[Chronique Littéraire] Le Cirque Interdit, Célia Flaux

   Une petite sortie pour découvrir l’envers du dernier cirque de France, ça vous dit ? C’est ce que je vous propose avec Le Cirque Interdit, de Célia Flaux (Editions Scrineo).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • une_cirque-interdit_ok-2Titre :  Le Cirque Interdit
  • Auteur/Autrice : Célia Flaux
  • Illustrateur/Illustratrice : Dpcom
  • Édition : Scrineo
  • Collection : /
  • Genre : Dystopie
  • Public : YA
  • Cycle : One-Shot
  • Pages : 256
  • Parution :  février 2019
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix :  13,99 euros – 16,90 euros
  • ISBN : 978-2-36740-657-2
  • Lien : Scrineo : Le Cirque Interdit

Résumé : Bienvenue au Cirque Vazatta !

Approchez sans crainte, venez rire avec nos clowns et nos acrobates !
Le dernier cirque de France vous ouvre ses portes pour un spectacle envoûtant…

Dans un pays gouverné par le Parti Zéro Risque, qui a banni toutes les pratiques jugées dangereuses, Maria décide d’infiltrer la troupe Vazatta.
Sa rencontre avec les artistes et surtout avec Mathieu, acrobate et clown apprenti, va bouleverser ses certitudes… Jusqu’où faut-il aller au nom de la sécurité ?

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MON AVIS

Bulle d'Eleyna Logo 2

Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

   Je remercie l’autrice pour sa passion et sa gentillesse durant le salon, ainsi que pour sa jolie rose en papier (les lecteurs comprendront ^^).

 

Couverture et Accroche

   J’aime beaucoup l’esthétisme de la couverture qui a ce côté graphique et un peu patiné de certaines vieilles affiches publicitaires. Pour de la dystopie, vous me direz que c’est un peu à contre-emploi, mais je trouve cela pertinent, dans le sens où le cirque peut être actuellement vu comme un art vieillissant qui perd petit à petit son public, notamment par certaines difficultés à se séparer de ses animaux dans une France de plus en plus sensible au bien-être animal. Les étoiles et les rayures typiques des toiles de chapiteau emplissent l’espace, mais le ton sur ton de ce vert peu saturé retire l’aspect festif et renforce les discrètes mais néanmoins présentes caméras de surveillance qui projettent leur regard sur le titre, en une belle évocation de l’univers dépeint dans le texte. Oui, le dernier cirque de France est sous le feux des projecteurs, mais il est aussi l’objet de toutes les attentions du pouvoir en place.

   Je ne vais pas mentir, j’ai à peine lu la 4e de couverture puisque c’est Célia Flaux qui m’a gentiment convaincue de lire son ouvrage (pas que moi d’ailleurs ^^). Néanmoins puisque c’est mon objectif ici de parler des accroches du livre, je vais donc me pencher sur le sujet. J’apprécie l’entrée en matière qui consiste à reprendre l’approche publicitaire d’un cirque, cela donne toute de suite le ton et place discrètement un détail d’importance : il s’agit du dernier cirque de France. On enchaîne avec ce qui va nous plonger dans l’univers dystopique, le Parti Zéro Risque, avant d’enchaîner sur l’élément destiné à convaincre le public cible, la mention de deux jeunes gens de sexe opposé. Bref, le résumé est carré et remplit parfaitement son rôle d’accroche auprès du public.

 

Prose et Structure

   C’est probablement le seul point qui m’a légèrement dérangé sur les premières pages du livre. Ce n’est pas de la faute de l’autrice, loin de là, mais j’ai toujours un peu de difficultés à rentrer dans un ouvrage qui use d’un langage de jeunes gens modernes. C’est assez discret, la plupart des lecteurs ne verront même pas de quoi je parle, car il ne s’agit pas d’expressions de « jeun’s ». Je parle bien du phrasé, du rythme, du vocabulaire global qui permet de sentir l’âge des personnages sans avoir à le mentionner. C’est un très bon point en soi, car cela prouve que Célia Flaux sait adapter sa prose à ses personnages autant qu’à son public cible. Ce n’est juste pas ce que je préfère. Toutefois, après quelques pages, j’ai su m’y fondre, car la plume est fluide et efficace, d’autant qu’elle joue sur une alternance de points de vue à la première personne au présent, ce qui renforce l’impact émotionnel. Bref, je pense que la plupart des lecteurs seront conquis.

    La structure du récit est une chose qui m’a particulièrement plu. Nous retrouvons les traditionnels chapitres, eux-mêmes partagés entre les points de vue des deux protagonistes, Maria et Mathieu. Jusque là, rien d’anormal. Mais ce qui fait la petite spécificité du livre, c’est la présence de documents divers et joliment mis en page… en fin de chapitre. Oui, là où habituellement les annexes se trouvent au début d’un chapitre pour expliquer ce qui va suivre, ici, les ajouts indissociables du récit provoquent bien souvent les événements du chapitre suivant. Une façon de faire originale et captivante qui permet de lier toutes les époques entre elles et de dévoiler peu à peu les problématiques du récit.

 

Personnages et Narrateurs

   Maria Fratel est une orpheline de 18 ans qui a été élevée par un tuteur attentionné travaillant à l’Assurance. Intelligente, sérieuse et respectueuse des lois, c’est sans surprise qu’elle désire intégrer les hautes fonctions de l’Assurance. Or, pour cela, elle doit faire ses preuves en infiltrant le dernier cirque de France, afin de prouver qu’il prend trop de risques. Ce n’est toutefois pas la seule raison qui pousse la jeune fille à rejoindre la troupe et on comprend vite que la rage d’une enfance trahie et la solitude des années écoulées la façonne dans ses choix. C’est un beau personnage, riche en failles troublantes, qui fait beaucoup d’erreurs, mais sait aussi se relever et faire les bons choix. Pour ceux qui accordent de l’importance à la diversité dans les livres, je précise que Maria est noire. 🙂

   Maria fait la rencontre de la famille Vazatta et en particulier de Mathieu, 18 ans (oui, bon, il faut rester dans les normes du public cible ^^), trapéziste, acrobate, danseur et… apprenti clown. Avouons que ce n’est pas la discipline qui fait le plus rêver, pourtant on sent toute sa passion et ses efforts pour rendre hommage à son grand-père qui a fait la réputation du cirque grâce à sa fascinante capacité à capturer le cœur du public. Très famille, il se montre suspicieux en voyant Maria débarquer dans le cercle fermé des Vazatta, ce qui le rend un peu odieux. Il se rattrape vite cependant et va alors essayer de mettre à l’aise Maria, tout en poursuivant son rêve de quitter le cirque pour rejoindre une tournée internationale. C’est là encore un beau personnage, dont les aspirations ne cadrent pas forcément avec son entourage, un peu maladroit dans ses interactions, mais d’une bienveillance taquine une fois les premières frictions passées.

   Maria devient l’assistante d’Alphonse Vazatta, le patriarche du cirque et grand-père de Mathieu. Personnage très paternaliste, on apprend peu à peu ses motivations quand à son choix de garder la jeune fille malgré la suspicion de sa famille, et en particulier de sa femme Lucia, qui gère l’aspect administratif de l’entreprise familiale. Bienveillant, trop parfois, comme il ne réprimande jamais une jeune fille qui a pourtant 18 ans et peut donc assumer ses propres choix. Mais enfin, je suis sûr qu’il plaira à tous les fans de papy gâteau. ^^

   On retrouve bien entendu toute la grande famille Vazatta, la mère étouffante, le père suspicieux, les frères trapézistes, le petit frère hyperactif, la contorsionniste qui fait tourner plus d’une tête, la couturière… Certains sont davantage présents que d’autres, mais on perçoit assez aisément le lien familial qui les relie, entre engueulades et réconciliations sous un coin de chapiteau.

    Outre la famille Vazatta, on retrouve aussi deux personnages important de l’Assurance. Pierre-Alexandre, le tuteur de Maria qui ne cesse de la couver, et Charles d’Astier, le PDG aux dents longues. Deux personnages importants de l’histoire, un brin archétypaux, mais qui participent à l’ambiance oppressante et à la situation de plus en plus inquiétante de Maria.

 

Univers et Atmosphère

   L’univers du livre est fascinant pour deux raisons : le cirque et les assurances. « Heu… les assurances ? » allez-vous dire en fronçant les sourcils. Oui, car dans cette dystopie plutôt réaliste, la France est gouvernée par un nouveau lobby, celui de la sécurité à tout prix. Ainsi, le parti Zéro Risque au pouvoir promeut des lois assurant la sécurité des citoyens, au prix d’une liberté de plus en plus restreinte. Exit les sports à risque, le tabac ou encore la possibilité de marcher où on veut, Zéro Risque s’assure qu’aucun individu ne prend de risque, notamment en obligeant chaque citoyen à prendre une assurance coûteuse. Cela arrange bien les affaires de l’Assurance, qui comme son nom l’indique, est la grosse filiale qui a dévoré toute la concurrence pour s’assurer du monopole sur ce juteux marché.

   Ainsi, toute la France a cédé à la suprématie de l’Assurance. Toute ? Non ! Un petit village mobile résiste encore et toujours à l’envahisseur, un petit village du nom de Cirque Vazatta. Le dernier cirque de France tient malgré les lois de plus en plus restrictives grâce à son intelligence : il a créé sa propre boîte d’assurance afin d’assurer les activités à risque. Et ça, ça ne plait pas beaucoup à monsieur d’Astier. ^^

   Qui dit cirque, dit univers fascinant et assez fermé sur lui-même. J’avoue faire partie des personnes qui n’apprécie pas les cirques avec les animaux, et pour être honnête, je n’y suis jamais retournée depuis que j’ai vu toute petite un artiste frapper en direct son chien parce qu’il n’avait pas réussi son tour. Pourtant, j’ai une certaine fascination pour les cirques contemporains tels que le Cirque du Soleil. Cela tombe bien, car le Cirque Vazatta s’en inspire fortement avec une absence d’animaux et une mise en scène du spectacle doté d’une histoire qui donne la part belle à l’interprétation des artistes. En coulisse, on retrouve l’aspect très familial avec une troupe soudée capable de s’engueuler pour se serrer dans les bras deux secondes plus tard, mais qui se montre aussi suspicieuse envers tout ce qui vient de l’extérieur.

   Le tout est immersif mais assez aéré, on découvre ainsi le cirque et l’univers de dystopie sans trop s’attarder sur les aspects techniques, l’autrice préférant décrire leur impact émotionnel. Cela permet de conserver un bon rythme, mais si comme moi, vous aimez découvrir l’univers, peut-être trouverez-vous que le décor manque parfois d’éléments et qu’il n’aurait pas été de trop de davantage illustrer le devenir d’un monde régit par les assurances.

 

Intrigues et Thématiques

    Maria est une jeune orpheline qui a décidé de suivre les traces de son tuteur en rejoignant l’Assurance. Pour s’assurer d’une bonne place dans cette grosse entreprise, elle doit remplir une importante mission : infiltrer le Cirque Vazatta afin de trouver la moindre information susceptible de le faire fermer. Si le patriarche du cirque l’accueille à bras ouverts, ce n’est pas le cas du reste de la troupe, à commencer par Mathieu, qui rêve de devenir un clown aussi talentueux que son grand-père. Leur rencontre risque bien d’ébranler leurs certitudes, mais aussi de mettre en péril le dernier cirque de France…

   La base de l’intrigue est intéressante, peut-être un peu trop simplifiée par moment pour laisser plus de place à l’aspect émotionnel, que ce soit pour la romance ou l’introspection des personnages. J’ai trouvé parfois que cela allait trop vite, notamment sur l’obtention inexpliquée de certaines informations par certains personnages (je n’ai par exemple pas compris comment Mathieu sait pour les parents de Maria alors qu’elle ne a jamais dit à ce personnage. J’ai du raté un paragraphe…). Toutefois, n’étant pas très romance young adult, je dois avouer que celle-ci passe plutôt bien… si n’est le besoin récurrent de rappeler que Mathieu en tant qu’artiste a un corps de rêve (cette obsession du ventre plat ^^). Je taquine un peu, mais pour être honnête, si je ne suis pas le public cible pour cette partie de l’intrigue, je trouve qu’elle est construite de façon suffisamment intelligente pour plaire aux amoureux de la romance sans occulter le reste. Une romance bien dosée donc et plutôt réaliste dans son approche.

   Les thématiques sont plutôt nombreuses, mais vous ne serrez pas surpris si je vous parle en priorité de l’opposition entre la sécurité et la liberté. L’idée même d’amener le besoin sécuritaire au premier plan de la politique française est astucieuse, elle permet de prendre la dystopie par un biais réaliste (au sens où ça pourrait arriver incessamment) qui parlera à de nombreux lecteurs, en particulier dans le contexte actuel. Sous prétexte d’assurer le bonheur des gens, on le prive de libertés en lui affirmant que c’est pour son bien. Après tout, qui contesterait que le tabac tue, que traverser hors des clous est dangereux, que sauter en parachute est risqué ? C’est là toute la subtilité d’une politique bien menée. En usant d’arguments compris de tous, il devient plus facile de faire accepter l’inacceptable… comme cette abominable idée de Rééducation, qui consiste à lobotomiser les plus récalcitrants par les pires sévices moraux. C’est horrible, mais c’est aussi une façon, notamment grâce au personnage de Maria, de rappeler qu’il est facile de juger ceux qui acceptent les contraintes et les atrocités, quand tout est mis en place pour faire croire qu’il n’y a pas d’autre choix. Il n’y a aucun mérite à critiquer et insulter ceux dont la penser diffère, mais on a tout à gagner à les sortir de leurs illusions les plus délétères (ceci était ma morale du jour ^^).

   La seconde thématique qui me vient à l’esprit, c’est la notion de pardon. Il est à mon sens central dans le récit car toute l’intrigue tourne autour d’actes commis dans l’ignorance des autres, parfois pour le meilleur, souvent pour le pire, mais rarement volontaire. Il revient alors à chaque personnage de prendre la mesure de ces actes, de les accepter ou de les condamner. L’autrice a eu l’intelligence de donner des failles à tout le monde, de faire en sorte que rien ne soit facile, mais rien non plus totalement perdu. Parce qu’après tout, c’est cela aussi l’humanité : la possibilité d’évoluer. 😉

 

Conclusion

   Si Le Cirque Interdit est un roman de dystopie plutôt destiné à un public de jeunes adultes appréciant les romances, l’univers réaliste d’une France soumise aux lois d’un parti extrémiste associé à celui plus intriguant du cirque contemporain devrait plaire à plus d’une personne. D’autant que l’autrice nous parle avec intelligence des illusions dans lesquelles la société nous enferme, et nous apprend toute l’importance de la notion de pardon. Parce qu’après tout, malgré les preuves évidentes de certaines horreurs, qui n’a jamais voulu croire que la société ne veut que notre bien ?

 

Alors, envie d’aller au cirque ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Le Cirque Interdit ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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14 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Le Cirque Interdit, Célia Flaux

    • Eleyna dit :

      Je comprends. J’avoue que selon mes habitudes de lecture, il fait un peu trop YA pour moi. Mais, c’est du YA bien pensé à mon sens, avec comme tu dis un concept intéressant, des personnages travaillés et une romance plus proche de la réalité que ce que j’ai l’habitude de voir dans le genre. 🙂

      Aimé par 1 personne

    • Eleyna dit :

      Si c’est la romance qui t’inquiète, elle est relativement réaliste, je dirais. Il y a le côté un peu maladroit des premières relations amoureuses, sans l’aspect « absolu » dont beaucoup d’auteurs imprègnent leurs romances.
      Si c’est l’aspect science-fictionnel, je dirais que ce n’est pas trop marqué. Il est assez facile de faire le parallèle avec l’époque actuelle, ça rend la lecture plutôt simple à suivre.
      En tout cas, de mon point de vue, c’est une lecture plutôt agréable et facile, et même si on n’aime moins certaines thématiques, je ne pense pas qu’on puisse en ressortir en ayant eu l’impression d’avoir perdu son temps. Donc je te le conseillerai si l’univers du cirque t’intéresse. 😉

      Aimé par 1 personne

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