[Mois Ciné] Mai 2021

   Après de longs mois d’attente, nous sommes de retour dans les salles de cinéma, mais aussi sur la Bulle, pour vous parlez d’une jeune femme en quête d’identité, d’une fin du monde à la portée onirique et d’une famille de mafieux en pleine tourmente.

(ADN – Le Dernier Voyage – Sons of Philadelphia)

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Alerte : avis totalement subjectifs en perspective et fortes probabilités de spoilers. 😉

ADN

film_926899Drame (1h31) de Maïwenn
Avec Fanny Ardant, Louis Garrel, Maïwenn

Le film fait partie de la Sélection Officielle Cannes 2020. Neige, divorcée et mère de trois enfants, rend régulièrement visite à Émir, son grand-père algérien qui vit désormais en maison de retraite. Elle adore et admire ce pilier de la famille, qui l’a élevée et surtout protégée de la toxicité de ses parents. Les rapports entre les nombreux membres de la famille sont compliqués et les rancœurs nombreuses… Heureusement Neige peut compter sur le soutien et l’humour de François, son ex. La mort du grand-père va déclencher une tempête familiale et une profonde crise identitaire chez Neige. Dès lors elle va vouloir comprendre et connaître son ADN.

Mon avis

   Même si je suis heureuse de retourner dans les salles obscures, hélas le film ne m’a pas convaincue. Déjà, il est desservi comme souvent par sa bande annonce qui divulgâche tous ses morceaux de bravoure (ou devrais-je dire de bravades comiques), si bien que les revoir dans une version longue ne procure pas le même plaisir que de les découvrir d’un œil neuf. Or, le potentiel absurde des situations que nous avons tous ou presque connus à la mort d’un proche (en particulier aux pompes funèbres où personne n’est d’accord sur rien pour un cercueil censé finir en cendre) est ce qui tient une bonne moitié du film. La seconde découle de l’émotion vive engendrée par la perte du pilier familial, une douleur que nous pouvons tous comprendre et qui pourrait être simple à communiquer au spectateur. Hélas, Maïwenn insiste beaucoup sur son ressentiment envers ses proches (le film est une autofiction), si bien qu’on perd rapidement le fil conducteur d’une famille qui éclate sans son point d’ancrage, ceci afin de suivre la quête identitaire de l’héroïne.

   L’idée aurait pu être intéressante si elle n’avait pas au passage oublié ce qui la forme dans le présent, notamment ses enfants qui disparaissent du film à mi-parcours (tout le monde s’inquiète pour sa santé car elle cesse de s’alimenter, je me demandais ce qu’elle avait fait de ses gosses). Un traitement qu’elle réservera à la moitié des personnages (probablement trop nombreux pour s’acclimater au récit centré sur sa personne), en particulier au cousin qui était le plus présent auprès du grand-père et qui, comme les enfants, disparait après l’enterrement. Autre problème sur la question des personnages, le fameux ex, dont on sait qu’il est l’ex parce que c’est dit dans le résumé. Pardonnez ma naïveté, mais deux adultes de sexe opposé qui s’apprécient ne peuvent-ils pas être amis ? Parce qu’en l’état, j’ai bien vu deux amis, rien ne suggérant l’importance d’un passé commun. Certes, ce n’est pas essentiel, puisqu’ami ou ex, il a la même fonction au sein du récit. Je n’apprécie juste pas qu’on m’impose une information en dehors du film.

   Le questionnement identitaire est une thématique forte, mais on sent là encore qu’il résulte d’une expérience personnelle, qui parle avant tout à Maïwenn, avant de parler au spectateur. Ses problèmes familiaux sont nombreux et expliquent cette quête afin de comprendre ses origines. Toutefois, il est difficile d’en saisir la portée quand on ne les connait pas. Or, au sein du film, ils arrivent comme un cheveux sur la soupe, beaucoup de personnages sont obligés de verbaliser des tensions et des rejets, à l’image de cette sœur qui dit qu’elle ne veut pas voir l’héroïne, sans qu’il ne se passe jamais rien une fois qu’elles sont réunies. Ainsi, seule la mère montre (à l’excès ?) ses défauts et endosse le rôle de matriarche toxique (qui ne semble pas déranger le reste de la fratrie). Quant à ses racines algériennes qu’elle cherche à travers un test ADN, je trouve décevant qu’elles s’illustrent uniquement par une succession de bouquins dont on n’apprend finalement rien. Une occasion manquée de mettre à l’honneur la culture algérienne, selon moi.

   A voir si vous aimez les récits autobiographiques ou si vous appréciez la filmographie de Maïwenn.

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Le Dernier Voyage

film_927063Science Fiction (1h27) de Romain Quirot
Avec Jean Reno, Hugo Becker, Bruno Lochet

Dans un futur proche, une mystérieuse lune rouge est exploitée à outrance pour son énergie. Alors qu’elle change brusquement de trajectoire et fonce droit sur la Terre, Paul W.R, le seul astronaute capable de la détruire, refuse d’accomplir cette mission et disparaît. Traqué sans relâche, Paul croise la route d’Elma, une adolescente au tempérament explosif qui va l’accompagner dans sa fuite.

Mon avis

   Il s’agit d’un première film, et ça se sent. Trop hélas, car la SF française est rare et les essais peu concluants n’invitent pas des réalisateurs plus expérimentés à se lancer dans le genre (ou les producteurs à y mettre de l’argent). L’effort est certes à noter, mais pour être honnête, je n’arrive pas à savoir si les problèmes du film sont dus au manque d’expérience ou à un certain mépris du genre. Que je m’explique : le film est avant tout une fable, un conte onirique, et le réalisateur le défend comme tel. Dès lors, on peut se demander si l’aspect science-fictionnel n’est pas qu’un simple décor dont on appliquerait les codes visuels empruntés à tout un tas de succès commerciaux ou critiques. Car les emprunts n’échapperont à personne : les gardes et robots de Star Wars, le road trip dans une tempête de sable de Mad Max, les voitures volantes et la menace d’une planète intelligente du 5e élément, etc. C’est posé ici et là, comme on copie-colle ce qui nous plait sans en comprendre la portée symbolique ou même l’intérêt au sein de la diégèse.

   Comment les gens font pour vivre sur une planète sableuse digne du Sahara ? On ne sait pas et on s’en fiche, de toute façon, ils meurent dans une semaine (puis le sable, c’est beau et pratique comme décor apocalyptique). A quoi servent les points de contrôle dans un désert que personne ne traverse ? A rien si ce n’est créer des moments de tension artificielle où on doit faire semblant de craindre pour la vie du héros. Et d’ailleurs, pourquoi les gardes portent des casques qui synthétisent leur voix au point de la rendre incompréhensible ? Ah ça, le traditionnel cliché du sbire que l’on déshumanise pour pouvoir mieux lui casser la gueule sans problème de conscience (puis c’est toujours classe un mec en armure intégrale alors que personne d’autre n’est censé posséder d’arme…). Pourquoi les holos sont toujours des images dégueulasses pixelisées alors qu’on sait de nos jours faire des films en ultra haute définition ? Aucune idée, je n’ai jamais compris ce cliché de la SF, mais visiblement, c’est bien de le mettre partout. Bref, il y a foule d’incohérences qui laissent à penser que le réalisateur ne comprend pas les références qu’il utilise.

   Et c’est dommage, car d’un point de vue esthétique, il n’a pas à rougir. Certes, on voit parfois les fonds verts et les incrustations, mais l’usage des décors en intérieur est plutôt bon, il y a des panoramas très bien pensés et la photographie est vraiment belle. Niveau direction des acteurs, on est là aussi sur du bon, en particulier pour l’antagoniste du film, le frère du héros, qui insuffle dans ses mimiques lentes et crispées cette folie inhumaine héritée de la lune rouge. Le rythme est assez confus, mais pour peu qu’on accepte le postulat qu’il s’agit d’un conte (ce qui est indiqué par le prologue avec la voix off d’un enfant qui raconte l’histoire de la lune rouge), on comprend mieux où le film veut nous emmener. Reste qu’à trop vouloir être dans la symbolique d’une humanité qui détruit tout sans comprendre qu’elle fonce vers sa propre destruction, le réalisateur oublie de donner un sens à sa fin qui engendre un sentiment de frustration tant la résolution de la menace semble absurde ou mal expliquée.

    A voir pour soutenir la SF française ou si vous aimez les récits oniriques.

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Sons of Philadelphia

film_926947Drame (1h30) de Jérémie Guez
Avec Maika Monroe, Matthias Schoenaerts, Joel Kinnaman

Philadelphie. Il y a trente ans, la famille de Michael a recueilli Peter à la mort de son père, dans des circonstances opaques. Aujourd’hui, Peter et Michael sont deux petits malfrats aux tempéraments opposés. L’un est aussi violent et exubérant que l’autre est taciturne. Quand Michael est désigné comme « gênant » par la mafia italienne, le passé trouble de la famille ressurgit.

Mon avis

   Un film de genre un peu quelconque à mon goût. La trame scénaristique est reconnaissable dès les premières minutes du film, si bien qu’on suit sagement chaque étape aboutissant au climax en cochant les cases sans réel plaisir. S’il n’est pas exclus de réutiliser une intrigue déjà vue et revue, il faut savoir y apporter une touche d’originalité, que ce soit dans la façon de raconter ou dans le choix du point de vue (c’est vrai ça, pourquoi on ne suit jamais le point de vue de la seule femme de cet univers mafieux… bah, un truc de bonhommes, j’imagine). Or, tout est banal. Que ce soit les plans, les cadres, la lumière, la mise en avant des personnages, rien ne surprend. Ou peut-être que si : on se surprend parfois à attendre des retournements de situation qui ne viennent pas (l’affiche dit « intense et musclé », en réalité la violence est très sous-entendue). Pourquoi pas après tout, ce peut être un choix, sauf que ces moments de tension sont remplacés par du verbiage répétitif, histoire de bien imprimer l’information dans le cerveau du spectateur (vas-y, raconte-moi pour la énième fois comment tes chiens sont morts !).

   L’idée potentiellement originale, c’est la seconde trame narrative qui se découvre à travers les flashback sur l’enfance du protagoniste. Conçue pour expliquer pourquoi cet homme est devenu ce qu’il est aujourd’hui, elle a eu sur moi un effet pervers, puisque je me suis finalement davantage intéressée à l’évolution de cette seconde intrigue au point que j’aurais préféré un film centré sur celle-ci. Hélas, elle ne sort jamais des sentiers battus du schéma traumatique expliquant le caractère du héros et la scène finale de cette sous-intrigue n’est pas aussi impactante qu’attendue puisqu’elle manque d’émotion enfantine (on sent le point de vue adulte dans la mise en scène, ça donne un ton plutôt froid à ce geste pourtant pas anodin). Assez paradoxal, quand on cherche à faire comprendre que c’est cet enfant traumatisé qui guide les choix de l’adulte actuel.

   Point positif, le choix et la direction des acteurs. Matthias Schoenaerts est parfait dans le rôle de héros taciturne et Joel Kinnaman est vraiment excellent dans celui du frère psychotique qui s’enfonce dans une paranoïa meurtrière à mesure qu’il perd le contrôle sur son business. Reste que le casting féminin se résume à un seul et unique rôle de jeune ingénue dans un monde violent, qu’on ne voit pas du tout venir comme l’intérêt amoureux du protagoniste. Ce qui est un sacré retour en arrière sur le sujet, alors que plusieurs films de mafieux ont su mettre en avant des femmes de poigne et des matriarches capables de tenir tête aux pires raclures du genre. Bref, rien de nouveau sous le soleil de la mafia de Philadelphie.

   A voir si vous aimez les films de genre plutôt classiques.

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Et vous, avez-vous retrouvé le chemin vers les salles obscures ? 😉

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3 réflexions sur “[Mois Ciné] Mai 2021

    • Eleyna dit :

      Oui, ce mois de mai n’était pas des plus palpitants, les studios et producteurs sont encore un peu frileux avec les sorties. En espérant que les règles sanitaires puissent bientôt s’assouplir afin qu’on ait davantage de propositions en salle.

      Aimé par 1 personne

      • Light And Smell dit :

        Je l’espère parce que je comprends les Studio mais s’il y avait bien un moment où il fallait sortir le grand jeu ou au moins un titre qui attire, c’est bien maintenant… Mais vu l’instabilité actuelle, je reconnais qu’il était quand même difficile pour eux de prévoir le coup.

        Aimé par 1 personne

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