[Chronique Littéraire] La Stratégie des As, Damien Snyers

   Aujourd’hui, il sera question de cambriolage dans un univers de fantasy, avec La Stratégie des As, de Damien Snyers (Editions Actusf).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : La Stratégie des As54938
  • Auteur/Autrice : Damien Snyers
  • Illustrateur/Illustratrice : Dogan Oztel
  • Édition : Actusf
  • Collection : les Trois Souhaits
  • Genre : Fantasy
  • Public : Adulte
  • Cycle : One-shot
  • Pages : 256
  • Parution : Février 2016
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Poche – Broché
  • Prix :  5,99 euros – 7,90 euros – 18 euros
  • ISBN : 978-2-36629-801-7
  • Lien : Actusf : La Stratégie des As

Résumé : Pour vivre, certains choisissent la facilité. Un boulot peinard, un quotidien pépère. Humains, elfes, demis… Tous les mêmes. Mais très peu pour moi. Alors quand on m’a proposé ce contrat juteux, je n’avais aucune raison de refuser. Même si je me doutais que ce n’était pas qu’une simple pierre précieuse à dérober. Même si le montant de la récompense était plus que louche.
Même si le bracelet qu’on m’a gentiment offert de force risque bien de m’éparpiller dans toute la ville. Comme un bleu, j’ai sauté à pieds joints dans le piège. L’amour du risque, je vous dis. Enfin… c’est pas tout ça, mais j’ai une vie à sauver. La mienne.

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

 

Couverture et Accroche

   J’aime beaucoup la couverture, dans son trait et le choix des couleurs qui rappelle les vieilles peintures, ce qui colle bien à mon sens à l’idée d’une uchronie fantaisiste. Je trouve aussi que le choix du panorama donne une bonne idée du type  et de l’importance du lieu où se déroule le récit, à savoir un milieu urbain, dans un ville européenne, avec ses façades ensoleillées et ses tuiles vermeilles s’opposant à ses ruelles étroites et ses toitures propices aux discrètes excursions de la pègre. Si je devais émettre un bémol, ce serait sur l’aspect steampunk qui se dévoile de façon décorative plus qu’utilitaire, un peu comme dans le récit, au final. Pour ce qui est des personnages, même si on les discerne à peine, on devine sans mal l’identité de chacun (même si je me demande toujours comment l’un d’eux a fait pour monter ^^).

   J’aime bien le résumé, qui représente parfaitement le type de narration et donc la personnalité du personnage principal. D’ailleurs, je pense que l’attrait pour ce roman résulte principalement du choix de narration, car en soit, ce qui est rapporté de l’intrigue n’est pas particulièrement original et le résumé pourrait, conté de façon plus neutre, passer inaperçu. Après, je vous avouerai que même si j’apprécie ce type de personnage un peu cynique, j’avais compris dans le ton employé que cette lecture serait pour moi davantage du divertissement qu’une révélation. Autant le dire, je ne m’étais pas trompée.

 

Prose et Structure

   La prose est un des points qui font que ma lecture s’approche davantage du simple divertissement que d’une lecture passionnante. En effet, si le style est nerveux et efficace dans sa façon de raconter les pensées cyniques du protagoniste, j’ai été un peu déstabilisée par le choix du temps de narration. Ou l’absence de choix, puisqu’au sein d’un même paragraphe, on peut passer du passé simple au plus-que-parfait pour parler de la même scène, de la même action. Certes, cela peut participer à la personnalité de James, qui raconte après coup ses mésaventures, mais je ne trouvais pas cela vraiment pertinent, en dehors des passages où il semble s’adresser aux lecteurs. D’autant qu’on précise bien que sa compétence, c’est sa facilité à embobiner les gens, donc sa façon de discourir qui, en tout logique, devrait s’adapter à l’interlocuteur (et donc pouvoir rester cohérente sans changer de temps à toutes les phrases). En dehors de ce détail, j’apprécie globalement le style de l’auteur, qui s’appuie essentiellement sur le côté franc et lucide de son protagoniste, capable d’autodérision.

    Je crois que c’est l’une des rares fois où je vois un récit découpé en une demi-douzaine de gros chapitres de plusieurs dizaines de pages. Un seul fait une dizaine de pages suivant, me semble-t-il, l’importance que l’auteur a voulu donné à la scène qui y est isolée. Si la thématique en soit est touchante, je reconnais que j’ai eu, par ce choix de découpage, davantage l’impression d’un ajout initialement non prévu qu’une volonté de mettre le sujet en avant. Un sentiment probablement atténué lorsqu’on accorde moins d’importance à la mise en page du récit.

 

Personnages et Narrateurs

   Personnage narrateur, James est un elfe qui, comme beaucoup d’elfes urbains dans les univers à domination humaine, ne peut pas vivre confortablement sans emprunter la voie de l’illégalité. Un choix de vie qu’il ne regrette pas, puisqu’il prend en réalité goût à ses petites combines qui font appels à ses compétences de voleur et de baratineur. Plutôt réaliste sur l’état de la société, il n’est pas du genre « cœur noble », et a plutôt tendance à penser à sa pomme en priorité, même s’il a une réelle affection pour ses amis. Globalement sympathique à suivre, j’avoue toutefois que je m’attendais à le découvrir plus charmeur et à user davantage de l’art de l’éloquence. Si tout le monde semble se satisfaire de ses prestations, personnellement je trouvais qu’il jouissait de beaucoup de chance (quand même, ne jamais tomber sur quelqu’un de vraiment suspicieux, c’est un peu facile pour un baratineur).

   Dans son groupe d’arnaqueurs, nous retrouvons Elise, une métisse moitié elfe moitié humaine, qui n’a jamais vraiment su où était sa place, comme elle est rejetée aussi bien des uns que des autres. Elle a une évolution assez intéressante, puisqu’elle est notamment le centre du fameux chapitre d’une dizaine de pages, même si j’avoue qu’on ne perçoit pas vraiment les ravages de son mal (plutôt ceux de son « traitement »). Elle a en outre un rêve altruiste, ce qui est assez rare dans le milieu de la pègre, puisqu’elle voudrait ouvrir un club pour tous les métisses, afin qu’ils puissent s’y sentir acceptés et compris.

   Jorg est le dernier membre du trio, un troll instruit qui, s’il ne présente pas mieux que ses congénères selon les dires de James, possède un tempérament des plus agréables (et une façon de prononcer certains mots assez amusante ^^). On sait peu de choses sur lui, si ce n’est qu’il rêve à terme d’une vie pépère loin des arrestations récurrentes par la police locale. En effet, les trolls sont peu appréciés par la population humaine, et risquent à tout moment d’être embarqués pour leur seule présence au mauvais endroit. Un fait qui explique la plus faible présence de Jorg au sein du récit, même s’il garde un rôle essentiel au sein du trio.

    Il y a quelques personnages secondaires plus ou moins importants, à commencer par celle qui a le droit à sa propre nouvelle bonus en fin de livre, Mila, une humaine adepte du vol et du grimage. On retrouve aussi le duo d’embaucheurs un peu louches, Astur et Nihkto sympathiques dans leur fonctionnement, même si le climax m’a laissé sur ma faim (j’ai toujours trouvé facile l’auto-désamorçage en mode « je sais que c’est cliché, mais voilà pourquoi ils font ça« ). 

 

Univers et Atmosphère

    L’univers du roman est une uchronie fantaisiste de notre monde durant le 19e siècle. Il est assez compliqué d’en parler puisque tout ceci n’est pas véritablement développé. L’intrigue se passe à Nowy-Krakow, cité polonaise qui n’a malheureusement aucun détail pour la caractériser et la différencier de tout autre ville européenne. On perçoit bien le système de classes sociales de l’époque (même si on voit peu la partie ouvrière), avec une réelle différence entre les quartiers populaires et les quartiers riches. Toutefois, même si l’on mentionne la politique et le pouvoir à plusieurs occasions, il n’est jamais question d’en découvrir les rouages, que ce soit dans les hautes sphères visibles de la société, ou le domaine plus obscur de la pègre. J’avoue avoir espéré avoir au moins un petit aperçu pour cette dernière, hélas, on se contentera des quelques connaissances de James.

   S’il est question de discrimination et de racisme, on ne sait finalement assez peu de choses sur chaque race ou leur inclusion dans un univers à l’histoire si proche de la nôtre. On parle bien de religions connues, comme le christianisme ou les vieux mythes égyptiens, mais on ne sait pas si par exemple, les elfes et les trolls possèdent leurs propres croyances. On a bien à un moment donné Jorg qui parle d’une coutume culinaire, mais c’est globalement la seule référence que l’on pourra trouver sur le sujet, ce qui est plutôt dommage, car je pense que de tels éléments renforcent la crédibilité d’un univers fantaisiste.

   Il en va de même pour les deux aspects qui vous intrigueront sûrement, la magie et la technologie. Pour cette première, autant dire que l’auteur s’en défait rapidement en rappelant assez régulièrement que « on sait que ça existe, mais on sait pas à quoi ça sert/ comment ça fonctionne » et « de toute façon, ça fonctionne une fois sur deux« . Voilà, comme ça pas besoin de donner d’explications. Dommage, car il y a un passage par une bibliothèque de mage, et on n’a même pas le droit à une petite démonstration ou même une référence mystique. Pour ce qui est de la technologie, elle est assez décorative dans l’histoire (comme sur la couverture donc), puisqu’elle sera tout au plus mentionnée pour décrire des calèches automatiques, qui de toute façon, nécessite de la magie (qui fonctionne une fois sur deux, vous suivez toujours ? ^^). On sait globalement que ça fonctionne au charbon (et certains lampadaires au gaz), mais il s’agit d’éléments très ponctuels, hélas.

 

Intrigues et Thématiques

   Au terme d’une soirée bien arrosée où le trio d’escrocs a une nouvelle fois perpétré l’une de ses arnaques, James est abordé par un curieux personnage qui lui propose une petit boulot grassement payé : rapporter une pierre nommée le Rein d’Isis. Pour s’assurer de sa coopération, ses employeurs lui mette un bracelet qui explosera en cas d’échec. Autant dire que James ait autant motivé par sa survie que la récompense à la clef. Heureusement, il pourra compter sur ses deux amis, et une aide plus inattendue.

   Dans l’ensemble, l’intrigue est plutôt intéressante, même si je m’attendais à ce qu’elle soit plus complexe, donc plus jouissive dans sa résolution. Je me dis que j’en attendais certainement trop, surtout après les bons retours que j’avais lu au sujet de ce roman, mais il est vrai que je ne me suis pas autant amusée que je l’espérais. La planification du vol, et le vol en lui-même ne m’ont pas parus aussi poussés que le présageaient les prétentions de James sur ses compétences, celui-ci mettant d’ailleurs un temps considérable à trouver comment pénétrer les lieux du vol (pourtant tellement évident…). Peut-être qu’il manquait un peu de tension pour moi, je n’avais pas assez peur pour les personnages.

   Les thématiques abordées sont plutôt intéressantes, même si elles ne seront qu’effleurées le plus souvent. On retrouve ainsi la discrimination liée à la différence physique, symbolisée par Jorg qui ne passe pas les portes sans devoir se baisser et ne peut même pas rentrer dans la plupart des pièces à taille humaine. Il est aussi question du métissage et du sentiment de non-appartenance à une communauté quand on se retrouve avec deux cultures pas toujours complémentaires. Bien entendu, il y a un discours évocateur sur le pouvoir, l’argent et la corruption, cet aspect très actuel de la vie politique qui parlera forcément aux lecteurs. Et puis il y a une thématique un peu moins courante, celle de l’inéluctable à travers la vieillesse et la maladie incurable. Un sujet que je trouvais tellement intéressant et qui malheureusement (même si j’ai compris dès le début que ça se finirait ainsi), ne va pas pour moi au bout des choses. Peut-être est-ce parce que le sujet des maladies vraiment incurables me parle, et que j’aurais apprécié qu’il soit traité dans sa réelle appréhension. Après, je comprends que ce n’était pas le but, et qu’après tout, cette lecture reste du divertissement.

   A noter qu’il y a une interview de l’auteur, comme dans beaucoup d’ouvrages de chez Actusf, ce qui est très intéressant pour comprendre son point de vue sur sa propre histoire. Ce qui est amusant, c’est que je n’ai pas toujours perçu ce que lui expliquait de ses intentions. Comme quoi, il y a vraiment différentes façons de voir une histoire. 😉

 

Conclusion

   La Stratégie des As est un court roman plutôt divertissant grâce à son protagoniste au discours cynique et pragmatique. Si l’intrigue est intéressante et nous fait faire quelques détours par les beaux quartiers ou la bibliothèque des magiciens de Nowy-Krakow, j’ai trouvé que l’univers manquait pas mal de détails dans l’inclusion de ses particularités, que ce soit les races, la magie ou la technologie. Globalement, on passe un bon moment, mais je n’ai pas trouvé ma lecture aussi jouissive qu’attendue.

 

Qui veut connaître le principe de la Stratégie des As ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

La Stratégie des As ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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16 réflexions sur “[Chronique Littéraire] La Stratégie des As, Damien Snyers

  1. Lilith dit :

    Wow, ton avis est tellement bien amené et développé! Sinon, je suis plutôt d’accord avec les critiques que tu soulèves, même si le changement de temps de verbe dans la narration m’a apparemment moins dérangé que toi.

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    • Eleyna dit :

      Merci, c’est gentil à toi. 🙂
      Ah, j’avoue que des fois, je tique sur des détails concernant la forme (d’autant que j’imagine que ça doit dépendre de l’état d’esprit, de la fatigue…). Mais tant mieux si ça ne t’a pas dérangé. ^^

      Aimé par 1 personne

  2. L'Astre dit :

    J’avais bien aimé cette lecture (même si j’avoue garder un souvenir très flou de l’intrigue). C’est tout à fait ce que tu dis : une lecture divertissante, ça se lit vite et on passe un bon moment. J’avais juste quelques réserves sur la fin (mais ça, c’est une thématique avec laquelle j’ai toujours du mal dans le steampunk).

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    • Eleyna dit :

      Cela ne m’étonne pas vraiment que l’histoire ne t’ait marqué sur le long terme. Je pense que ce sera pareil pour moi.
      Je ne suis pas sûre de savoir de quel élément tu parles concernant la fin (surtout par rapport au genre du steampunk, je ne voudrais pas dire de bêtise), mais j’avoue que j’aurais espéré moins de « facilités » sur plusieurs points. Enfin, ça reste une lecture plutôt amusante. 🙂

      Aimé par 1 personne

  3. Atsuna Revane dit :

    Hello ! J’ai beaucoup apprécié ta chronique, elle met le doigt sur toutes les petites choses qui m’avaient dérangée dans le récit. Je m’étonnais de voir de si belles chroniques sur cet ouvrage, très chouette et divertissant, mais qui ne m’avait pas autant touchée. Ce qui m’a le plus ennuyée, c’était le choix des temps. Enfin, l’absence de choix, comme tu dis. 🙂 néanmoins je pense que Damien est un auteur à suivre, s’il évolue dans son écriture, car il a un bon potentiel :p

    Aimé par 1 personne

  4. Antios dit :

    Merci pour cette critique. Je ne connaissais pas ce court roman, mais c’est vrai que la couverture m’aurait bien attiré. Comme Symphonie, si l’occasion se présente un jour, je tenterai bien l’aventure !

    Aimé par 1 personne

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