atténuent l’admiration et l’effroi qu’elles peuvent inspirer). Il y a de beaux plans zénithaux sur la mer et surtout des panoramiques sur la plage qui suivent des personnages et donnent le tournis, accentuant la sensation de malaise sans pour autant sacrifier la beauté des lieux (un des personnages dira d’ailleurs « pourquoi on voulait partir de cette plage, déjà ? C’est beau ici », une symbolique très forte sur l’acceptation de la vieillesse). Du point de vue des acteurs, rien à dire, ils remplissent parfaitement leur rôle, même Shyamalan qui s’offre le luxe d’une mise en abime sur son propre rôle au sein de ce film.

   A voir si vous aimez les œuvres de Shyamalan ou les récits fantastiques sur le temps qui passe.

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Et vous, un petit film cet été ? 😉

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4 réflexions sur “[Mois Ciné] Juillet 2021

  1. Entournantlespages dit :

    Pour Black Widow, comme toi, je n’ai pas torp aimé le jeu de Scarlett Johanson, ses mimiques m’ont gonflé. J’ai trouvé le film bien mais sans plus, il arrive trop tard selon moi. Mais les nouveaux personnages sont sympathiques.
    La bande-annonce de Old me fait très envie mais je ne lis que des avis très mitigés voire négatifs.

    Aimé par 1 personne

    • Eleyna dit :

      C’est sûr que Black Widow arrive trop tard, ce n’est pas plus mal qu’ils se lancent sur de nouveaux personnages pour tenter de se renouveler.
      Pour Old, je le conseillerais quand même, mais en occultant la tentative de rationnaliser l’histoire (et la fin, si comme moi tu n’aimes pas les fins ostensiblement trop hollywoodiennes ^^). Parce que l’expérience est quand même intéressante à suivre.

      Aimé par 1 personne

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