[Chronique Littéraire] Les Veilleurs – T1 : Enfant du Chaos, Eva Simonin

   Aujourd’hui, parlons d’un ouvrage de fantasy, qui mériterait d’être davantage mis en avant, Enfant du Chaos, d’Eva Simonin (Editions Les Moutons Electriques).

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FICHE TECHNIQUE

  • Titre : Les Veilleurs – T1 : Enfant du Chaosenfant-chaos
  • Auteur/Autrice : Eva Simonin
  • Illustrateur/Illustratrice : Melchior Ascaride
  • Édition : Les Moutons Electriques
  • Collection : Naos
  • Genre : Fantasy
  • Public : Tout Public
  • Cycle : Oui (1/ ?)
  • Pages : 336
  • Parution : 16 février 2017
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix :  5,99 euros – 16 euros
  • ISBN : 978-2-36183-315-2
  • Lien : Les Moutons Electriques : Enfant du Chaos

Résumé : Depuis la mort du dieu de l’Équilibre, le chaos ne cesse d’augmenter.

À Okkia, il engendre des spectres, êtres monstrueux qui se nourrissent des humains. Les pompiers régulent la menace de leur mieux, mais ils arrivent trop tard pour sauver la famille d’Anielle. Unique rescapée, la jeune femme décide de rejoindre leur rang pour lutter à son tour contre incendies, tempêtes surnaturelles et créatures dangereuses. Mais ses origines pèsent lourd sur ses épaules et compromettent sa place parmi les pompiers. Son existence n’est-elle qu’une nouvelle manifestation du chaos ? Anielle n’aura de pire ennemi que sa propre nature, convoitée par certains, redoutée par d’autres.

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

 

Couverture et Accroche

   A titre personnel, je pense que sa classification dans une collection jeunesse n’est pas forcément une bonne idée. Je n’ai jamais compris pourquoi, dès l’instant où le protagoniste n’est pas majeur, les maisons d’éditions considèrent que c’est pour la jeunesse. Personnellement, j’ai des difficultés à appréhender ces collections, car elles répondent souvent à des codes de Young Adult que je n’apprécie pas beaucoup (j’ai longtemps hésité à prendre ce livre pour ça). Pour moi, les œuvres comme Enfant du Chaos s’apparentent davantage a du « tout public » et auraient une meilleure publicité à être présentées comme telles (surtout qu’inversement, elles éviteraient de décevoir ceux qui s’attendent à lire du YA).

   Hélas, la couverture n’aide pas vraiment à orienter le choix des lecteurs. Même si j’apprécie les couvertures graphiques, je trouve que celle-ci, par son choix des couleurs arc-en-ciel entourant une structure d’un blanc virginal, n’attire pas spécialement l’œil adulte… pas plus que l’œil adolescent, la faute à cet aspect difficilement interprétable. On se retrouve donc avec une sorte d’entre-deux, un design abstrait demandant un certain niveau de conceptualisation, avec un trait et des couleurs jouant plutôt sur l’attrait d’un public plus jeune. Au final, ça ne parle probablement pas à grand monde. Dommage.

   Le résumé est plus intrigant et plus représentatif du contenu. Après, peut-être est-il trop convenu, et s’il suggère l’originalité de l’oeuvre par quelques mentions aux pompiers combattant des manifestations éthérées, peut-être manque-t-il un peu de singularité pour donner envie aux lecteurs, un  petit quelque chose qui démontre tout le potentiel contenu dans ce premier tome. 

 

Prose et Structure

    Je pense que le style, notamment dans les dialogues, est l’un des points qui a décidé de la classification dans la collection jeunesse. Dommage, car il s’agit avant tout d’une belle démonstration des variations de registres en fonction des personnages. Oui, une bonne partie des protagonistes parlent de façon courante, voire familière, avalant les négations, faisant des fautes de syntaxe, tutoyant les inconnus. Une façon de les opposer à une population plus aristocratique, au langage plus élégant et réfléchi. Peut-être cette différence est-elle parfois trop marquée, au point de donner l’illusion que le langage familier est symptomatique d’une certaine inexpérience et donc d’une certaine jeunesse (et donc que le récit s’adresse aux jeunes). Personnellement, j’y ai vu bien plus de choses, notamment la diversité de registres suivant la classe sociale, l’influence de l’entourage par la parole, le choix de vocabulaire comme acte de rébellion… Beaucoup de choses donc, qui font que le style de l’autrice est particulièrement riche, même dans son aspect le plus familier.

   Pour une cinquantaine de chapitres, on se retrouve avec deux actes principaux, le premier étant à mon sens le plus apte pour nous faire découvrir ce vaste univers, l’amnésie d’Anielle participant à l’immersion, le second resserrant son intrigue autour d’enjeux politiques, dans une ambiance plus sombre, plus cruelle. A noter que ce second acte emploie une ficelle narrative habituellement délicate puisque elle réduit l’amplitude émotionnelle et réactionnelle d’un personnage principal, sans toutefois ici amoindrir l’empathie du lecteur. Une réussite que je constate assez rarement ; souvent, ce type de passage m’éloigne du protagoniste. Mais c’est loin d’être le seul constat. Eva Simonin entremêle avec fluidité les différents aspects de l’intrigue, joue sur l’alternance de points de vue pour nous donner tour à tour des informations sur le quotidien, la magie et la politique de l’univers, amène une évolution des personnages par le seul point de vue des lecteurs (j’en parle plus bas)… Le moindre détail me fait dire que l’autrice démontre une grande maîtrise des techniques d’écriture et mériterait d’être davantage connue (puis, ce parallèle puissant entre la première et la dernière phrase…).

 

Personnages et Narrateurs

    Anielle est une jeune fille devenue orpheline à la suite d’une attaque de spectres. Récupérée par les pompiers, ceux-ci finissent par comprendre qu’elle est plus vieille qu’en apparence, malgré sa façon maladroite de s’exprimer, résultant en partie de son amnésie. Amnésie justifiée et même symptomatique de ce que l’on découvre peu à peu sur elle, une origine effrayante et incroyable qui fait d’Anielle un personnage principal comme il en existe peu. Difficile d’en parler sans trop en révéler, mais elle s’avère d’une belle complexité, dotée de naïveté et de noirceur qui la rendent très attachante. On ne peut s’empêcher de compatir à chacune des épreuves qui s’abattent sur elle, avec d’autant plus d’effroi que notre propre absence de naïveté nous fait entrevoir vers quelles extrémités on compte la mener. Un beau personnage principal, construite d’une façon qui surprendra plus d’un lecteur.

    Anielle n’est pas la seule protagoniste que l’on suit, puisque nous nous intéressons notamment aux mésaventures de Yone, un jeune homme des Forces Spéciales, parfait représentant de la caste des anti-héros. Il boit, il baise, il provoque, il insulte, il aime montrer sa supériorité et se moquer de ses adversaires, ne fait aucun effort pour s’adresser aux aristocrates, n’apprécie personne et fait tout pour que ce soit réciproque… Mais tout cela dissimule une personnalité plus complexe qui n’agit pas sans raison, certaines discussions démontrent même une forme de compassion qui le rend sympathique, sans toutefois occulter ses prédispositions à la violence et au cynisme. Un personnage complexe, donc, qui devrait beaucoup plaire aux amoureux d’anti-héros.

   Autre protagoniste, Eryann, un veilleur du Seuil assez atypique. En apparence du même âge que Yone, on lui attribue une personnalité de jeune prodige charismatique, mais manquant d’expérience pour rivaliser avec les vieux de la vieille. Chose qui l’amuse, car il a probablement connu leurs propres parents, même s’il ne s’en souvient pas, la faute à une mémoire qui s’efface au fil des ans. Jeune sans l’être vraiment, il a donc à la fois la facétie de son âge apparent et la sagesse plus ou moins trouble de l’ancienneté, ce qui le dote d’une personnalité assez intrigante, même si moins extrême que la plupart des autres protagonistes.

    Il existe bien d’autres personnages, tous bien caractérisés et agréables à suivre. Que ce soit les pompiers qui recueillent Anielle, comme la commandante Kaellie impliquée dans le bien-être de ses hommes, Dorvo le géant pas bavard, Line et son éternel agacement ou encore Ralik prompt à sympathiser avec Anielle, mais aussi les personnages plus impliqués dans l’aspect politique du récit, notamment Maranée la princesse désireuse de retrouver son trône, Ménos l’ancien héros auréolé d’une gloire qu’il ne pense pas mériter, ou le duc de Savange doté d’une capacité bien utile pour ses missions d’espionnage. Presque tous ont une évolution importante et judicieusement progressive, de façon à mener le lecteur d’une certitude vers une autre. Ce n’est pas le personnage qui change, c’est le lecteur qui apprend à le connaître, démontrant ainsi que ce qu’on peut comprendre d’un individu en début de récit n’est que ce que l’auteur a voulu nous en montrer. Un rappel important selon moi, quand de nos jours, les « fans » sont prompts à s’imaginer mieux savoir que l’auteur ce que sont les personnages (alors qu’ils n’en ont et n’en auront jamais qu’une image). Un vrai plaisir, donc, de voir que certains auteurs savent si bien jouer sur l’évolution progressive de la perception du lecteur.

 

Univers et Atmosphère

   L’univers est étonnamment complexe sans être pour autant difficile a appréhender. Il est question de Sphères, l’équivalent de mondes, même s’il est impossible de dire s’il s’agit de planètes. Ces Sphères, dont on suggère une relation pacifique, sont reliées entre elle par des Seuils, des passages intermondes maintenus par des flux magiques. Malheureusement, celui d’Okkia s’est refermé suite à une instabilité des flux, c’est donc sur la seule Sphère d’Okkia que nous évoluons.

   Des détails suggèrent que ce monde est inspiré de la belle époque avec la présence d’automobiles pour les plus riches, ou l’usage de pistolets et de fusils. Jusqu’à présent gouvernée sous le régime d’une monarchie divine et héréditaire, Okkia est récemment entrée dans une phase de changements, où l’on espère une gouvernance plus démocratique. Un fait qui ne plait pas à l’héritière royale et à ses partisans. Nous nous retrouvons donc avec une instabilité politique, renforcée par la grogne grandissante du peuple, comme celui-ci subit de plein fouet la fermeture du Seuil. Et ceci pour plusieurs raisons. La plus évidente d’abord, la fermeture des voies commerciales, la diminution des ressources, etc… bref les conséquences matérielles d’un tel phénomène.

   Mais ce qui vous intéresse le plus sûrement, ce sont les conséquences magiques. En effet, les Sphères, et notamment celle d’Okkia, sont régies par des lois impliquant un certain équilibre des flux magiques. Ceux-ci, représentés par des couleurs, correspondent à différents éléments, eux-mêmes liés à des divinités. Chaque type de magie s’utilise de façon différente, par des personnes différentes avec des effets différents, ce qui rend le tout particulièrement intéressant à découvrir. Malheureusement, il est dit que Wa, le dieu de l’Équilibre, est mort, et que depuis, les flux sont instables, ce qui a provoqué le chaos, dont les symptômes les plus flagrants sont la fermeture du Seuil, mais aussi l’apparition de spectres avides de sang humain. Chose intrigante, il a été décidé que ce serait aux pompiers de s’en charger. De vrais pompiers, ceux qui à la base éteignent les incendies. Autant vous dire que leur mission n’est pas de tout repos, d’autant plus que les apparitions de spectres sont de plus en plus fréquentes, et les moyens de moins en moins importants. Je ne vais pas m’éterniser, mais il y a énormément d’éléments à découvrir sur cet aspect de l’univers, les veilleurs chargés d’entretenir le Seuil, les tempêtes arcaniques, les cristaux de mana… Bref, je vous encourage fortement à jeter un œil par vous-mêmes. 😉

 

Intrigues et Thématiques

   Les pompiers d’Iverlone arrivent trop tard sur les lieux du carnage d’un spectre. Seule une jeune fille, Anielle, a survécu, mais le traumatisme a en grande partie effacé sa mémoire. Orpheline et perdue, la jeune fille décide de rester à la caserne pour devenir pompier et tuer les choses qui lui ont pris sa famille. Mais elle va peu à peu découvrir un aspect de sa personne aussi incroyable qu’inquiétant. De son côté Yone, un agent des Forces Spéciales, travaille en secret pour Maranée, l’héritière déchue de son trône et qui compte bien le récupérer des mains de ce profiteur de chancelier. Quant à Eryann, veilleur du Seuil, il sait qu’il doit trouver rapidement une solution pour rouvrir le Seuil, car dehors, la foule gronde et les attaques de spectres sont de plus en plus nombreuses…

    L’intrigue qui se découpe en deux actes nous permet de découvrir en douceur l’univers, aussi bien que les enjeux quotidiens, politiques et mystiques, auxquels sont confrontés les différentes catégories de la population. On se rend ainsi rapidement compte que si tout a plus ou moins la même origine, les conséquences elles ne sont pas vécues de la même façon suivant que vous soyez pompier en charge de la survie de votre petite ville de province, l’un des rares veilleurs restants sur Okkia à devoir s’occuper d’un Seuil qui ne veut pas s’ouvrir, ou une princesse qui voit la résolution de ces différents problèmes comme un moyen de s’assurer la sympathie du peuple. Le tout s’assombrit lors du second acte, à mesure que le chaos se répand. Mais le chaos n’est pas toujours là où on l’imagine, et s’il est ici représenté sous la forme d’une manifestation palpable, le récit cherche avant tout à nous parler du chaos qui règne au sein de l’espèce humaine. Et même plus intimement, au sein de chacun d’entre nous.

  Difficile de m’étendre davantage sans en trop en raconter, mais j’ai beaucoup aimé ce premier tome et je m’interroge sur le devenir du cycle. L’absence de « tome 1 » sur la couverture me laisse croire qu’il n’a pas été prévu d’en produire la suite en cas d’échec commercial, or le peu de retours que j’ai pu lire m’inquiète un peu. Aussi, j’en appelle à tous ceux qui ne se penchent jamais sur les labels jeunesse parce que comme moi, ils n’aiment pas les codes de YA. Tentez l’expérience : vous ne serez peut-être pas aussi enthousiastes que moi, mais vous ferez une belle découverte qui vous emmènera à la rencontre d’un univers et de personnages intrigants et complexes. 🙂

 

Conclusion

 Enfant du Chaos est un ouvrage qui mérite selon moi d’être connu par un plus large public. Si la protagoniste principale entre à peine dans sa majorité, elle est d’une nature rare des plus troublantes, éloignée de l’héroïne typique de Young Adult. De même, l’intrigue entremêlant aspects politiques et mystiques, les personnages intrigants et complexes, et l’univers d’une grande richesse, sont autant d’éléments qui font de ce livre une belle découverte. En espérant pouvoir un jour lire la suite. 🙂

 

Alors, envie de vous engager chez les pompiers pour combattre du spectre ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Enfant du Chaos ?

N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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13 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Les Veilleurs – T1 : Enfant du Chaos, Eva Simonin

    • Eleyna dit :

      Cela ne m’étonne pas, je ne me souviens pas non plus l’avoir vu passer à l’époque de sa sortie (bon, je n’avais pas l’œil partout non plus). Mais je pense qu’il pourrait te plaire (peut-être pas aussi enthousiaste que moi, mais quand même ^^).

      Aimé par 1 personne

  1. OmbreBones dit :

    Je suis totalement d’accord avec toi pour ce qui est des classifications. Je trouve ça risible qu’on se base sur l’age des perso, je prends toujours l’exemple de je suis ton ombre de Morgane Caussarieu où le « héros » est un gamin… Pourtant c’est un roman super sombre. Bref je suis convaincue par ta chronique et je note ce roman sur ma liste 😊

    Aimé par 1 personne

    • Eleyna dit :

      C’est ça. Après, il y a aussi le langage familier de certains personnages qui peut faire un peu « jeune », mais bon, pour moi ce n’est pas représentatif d’un âge.
      En tout cas, contente de voir que ça intrigue. Même s’il n’enthousiasmera pas forcément tout le monde, je pense que ce livre a de nombreuses qualités et qu’il mérite qu’on en parle. 🙂

      Aimé par 1 personne

      • OmbreBones dit :

        Le langage c’est représentatif d’une classe sociale ou d’une culture, moins d’un âge sauf si tu parles d’un jeune enfant par exemple. Mais je connais des ados qui savent très bien parler « comme des adultes » et vice versa, moi même je ne m’exprime pas de la même façon en fonction d’à qui je parle. Donc c’est dommage de le considérer comme ça…
        On verra ça après ma lecture mais vu tout ce que tu en dis c’est prometteur o/

        Aimé par 1 personne

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