[Mois Ciné] Janvier 2020

   Pour ce premier mois de l’année 2020, je vous propose une traversée des tranchées, une revisite d’un grand classique, un course-poursuite dans Manhattan, un scandale dans les studios de la Fox, une plongée 20 000 lieues sous les mers…

(1917 – Les filles du Docteur March – Manhattan Lockdown – Scandale – Underwater)

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Alerte : avis totalement subjectifs en perspective et fortes probabilités de spoilers. 😉

 

1917

film_925436Historique (1h59) de Sam Mendes

Avec Dean-Charles Chapman, Mark Strong, George MacKay

Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

Mon avis

   Vous en avez peut-être entendu parlé pour sa performance technique et ses nominations aux oscars. En effet, il s’agit d’un film tourné comme un long plan-séquence, comprenez comme s’il n’y avait aucune coupure à l’image (même si bien entendu, celles-ci existent). Une idée surprenante et bien mise en oeuvre, qui participe à l’immersion dans la vie d’un soldat de tranchées. Je ne serai toutefois pas aussi dithyrambique que la presse, puisque certes c’est impressionnant, mais la photographie, intéressante sans être exceptionnelle, ne permet pas vraiment de retenir une scène en particulier (si ce n’est peut-être la scène de nuit). La technique choisie par Sam Mendes oblige aussi à un certain vide dans les plans larges, avec des décors plutôt figés justifiés par le côté no man’s land de cette guerre, mais qui peut avoir un aspect artificiel. Concernant l’histoire en elle-même, si elle raconte avec émotion une journée terrible et éprouvante d’un soldat (mais finalement banale, comme le fera si bien comprendre le colonel à qui le message est destiné), on n’échappe hélas pas au point de vue typiquement anglophone sur les Guerres Mondiales. Ainsi, la première Guerre n’est pas tant un événement qu’un décor. Un décor pour raconter la traditionnelle histoire des bons et intègres anglophones contre les méchants traîtres allemands, en terre française totalement désertée par sa population, exceptée la sainte femme planquée dans la cave. A voir pour la performance technique ou si vous ne vous lassez pas des films de guerre anglophones.

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Les filles du Docteur March

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Drame (2h15) de Greta Gerwig

Avec Meryl Streep, Florence Pugh, Saoirse Ronan, Emma Watson

Une nouvelle adaptation du classique de Louisa May Alcott, narrant l’histoire de quatre filles de la classe moyenne durant la Guerre de Sécession.

Mon avis

Que je vous l’avoue tout de suite, je n’ai jamais lu le livre ni vu les précédentes adaptations, tout bonnement parce que c’est a priori le type d’histoire qui ne m’intéresse pas. Il me sera donc difficile de vous dire si ce film est fidèle à l’original, même si de par le contexte actuel sur le féminisme, il est facile de deviner où se trouve la modernisation de l’oeuvre. Dans le rythme déjà, très bon, puisqu’il a été décidé d’en faire un récit non linéaire, entremêlant les différentes périodes de la vie des quatre sœurs, reliant ainsi directement des éléments qui peuvent mettre des années à se répondre. Dans le traitement des personnages eux-mêmes, puisqu’on sent des traits de caractères adoucis (j’imagine que l’histoire de base traitait surtout des rivalités sororales, sauf qu’ici, leurs défauts sont relativement minimes, donc la tension pas vraiment grande) pour se recentrer sur le questionnement de la place de la femme dans la société, aussi bien par le personnage de Jo (l’indépendante) que par ses sœurs les plus désireuses de rentrer dans le moule. L’environnement lui-même est plutôt bienveillant envers ce désir avoué ou non d’émancipation et les comportements des personnages ont dans l’ensemble un aspect très moderne qui ne plaira peut-être pas aux puristes, mais qui est bienvenu pour appuyer le propos. Alors certes, on n’ira pas jusqu’à réécrire l’histoire pour faire des quatre sœurs des femmes indépendantes, mais un petit tacle sur le monde de l’édition est là pour nous rappeler qu’après tout, on ne propose que ce qui fait vendre, et donc, ce qui plait au public. A voir si vous n’êtes pas réticents au remaniement chronologique de votre histoire préférée, ou si vous voulez découvrir une version pas trop guimauve et plus féministe d’un des plus grands classiques du genre.

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Manhattan Lockdown

Thriller (1h41) de Brian Kirk

Avec  Chadwick Boseman, Taylor Kitsch, Sienna Miller

Une course-poursuite infernale pour appréhender deux tueurs de flics à New York. L’inspecteur Davis est prêt à tout pour les coincer, d’autant qu’une gigantesque machination se dessine derrière leurs agissements. Pour les piéger, il va complètement isoler l’île de Manhattan, fermant l’ensemble de ses ponts, dans une spectaculaire opération… La traque peut commencer.

Mon avis

      Voilà un thriller qui ne propose pas grand chose de neuf, et qui semble le savoir, puisque l’intrigue ne prend même pas la peine de dissimuler ses « twists ». Les clichés du genre obligent les personnages à emprunter un chemin convenu, tant et si bien qu’on ne s’inquiète pas du temps qui s’écoule, cette fameuse contrainte qu’on rappelle pourtant sur l’affiche. Pas d’inquiétude à avoir donc, on sait que la menace du chronomètre n’est qu’une façon de donner un peu de rythme à une poursuite qui effleure à peine la notion de course et dont on connait déjà l’inévitable issue. Les personnages sont à peine esquissés, monolithiques car limités à une caractéristique souvent justifiée par un passé des plus attendus (je suis le bras armé de la justice car mon papa est mort en mission, je suis un tueur sans cœur car j’ai un syndrome post-traumatique de mon déploiement en Afghanistan). Au final, on ne sait pas trop pourquoi toute cette histoire, puisqu’on voit dès les premières secondes la nature de cette « gigantesque machination », ce qui ne laisse aucun suspense, aucun plaisir à suivre l’enquête, aucune satisfaction au moment de la « révélation ». Pire, on n’a même pas le droit à un réel twist final qui donnerait un sens nouveau pour un second visionnage. Tout se déroule sans accroc, exactement comme on s’y attend, ni plus, ni moins. A voir si vous ne vous lassez pas des codes du genre.

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Scandale

film_926089Biopic (1h49) de Jay Roach

Avec Nicole Kidman, Margot Robbie, Charlize Theron

Inspiré de faits réels, SCANDALE nous plonge dans les coulisses d’une chaîne de télévision aussi puissante que controversée. Des premières étincelles à l’explosion médiatique, découvrez comment des femmes journalistes ont réussi à briser la loi du silence pour dénoncer l’inacceptable.

Mon avis

   Le mouvement #Metoo étant passé par là, on voit beaucoup de critiques sur ce film qui le jugent cliché, inutile, ou encore pas assez sulfureux. Pourtant, ce film se base sur des faits réels, et s’il n’est certes pas particulièrement ambitieux, encore moins démonstratif (fort heureusement), il a le bon ton de rappeler que ce qui a fait le malheur de nombreuses femmes jusqu’à l’affaire Weinstein, c’est bien la loi du silence, ou la banalisation de situations indécentes, voire immorales. On pourra entendre encore et toujours certains crier au féminisme, pourtant, le film lui-même rabâche que les figures de proue de ce « scandale » ne se sont jamais revendiquées comme telles, puisque visiblement, dans leur culture, ce mot est presque un insulte. Non, les femmes ne sont pas mieux traitées que les hommes dans ce film, elles sont capables de mentir, de refuser de reconnaître chez d’autres ce qu’elles ont elles-mêmes subies, voire de participer à ces pratiques douteuses (la secrétaire par exemple sait parfaitement ce que subissent les jeunes femmes qui rentrent dans le bureau de son patron). Mais elles restent les victimes, celles qui subissent, celles qui doivent se battre, celle qui doivent convaincre de leurs supplices. Ce n’est certes pas filmé de façon très émouvante, et on pourra y trouver une certaine froideur (et même une certaine maladresse) dans cette exposition des faits, mais après tout, pourquoi s’attend-on toujours à ce qu’une femme éclate en sanglots pour attirer la sympathie ? On notera d’ailleurs les belles prestations de Charlize Theron, méconnaissable en Megyn Kelly ambiguë et indécise, et Margot Robbie en jeune ingénue qui découvre rapidement les horreurs en coulisse. A voir si vous appréciez les biopics médiatiques.

 

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Underwater

film_925959Thriller (1h35) de William Eubank

Avec Vincent Cassel, T.J. Miller, Kristen Stewart

Une équipe scientifique sous-marine fait face à un tremblement de terre. Sous l’eau, ils vont devoir essayer de survivre.

Mon avis

   S’il y a une qualité qu’on peut reconnaître à ce film, c’est qu’il met tout de suite dans le bain (sans mauvais jeu de mots… ou peut-être un peu ^^). Le film pose ses bases directement durant le générique, à coup de coupures de presse et documents techniques, sous-entendant que de nombreux dangers attendent les employés de la station sous-marine, comme les séismes, la pression, le manque d’oxygène, et peut-être bien des trucs un peu plus organiques. Pourquoi ce choix ? Parce que dès les premières images, la station subit une avarie, propulsant directement l’héroïne et les spectateurs dans une course pour la survie en eaux troubles. Passé ce stade, on se retrouve vite avec une mécanique attendue, à coup de disparition progressive des survivants plongés dans des situations propices à l’hécatombe. Malgré tout, ça fonctionne plutôt bien en terme de tension, notamment grâce à l’aspect anxiogène des profondeurs et l’immersion des décors. Je regrette toutefois que les personnages à peine esquissés n’ait pas ce soupçon d’intelligence qui offrirait un peu d’originalité et détournerait les attentes d’une situation clichée. Sans vous spoiler, la gestion de la menace est assez aléatoire, mais devrait plaire aux fans de séries B. Mention spéciale pour le fameux retournement de situation qui implique d’avoir une certaine culture littéraire, notamment dans le genre de l’horreur. A voir si vous aimez les films de survie anxiogène ou si vous appréciez les hommages à Alien et Abyss.

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Et vous, êtes-vous allés dans les salles obscures pour ce premier mois de la nouvelle décennie ? 😉

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9 réflexions sur “[Mois Ciné] Janvier 2020

  1. Le monstrothécaire dit :

    Ahah, Manhattan Lockdown, je partage tout à fait ton avis. J’ai passé l’après-film à râler et à me dire que j’avais perdu deux heures. Il n’est même pas divertissant.

    Pour Scandale, je n’ai pas aimé non plus, mais je crois que c’est l’angle d’attaque choisi et les longueurs scénaristiques qui m’ont rendu réticent. Le pire étant la scène de la nana qui sait que le patron est un pervers, va lui montrer sa culotte pour avoir sa promotion, puis ressort du bureau en se plaignant. Et qui y retourne la fois suivante, en râlant contre le système qu’elle respecte à la lettre. S’il y avait un message féministe derrière ça, je suis passé à côté.

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    • Eleyna dit :

      Pour Scandale… je ne veux pas provoquer de polémique, donc je dirai simplement que nous n’avons pas tous la même sensibilité, que cela tiendra certainement à notre expérience de la vie et que nous ne voyons souvent pas la même chose chez l’autre (moi, j’ai vu une jeune femme naïve qui croyait sincèrement que son engouement et sa foi suffirait à convaincre son patron… et qui, après la première humiliation, pense qu’elle n’a d’autre choix que de continuer si elle veut garder son poste…). Notre appréciation du film dépend aussi certainement des biais d’opinion que nous pouvons avoir sur le féminisme. Mais que l’on pense qu’il y ait des excès ou non sur le sujet, cette réalité existe. Pour moi, le film fait preuve de maladresse à plusieurs égards (notamment en n’exploitant pas la pression morale qu’une manipulation perverse entraîne, faisant croire à la victime qu’elle est coupable, et donc la poussant encore plus loin dans l’acceptation de l’inadmissible), mais il est loin d’être faux dans sa présentation des situations auxquelles les femmes peuvent être confrontées. Et auxquelles elles peuvent participer, volontairement ou non.

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      • Le monstrothécaire dit :

        Je pense que si ce film avait été plus clair au sujet de la pression morale, j’aurais mieux admis cette séquence, en effet. Mais le film joue aussi de ça, de l’absence de tout indicateur, pour laisser le spectateur seul interprète des événements. Et pour cette fameuse scène dans le bureau, il s’agit – si j’ai bien compris – de la partie de l’histoire qui a été inventée et rajoutée pour les besoins scénaristiques du film. Je ne sais pas pourquoi ils ont fait ça. Je trouve que l’histoire aurait été bien plus puissante s’ils s’en étaient tenus aux faits réels et à l’histoire déjà bien malheureuse des deux autres journalistes.
        Après oui, tout est une question de sensibilité. Ce qui est certain, c’est que ce film va faire débat. 🙂

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    • Eleyna dit :

      Je te comprends, j’étais un peu dans la même situation, avec beaucoup d’avis disant que c’était caricatural ou pas assez démonstratif. Au final, c’est toujours mieux de se faire son propre avis, comme tu dis, quand le sujet nous intéresse. 🙂

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