[Chronique Littéraire] Les Questions dangereuses, Lionel Davoust

   Aujourd’hui, un court ouvrage qui attendait dans ma PàL depuis quelque temps déjà, Les Questions Dangereuses, de Lionel Davoust (Editions Actusf).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Les Questions dangereuses67600
  • Auteur/Autrice : Lionel Davoust
  • Illustrateur/Illustratrice : AMMO
  • Édition : ActuSF
  • Collection : Hélios
  • Genre : Fantasy
  • Public : Adulte
  • Cycle : Nouvelle
  • Pages : 54
  • Parution : Janvier 2019 (première édition en février 2015)
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Papier
  • Prix :  1,99 euros – 4,99 euros
  • ISBN : 978-2-36629-979-3
  • Lien : Actu SF : Les Questions dangereuses

Résumé : 1637 : Qui a assassiné le docteur Lacanne, en plein château de Déversailles ? Pour connaître la réponse à cette question, le mancequetaire Thésard de la Meulière, son libram à la main, est prêt à résoudre les énigmes les plus perfides… jusqu’aux confins de l’indicible.

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

Lu dans le cadre du Printemps de L’imaginaire Francophone 2020.

 

Couverture et Accroche

    J’adore la couverture qui représente une sorte de mise en abîme, l’illustration d’un livre qui illustre lui-même une confrontation à coup de livres. On retrouve le côté romanesque dans le tracé, l’aspect très théâtral dans la pose du personnage rappelle l’héroïsme des mousquetaires dont s’inspirent les mancequetaires du récit, mais aussi le jeu rhétorique auquel ces derniers s’adonnent, bien plus noble en apparence que les duels à l’épée (enfin, « les lames avec des poignées forgées » ^^). Une noble passion des mots qui tuent, tout le paradoxe burlesque de cette représentation de l’apparente sagesse par l’érudition.

   Le résumé est accrocheur et donne tous les éléments pour comprendre dans quelle aventure le lecteur s’engage. Des jeux de mots, des références culturelles aussi bien aux romans de cape et d’épée qu’à de plus horrifiques et indicibles textes… Bref, en peu de mots, ça fait mouche.

 

Prose et Structure

    Je m’y connais assez peu en romans de cape et d’épée, je n’ai pas un grand souvenir des Mousquetaires de Dumas, pour être honnête, je ne saurai donc affirmer si le style de l’auteur s’en approche ici. Toujours est-il qu’il est techniquement maîtrisé, riche en phrases longues, mais au moindre mot justifié. Des mots par ailleurs généralement courants, ce qui rend la démonstration à mon sens bien plus réussie que les textes fourmillant de champs lexicaux incompréhensibles pour les profanes. La prose est belle, juste et compréhensible de tous, car c’est avant tout la précision du vocabulaire usuel et l’ajustement des phrases qui rendent le texte percutant, pas la maîtrise d’un langage châtié que plus personne n’emploie.

    Bien que ce soit une novella, le texte se décompose malgré tout en chapitres qui permettent d’avoir une vue globale de l’intrigue. Rien de particulier à dire sur le sujet, le tout est bien équilibré, je n’ai pas ressenti de frustration particulière à la lecture, chose assez rare sur les textes courts où il me manque souvent un petit quelque chose. 😉

 

Personnages et Narrateurs

   Notre protagoniste est Thésard de Meulière, un jeune mancequetaire du roi qui se donne pour mission de résoudre l’affreux meurtre dont il a été témoin durant un enterrement. Un personnage plutôt convenu dans son genre, jeune héros fringant amoureux des belles choses et des nobles demoiselles. Mais un personnage qui sert parfaitement le propos d’un texte aussi court, car il défendra avec ardeur la noblesse de son art, au risque de voir son esprit sombrer dans la folie.

   Pour l’accompagner dans cette étrange aventure, nous aurons droit à toute une palette de personnages typiques des romans dont l’auteur s’inspire, à savoir les compagnons d’arme du protagoniste, la milice locale, les espions, ou encore la reine dont on suggère quelque étrange secret (c’est toujours elle dans le couple royal qui cache quelque chose ^^). Globalement, plutôt satisfaite de leur implication dans l’intrigue, si ce n’est un moment du récit où l’un d’eux « disparaît » après s’être déplacé « pour rien », donc on s’attend au retournement de situation. J’aurais apprécié que cette gestion de personnage pour la nécessité de l’intrigue soit un peu moins visible, mais je ne doute pas qu’au contraire, d’autres lecteurs auront su se laisser surprendre.

 

Univers et Atmosphère

    L’univers est celui d’une France alternative du 17e siècle, où les armes n’existent pas et sont remplacées par les librams, des livres de Questions et d’Énigmes utilisés dans les joutes verbales. En effet, dans ce monde où les mots ont un pouvoir, poser une question à laquelle la personne ne peut répondre engendre des céphalées qui peuvent mener à la folie, voire à la mort. Si les nobles gens se limites aux duels honorables où chacun respecte les règles afin de laisser une chance à son adversaire, il existe toutefois des Questions pernicieuses, celles qui ne peuvent pas avoir de réponse satisfaisante et qui peuvent entraîner la mort des deux duellistes (la philosophie, quoi ^^). Pire, se poser soit-même des Questions existentielles peut-être dangereux pour la santé mentale, et certains ne reviennent pas de leur pause méditative. Et oui, un monde sans arme qui verse le sang n’en est pas moins un monde dangereux pour l’Homme. 😉

 

Intrigues et Thématiques

   Thésard de Meulière est témoin du meurtre d’un docteur alors qu’ils assistent à l’enterrement d’un vieux penseur. Un meurtre étrange, qui implique non pas une Question assassine, mais un objet qui verse le sang. En tant que mancequetaire du roi, il est du devoir de Thésard de résoudre cette affreuse énigme, quitte à y laisser son esprit.

   L’intrigue en elle-même suit les codes d’une enquête policière, avec les suspects, les fausses pistes, les témoins peu coopératifs et le protagoniste qui a son petit caractère. Tout l’originalité se tient dans le concept de retirer les armes qui versent le sang pour les remplacer par des librams, des livres d’énigmes capables de faire bouillir un cerveau mal entraîné. Mais au-delà de ces objets d’érudition qui apporte la compétence, et certes pas la sagesse, se trouve le concept du questionnement. S’interroger est une activité toute humaine, que l’on pratique parfois sans y accorder une grande importance, parfois avec beaucoup d’acharnement, au point de se donner des migraines ou d’en faire de mauvais rêves. Ces maux qui résultent de nos questionnements, ici traduits de façon fatale, sont autant de preuve de notre incapacité à nous satisfaire d’une absence de réponse concrète à une question. C’est ce qui fait progresser l’humanité, mais c’est aussi ce qui peut accroître sa névrose. Alors, faut-il pour autant en appeler à l’indicible et l’indéfinissable ? 😉

   A noter que le texte est suivi d’une longue interview que je n’ai volontairement pas lu avant d’avoir écrit le reste de ma chronique, parce qu’il est question de mon avis et pas de celui de l’auteur (et oui, inévitablement, l’auteur répond à des questions sur son texte et qu’on le veuille ou non, ça modifie notre propre point de vue de lecteur). Le ton est sympathique, l’auteur ayant beaucoup d’humour et un certain sens de l’autodérision, ainsi qu’une culture générale qui rend ses réponses passionnantes. Hélas, j’ai trouvé le tout un peu trop long, virant parfois au référencement littéraire, quand ce n’était pas au matraquage sur la question Dumas (bon, ça va, on a compris, merci). Au final, j’ai trouvé bien plus intéressantes les questions qui touchaient à la créativité ou la conception du texte, plus accessible et plus en lien avec le texte lui-même.

 

Conclusion

   Les Questions Dangereuses est une novella de fantasy au concept original et aux multiples références qui nous fait passer un bon moment en compagnie de mancequetaires se battant en duel à coup de Questions. Que demander de plus ?

 

Et vous, envie de devenir mancequetaire ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Les questions dangereuses ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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