[Chronique Littéraire] Or et Nuit, Mathieu Rivero

  Aujourd’hui, une promenade orientale avec Or et Nuit, de Mathieu Rivero (Editions Les Moutons Électriques).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Or et Nuit

    or-nuit

    ancienne version

  • Auteur/Autrice : Mathieu Rivero
  • Illustrateur/Illustratrice : Melchior Ascaride
  • Édition : Les Moutons Électriques
  • Collection : Bibliothèque Voltaïque
  • Genre : Fantasy
  • Public : Adulte
  • Cycle : One-shot
  • Pages : 256
  • Parution : 2 avril 2015
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Poche – Broché
  • Prix :  6,99 euros – 9,90 euros – 19,90 euros
  • ISBN : 978-2361831905
  • Lien : Les Moutons Electriques : Or et Nuit

Résumé : Des mille et une histoires que j’ai pu conter, aucune n’est aussi fabuleuse que celle que je m’apprête à te narrer. On y voyage de cités mortes en jardins luxuriants, de royaumes en déserts et de geôles en palais. On y croise djinns et ghûls, sultans et dragons, reines et démons, et les lignées maudites s’y affrontent autant que les passions se déchaînent. Vois-tu, elle recèle en son cœur une bien plus unique distinction. Cette histoire d’amour et de mort est vraie : je l’ai vécue. Parole de Shéhérazade.

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

 

Couverture et Accroche

   Je vais être un peu critique, mais parait-il que pour la version poche sortie cette année, l’auteur aurait revu son texte… Comme j’ai l’ebook acheté après la sortie du poche, j’ai bien entendu la version non révisée (logique)… Autant dire que je suis un peu agacée de comprendre que j’ai lu l’ancienne version, car je suis assez mitigée sur cette lecture, principalement sur la forme (or, j’imagine que c’est ce que l’auteur a modifié, non ?). Bref, je m’excuse auprès des lecteurs, mais ma chronique se fera donc sur l’ancienne version.

Qui dit ancienne version, dit ancienne couverture, que je trouve personnellement bien

or-nuit-poche

nouvelle version

plus évocatrice que la nouvelle. Les couleurs rouge et or, le profil du palais oriental et la décoration stylisée son autant d’évocation du contexte de l’histoire, tout autant que du conte duquel l’histoire est inspiré. Puis il y a les étoiles et les dorures, ce qui renvoie au titre, quand la nouvelle couverture n’illustre finalement que la nuit. Il est de même bien plus complexe d’en déceler l’univers oriental, et même si j’aime bien cette seconde couverture d’un bleu uniforme, je la trouve moins attrayante que la première.

   J’aime beaucoup le résumé, que je trouve particulièrement attrayant dans sa narration. Même s’il y a un petit coté narcissique à affirmer que la nouvelle histoire est « plus fabuleuse » que le conte original, on rappelle le contexte oriental, avec le folklore et les créatures qui y sont liés, ce qui fait d’ailleurs toute la force du récit. Hélas, le style de narration est bien peu représentatif de celui du texte, puisque cette façon de conter sera finalement assez peu utilisé. Or, c’était tout de même ce que j’espérais voir en me plongeant dans les contes de Shéhérazade.

 

Prose et Structure

   J’ai vu vanter la qualité de plume de l’auteur que l’on décrit comme particulièrement poétique, surtout dans ses descriptions. Je n’ai pas eu le même ressenti, puisque je trouve le style assez commun, fluide, bien écrit, mais sans passage qui aurait retenu mon attention. Pour être honnête, j’ai plutôt ressenti une certaine déception, surtout dans la structuration. La structure et l’intérêt d’un paragraphe déjà : dès la première page, je me suis demandée si l’auteur penserait à sauter des lignes pour différencier un passage narratif d’un passage actif. Peut-être est-ce ainsi dans le conte original, et je serais de mauvaise foi si je ne reconnaissais pas que ça s’améliore rapidement. Toutefois voir un tel manque de structuration des idées dès le premier paragraphe, ça ne m’a pas aidé à me faire une bonne idée du texte.

   J’en viens à la structure du récit qui est pour moi la plus grosse déception. L’intrigue est construite de façon à ce que Shéhérazade, de nouveau prisonnière, raconte une histoire afin de gagner du temps pour s’échapper. On a donc un récit enchâssé dans un autre récit, ce qui est une excellente idée pour donner une voix à la conteuse… Voix que l’on ne découvre pas avant le chapitre 6 (soit un tiers du texte). Durant les premiers chapitres, le conte de Shéhérazade est raconté de la même façon que sa propre histoire de survie, sans aucune distinction stylistique, sans rien d’ailleurs qui laisse croire que c’est Shéhérazade elle-même qui parle. Ce qui fait la force du résumé, ce « Parole de Shéhérazade » qui prouve que c’est bien elle qui raconte, n’existe tout simplement pas jusqu’à ce qu’elle apparaisse elle-même dans le récit. Pourtant, rien ne l’empêchait de ponctuer son conte de petites réflexions comme le « vois-tu » du résumé, qui prouve qu’il est destiné à un auditeur. C’est étrange, car quand cela arrive soudain, j’ai eu une impression inverse à celle que j’attendais. D’où sort cette soudaine implication dans le récit ? Pourquoi prend-elle brusquement l’initiative d’impliquer le spectateur ? En vérité, ça m’a donné l’impression d’une idée non maîtrisée, comme si l’auteur ne savait pas trop où placer sa narratrice, et qu’il a fallu qu’elle se découvre actrice de son récit pour soudain se rappeler qu’elle parlait à quelqu’un. Bref, j’apprécie l’intention, mais pas l’exécution.

    L’autre contrainte de ce type de récit, c’est de donner de l’intérêt aux mésaventures de Shéhérazade entre deux parties de son conte. Or, ces passages ne sont pas les plus intéressants à lire pour moi, car ils consistent essentiellement en une joute oratoire entre le brigand et la reine sur l’obtention de la suite du récit. Je comprends l’intention de prouver que Shéhérazade parvient à captiver son auditoire et le rendre dépendant de sa volonté à poursuivre, mais cela devient répétitif, et n’explique d’ailleurs pas à elle seule l’issue (convenue) de la relation entre les deux personnages. Enfin, j’ajouterai que la façon de conter l’histoire ne la rend pas spécialement haletante (en tout cas, elle n’a pas vraiment l’art du suspense), et il faut dire que durant tout le texte, c’est sa réputation qui joue pour elle, davantage qu’une réelle démonstration de son art oratoire.

   Je rappelle qu’il s’agit de mon avis suite à la lecture de la première version du texte, tous ces points ont donc pu être améliorés après la révision de l’auteur.

 

Personnages et Figurants

    Si comme moi vous n’avez jamais lu les Milles et Une Nuits, vous devez toutefois avoir entendu parler de Shéhérazade, la reine qui, pour échapper à la sentence de mort de son époux, raconta chaque soir une histoire en promettant de la finir le lendemain. Nous la retrouvons hors du palais, alors qu’elle voyage seule et libre. Enfin, libre… la voilà déjà aux mains d’un brigand qui lui demande une histoire pour passer le temps. Ce qu’elle s’empresse de faire, espérant trouver l’occasion de s’échapper. Shéhérazade est décrite comme ingénieuse et attentive à ses interlocuteurs, capable de s’adapter à chaque personnalité et de mesurer le poids de chaque mot. Mais de telles qualités ne font pas spécialement d’une personne un bon conteur, et je trouve qu’elle a une sacrée chance d’être toujours reçue sur sa seule réputation. Elle est aussi assez susceptible, un bon point qui l’humanise et la rend plus crédible dans son statut de reine.

   Tariq est le brigand qui la capture sur la route. Lui aussi plutôt rusé, il ne se laisse pas démonté lorsque la reine tente de négocier ses histoires, ce que je trouve plutôt logique car le conte n’a rien de vital, contrairement à l’eau dont Shéhérazade a besoin pour s’hydrater. Il est donc dans un rapport de force et le sait, sans pour autant paraître détestable. Il est en réalité plutôt pragmatique, et même si la situation entre les deux personnages évolue, il rappelle que Shéhérazade reste sa prisonnière et que son confort ne dépend que de sa bonne volonté à respecter les règles. Personnellement, j’aime beaucoup ce type de personnalité (un peu moins sur la fin).

   Shéhérazade raconte l’histoire de plusieurs personnages, dont Azi Dahaka de Yazad qui, malgré la mort de son père, n’est toujours pas devenu sultan. Une sombre histoire existe autour de son grand-père qui aurait bu du sang de dragon et transmis sa malédiction à ses descendants. Malheureusement pour le jeune prince, les serviteurs de son père refusent de lui en parler, ce qui le rend un peu paranoïaque. Il peut toutefois compter sur un entourage aimant, entre le vizir Kaveh et sa femme Radwa qui remplacent le couple parental, son général Ashurrabi qui le forme au combat ou encore un derviche du nom de Yussuf, sorte de guerrier-sorcier voltigeur. Il fait la connaissance d’Abû de Babylone, l’occasion pour lui de fréquenter un jeune de son âge et d’oublier son obsession… durant un temps.

   Le prince Abû Balr de Babylone est né avec une difformité, ce qui le rend peu sûr de lui et particulièrement soumis à sa mère Fitna, calculatrice et autoritaire. Sa rencontre avec Azi lui permet de s’émanciper un peu, et de voir qu’au-delà des qualités de corps si importantes pour un souverain, il y a aussi les qualités de cœur et d’esprit. Il reste toutefois assez en retrait et se voit souvent relégué au second plan par la forte personnalité des autres (sa mère, Azi, sa cousine…), et je regrette un peu de ne pas davantage comprendre sa vision du monde.

   Un troisième souverain fait son apparition, Khalid de Jagat, royaume de guerriers-juges gouverné par la force et la soif de conquête, dont on fait planer la menace tout au long du récit. Le personnage en lui-même ne m’a pas semblé particulièrement intéressant, mais ce qu’il représente, notamment les coutumes de son peuple, lui donne une certaine aura de puissance et de danger.

 

Univers et Peintures

   L’univers oriental fait tout l’intérêt de l’ouvrage. Même si on commence à voir dans le paysage de fantasy littéraire plusieurs ouvrages ancrés en Orient, on n’en a jamais trop et on en apprend toujours un peu plus sur les coutumes, les mythes et le bestiaire de cette région du monde. On retrouve ainsi des environnements désertiques en Yazad, un peu plus chauds et moites du côté de la mythique Babylone. Il sera question de palais dotés de magnifiques jardins suspendus, de temples immémoriaux qui tombent en ruine, de puits maudits à l’eau empoisonnée (belle façon de parler de la pollution provoquée par l’homme).

    Mais ce qui vous intéressera le plus sûrement, ce sont les références aux mythes, et en particulier aux djinns. Ici, les djinns forment un peuple représenté par de nombreuses espèces, que ce soit les rakshazas (hommes-tigres) les affarits (que vous connaissez peut-être sous le nom d’éfrit), les ghuls (ou goules), les shaytans (créatures à corne), ou encore le simurgh (oiseau d’or mythique). Tout ce petit monde cohabitait avec les humains, allant jusqu’à prendre forme humaine pour se fondre dans la masse. Malheureusement, la descendance d’un humain et d’un djinn, nommée haavi, était jugée trop dangereuse, si bien que le roi des hommes, Salomon, et le roi des djinns, Ravana, conclurent un pacte afin de séparer leurs deux mondes. Seuls quelques djinns demeurent désormais dans le monde des hommes, avec l’obligation de dissimuler leur nature et de tuer tous ceux qui trahiraient ce serment (ainsi que tous les haavis). Ils sont à l’origine des événements mystiques qui surviennent aux quatre coins de l’Orient, et peuvent avoir une influence indirect sur l’évolution des royaumes humains. Lorsqu’ils sont découverts, ils reprennent leur apparence normale et peuvent alors déclencher de véritables cataclysmes.

   Les djinns ne sont pas les seuls détenteurs de la magie du récit. On retrouve bien sûr les lignées à l’héritage incertain, comme celle d’Azi Dahaka. Le récit joue sur l’ambiguïté de cet héritage, puisque comme le jeune prince, le lecteur est laissé dans le flou sur son origine, son potentiel, sa dangerosité. On joue durant une bonne partie du récit sur la suggestion, notamment avec Yussuf, un derviche dont la communauté détient des connaissances secrètes sur la sorcellerie. Ses propres capacités ne sont jamais ouvertement présentées, même si on insiste sur l’importance de la méditation et de la compréhension de soi (dans la réalité, les derviches sont des religieux qui pratiquent l’ascétisme).

 

Intrigues et Rouages

    Shéhérazade, reine d’Ulud, parvint durant trois ans à échapper à la sentence de mort de son mari, en lui racontant chaque soir un morceau d’histoire. Après avoir donné naissance à deux enfants, elle décide de fuir le palais, afin de vivre une vie d’aventures et de dénicher de nouvelles histoires. Malheureusement, elle est capturée par un brigand qui espère obtenir une rançon de son mari. Pour avoir l’occasion de s’échapper, elle décide de raconter une histoire inédite, une histoire vraie, à laquelle elle a pris part.

    Même si je n’ai pas été convaincue par la structure du récit, l’histoire des princes Azi et Abû est très intéressante à suivre. Elle déroule tous les événements, les choix, les actes, qui définissent une tragédie que l’on sent venir comme une fatalité. Entre Azi, qu’on a tenu caché jusqu’à la mort de son père à cause de son sang dont on ne veut rien dire, et Abû dont la difformité rend faible aux yeux de sa mère à l’ambition démesurée, tous les éléments familiaux sont présents pour rendre leur situation précaire. Ajoutez à cela la jeunesse et le besoin de se faire respecter, l’exercice du pouvoir qu’on leur refuse tout en leur rappelant de faire bonne figure, des intrigues politiques là où tout va bien (Ah Fitna !), des djinns revanchards et la menace constante d’un voisin belliqueux, autant dire que les deux princes étaient destinés à voir leur vie se déliter au fil des mots de Shéhérazade. Dommage que la fin soit trop brutale à mon goût. Quand on a pris le temps de découvrir une histoire, on apprécie en général assez peu qu’elle se conclut en une page. Mais bon, ce n’est que mon avis. 😉

   Il y a bien entendu tout un discours sur la puissance des mots. A plusieurs occasions dans le récit, on oppose le pouvoir de la force ou de l’autorité royale à celui du langage, on explique à Shéhérazade qu’elle a un pouvoir plus grand que celui des autres souverains, car c’est par ses contes qu’elle façonnera l’avenir de chacun. C’est elle qui déterminera ce que l’on retiendra d’eux, qui créera leurs légendes et choisira au final d’en faire des vainqueurs ou des vaincus, de bons souverains ou des tyrans. Cela rappelle que l’Histoire, notre Histoire, est subjective, et que ce que nous connaissons de notre passé dépend des mots de ceux qui le content.

 

Conclusion et Avis général

   Or et Nuit est un récit adapté des Mille et Une Nuits qui n’aura pas su me convaincre sur la forme, pas assez travaillée à mon sens, mais qui m’aura toutefois intéressée par son univers et ses personnages. Si les mésaventures de Shéhérazade ne sont pas des plus accrocheuses, son conte sur les princes Azi et Abû mêle à la fois tous les éléments tragiques et tous les détails mystiques qui font la grandeur des légendes. Entre les familles royales aux sombres héritages et les djinns qui veillent jalousement sur leurs secrets, tous les événements mènent leurs protagonistes vers une issue incertaine, où la destinée des uns perdure par les mots des autres.

 

Envie de découvrir le nouveau conte de Shéhérazade ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Or et Nuit ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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8 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Or et Nuit, Mathieu Rivero

  1. entournantlespages dit :

    La nouvelle couverture me pousse davantage vers ce livre pour son côté oriental qui me fait immédiatement comprendre dans quel univers l’histoire s’inscrit. Ce problème dans la structure narrative a l’air assez embêtante, en espérant que c’est ça qui a été corrigée. Je n’ai pas lu les Mille et une nuit mais ce livre me fait bien envie pour sa mythologie et son univers.

    Aimé par 1 personne

    • Eleyna dit :

      Ah oui ? Comme quoi, ça dépend vraiment des goûts et ils ont eu raison d’en faire une nouvelle. 🙂
      Perso, c’est la rouge et or que je trouve plus révélatrice sur l’aspect oriental, mais j’imagine que ça dépend de nos connaissances sur le sujet.
      En tout cas, j’espère vraiment que la forme s’est améliorée, et notamment que l’auteur a donné une voix bien spécifique à Shéhérazade. C’était quand même, pour moi, ce qui faisait l’attrait d’un tel roman. Mais ça ne te dérangera peut-être pas, je pense que tu peux te lancer dans la lecture, car niveau univers, c’est assez passionnant. 🙂

      Aimé par 1 personne

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