[Chronique Littéraire] Mémoires du Grand Automne – T1 : Le déni du Maître-sève, Stéphane Arnier

    Après une bonne année à squatter ma PAL pour le PIF, je décide enfin de vous parler du premier tome de lu cycle de fantasy Mémoires du Grand Automne : Le déni du Maître-sève, de Stéphane Arnier (autoédition).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Mémoires du Grand Automne – Tome 1 : Le déni du Maître-sève1-LE-DENI-DU-MAITRE-SEVE
  • Auteur/Autrice : Stéphane Arnier
  • Illustrateur/Illustratrice : ?
  • Édition : Autoédition
  • Collection : /
  • Genre : Fantasy
  • Public : Adulte
  • Cycle : Quadrilogie (1/4)
  • Pages : 484
  • Parution : 3 septembre 2015
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix :  4,99 euros – 18 euros
  • ISBN : 979-1022721318
  • Lien : Mémoires du Grand Automne

Résumé : À l’ombre des montagnes enneigées du Nord, au fond d’une vallée baignée d’un lac, pousse un Arbre géant. Entre ses racines escarpées vit le peuple d’Alkü, des hommes et des femmes qui naissent de l’écorce et possèdent le talent de manier les vents.

La saison des naissances approche. En tant que Maître-sève, Nikodemus Saule prépare la cueillette des enfants, mais sa bonhomie habituelle est mise à mal : il se fait vieux, n’a pas formé de successeur, et l’un des bourgeons à naître présente un bien curieux symptôme. Tandis qu’on cherche à le destituer, il s’enfonce toujours plus profond entre les non-dits, les manigances et les secrets du passé.

Et si cette future naissance n’annonçait pas un début, mais une fin ?

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

Lu dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

 

Couverture et Accroche

   J’apprécie la couverture, très colorée et au trait un peu « jeunesse ». De ce que j’ai pu voir sur certains sites, c’est bien considéré par certains comme de la fantasy jeunesse, même si après lecture, je ne vois pas vraiment pourquoi. A cause de la couverture, justement ? Sans dire que cela peut tromper les potentiels lecteurs, je précise juste qu’il ne faut pas voir les couleurs chatoyantes et le dessin assez doux de l’arbre comme une affirmation d’un contenu pour jeunes, mais plutôt tout public. Il me faut avouer que la couverture m’a donnée un aperçu différent de celui que j’imaginais plus ou moins aisément avec le texte sur l’urbanisme autour d’un arbre géant.

    Le résumé est plutôt intriguant puisqu’il pose un contexte assez inhabituel : un peuple naît au sein d’un arbre géant et vit entre ses racines. Je me suis aussitôt demandée à quoi pouvait ressembler la vie d’un tel peuple, et c’est probablement davantage ce questionnement que la suite du résumé qui aura su me convaincre de lire. Dans un second paragraphe, nous rentrons dans le vif de l’intrigue avec la description d’un protagoniste un peu singulier, puisque vieillissant, dans ce qui semble être le début d’une sombre affaire autour de ce qui devrait apporter son lot de réjouissances. Et si jamais vous n’étiez pas convaincus par le vocabulaire employé que la situation risquait de dégénérer, la dernière phrase d’accroche enfonce le clou. Alors, est-ce la fin ? 😉

 

Prose et Structure

    La plume de l’auteur est riche et disciplinée, on sent une maîtrise de son art, comme le suggèrent ses articles sur l’écriture. Mais elle est pour moi, hélas, un peu artificielle sur le début, si bien que la présence de l’auteur m’a semblé perceptible, au point de sentir là où il a pu raturer pour supprimer ou remplacer un terme trop familier ou un verbe faible. A cela s’ajoute des descriptions impersonnelles et peu émotionnelles, ce qui donne une sensation de distance qui minimise l’implication du lecteur. J’ai mis du temps à voir une évolution dans mon appréhension du style, mais je reconnais qu’il a fini par se faire oublier. Peut-être parce que mon regard autant que la plume ont évolué vers un « compromis » (il m’a semblé voir moins d’accumulation d’adjectifs et une plus grande implication émotionnelle du protagoniste). Je pense que les amoureux du beau style y trouveront davantage leur compte. Mais si comme moi, vous privilégiez une prose plus émotionnelle, peut-être vous faudra-t-il pousser la lecture sur quelques chapitres avant de vous sentir à l’aise.

   A noter que l’auteur use d’un vocabulaire lié à la flore et au vent pour façonner les expressions typiques des Alkayas, ce qui est bienvenu et se comprend facilement, même sans explication sur leur sens. Je regrette à l’inverse l’usage d’expressions plus courantes comme des ponts de singes, alors qu’on ne sait pas si ces animaux existent. Je me demande, comme dans chaque ouvrage du genre, si les personnages savent ce dont il est question ou si ce terme s’adresse juste aux lecteurs (ce qui serait curieux, on n’invente pas des expressions typiques de l’univers pour en retranscrire d’autres sous leur forme française).

    Sans être particulièrement original dans l’idée, le récit se précède d’un prologue qui se déroule bien des années avant, alors qu’un individu du peuple des Ephémères tentent de retrouver les mémoires du Grand-Automne qui frappa l’arbre d’Alkü. Ces mémoires, qui commencent donc par le récit de Nikodemus, sont découpés en « chapitres » sans numérotation ni dénomination, ce qui n’est pas le plus pratique pour un ebook puisqu’il est impossible de revenir à un passage précis du texte. Mais soit, il ne s’agit que du confort de lecture, cela n’a pas d’impact direct sur le récit. 😉

 

Personnages et Figurants

   Le récit est focalisé sur le personnage de Nikodemus Saule, le Maître-sève vieillissant des Alkayas. Maître-sève est un poste à haute responsabilité, puisqu’il s’agit à la fois de superviser l’ensemble des naissances de tout un peuple intimement lié à son arbre, mais aussi d’être l’unique détenteur d’un savoir indispensable à sa survie. Or Nikodemus est un vieillard bedonnant qui tire vers son propre automne et qui, comme l’indique le titre, est un adepte du déni. Un si grand adepte qu’il a malheureusement ce comportement pour tous les sujets, même les plus futiles, ce qui à mon sens, n’aide pas à le rendre sympathique. Autant suivre l’intrigue du point de vue d’un vieil homme qui s’accroche à ses illusions d’une vie banale est une bonne idée, autant le rendre à ce point buté et insensible au moindre changement n’en fait pas le protagoniste le plus agréable à suivre. Car s’il est du genre « bonhomme », comme il le dit lui-même, il est pourtant bien incapable de comprendre les besoins des autres. Certes, cela s’explique par la vieillesse et la maladie, et sûrement ses tourments toucheront plus d’un lecteur. Mais si je reconnais qu’il fait un personnage intéressant, je ne trouve pas qu’il soit écrit pour être attachant. Ce constat ne m’empêche pas de suivre une histoire, mais pour ceux qui y accordent de l’importance, je préfère prévenir : Nikodemus est lent à avancer et à évoluer.

   Le récit met en scène de nombreux individus autour du protagoniste, tous parfaitement identifiables par des caractéristiques distinctes. Maari, épouse et veilleuse bienveillante de Nikodemus, se présente comme une femme sur le déclin qui veut jusqu’au bout être une bonne mère et une bonne épouse, mais qui reste distante quand elle a conscience des tourments de son époux. Il y a de la douceur dans sa relation avec Nikodemus, mais aussi de la lâcheté, ce qui les présente comme deux facettes complémentaires du devenir de personnes à responsabilités. Valpuri est décrite comme une fille plutôt inconséquente aux yeux de son père. Elle s’illustre par son rapport conflictuel avec lui, ce qui peut être intéressant, mais se perd trop dans le fameux déni du Maître-sève (quand je vous disais que c’est sur tous les sujets ^^). A noter qu’elle sera le protagoniste du second tome.

  La plupart des sévetiers qui obéissent ou entourent Nikodemus sont assez distants émotionnellement du lecteur. Qu’ils soient cueilleurs comme Aulis dont la froideur après la mort de sa femme est rapportée à chaque fois qu’il apparaît ; veilleurs comme Rudius Ramure qui est décrit comme un prodige désireux de prendre la place de maître ; ou membres du conseil comme l’ami d’enfance Elias qui semble avoir pris goût au pouvoir… Aucun ne donne véritablement envie d’y investir un capital sympathie, même s’ils ont un potentiel et une importance dans l’intrigue vraiment intéressants. Toutefois ceci s’explique par le point de vue de Nikodemus qui, outre le déni, exprime aussi une forme de paranoïa sur sa possible éviction par son entourage.

   Il existe aussi des personnages issus d’autres espèces, comme le Myar Aow, un félin ami de Nikodemus, sympathique et serviable, mais un peu sous-exploité à mon goût. Les Drass, les lézards rêveurs, se montrent quant à eux étranges et manipulateurs dès la première rencontre avec Sonath, ce qui attire tout de suite la suspicion. Il y a tout un pan de l’histoire lié à eux, et j’espère qu’on en apprend davantage dans les tomes suivant.

 

Univers et Peintures

    Nous évoluons dans un univers où les Arbres-Mères, d’immenses arbres mystiques, sont à l’origine de divers peuples. Si on suit celui des Alkayas, le récit suggère la présence d’autres Arbres-Mères, comme celui des Myars, des félins dotés d’un incroyable pouvoir de guérison, ou des Drass, des lézards spécialisés dans les rêves. Il me serait cependant impossible de vous dire si tous fonctionnent de la même façon et si tous les peuples nécessitent leur protecteur dans le processus de procréation.

   Puisque nous suivons la vie des Alkayas, c’est donc d’eux dont je vais vous parler. On ne les décrit jamais vraiment, normal puisque c’est du point de vue de l’un d’eux, si bien qu’à par comprendre qu’ils ont une pilosité semblable à la nôtre, il peut-être difficile d’imaginer un individu sans la couverture qui suggère une apparence plutôt humaine. Après, ce n’est jamais clairement spécifié, il est possible de les imaginer autrement, et personnellement, je leur donne un aspect plus végétal (la faute à Bonhomme, l’Ephémère du début, qui suggère un lien indirect avec les Alkayas, donc peut-être une morphologie semblable). D’autant que l’on parle de graine et non de cœur, ce qui a une grande importance pour leur « vie après la mort ». A noter qu’ils ont le pouvoir de venter, à l’origine de nombreuses expressions de leur peuple.

   La procréation dépend de l’Arbre-Mère qui offre sa sève nourricière dans des loges de son tronc où les parents doivent s’immerger dans un bassin pour déposer leur semence et permettre aux bourgeons de pousser. Tout cela est assez fascinant, et même si j’ai du mal à concevoir certains aspects biologiques, j’apprécie le soin donné à l’aspect technique de cette méthode de fécondation. Car qui dit bourgeons fixes pour donner naissance à chaque membre de l’espèce, dit organisation rigoureuse pour préserver les lieux d’incubation. Outre le soin donner aux futurs enfants, il faut aussi assurer un accès strict aux bassins, ce qui provoque une file d’attentes de plusieurs années pour devenir parents. Et puis, il y a les menaces liées à l’hôte végétal, comme la pluie, les feuilles qui tombent et font la taille d’un adulte, et surtout, les pucerons cendrés avides de sève nutritive.

    Concernant l’urbanisme, j’ai eu un peu de mal à visualiser la construction des hameaux, villages et autres quartiers autour d’un arbre géant qui semble décrit comme caduque (avec des feuilles qui tombent). Si je peux concevoir qu’il existe des villages à même le tronc et les branches pour servir d’habitations aux sévetiers qui s’occupent des futures naissances, j’ai un peu plus de difficulté à voir une ville s’étendre juste au niveau des racines, là il faudra lutter au quotidien contre les feuilles qui tombent, mais aussi les tremblements de terre, voire les brusques modifications du sol liés à l’évolution du réseau racinaire. On a au final peu d’informations sur le fonctionnement de la société en dehors du soin des bourgeons, mais il est sous-entendu l’existence d’un artisanat et d’une agriculture assez semblables à ceux de l’humanité. En tous les cas, il reste bien des choses à découvrir sur les Alkayas et leur rapport à leur Arbre-Mère. Une bonne chose de savoir donc que le cycle se constitue de plusieurs tomes.

 

Intrigues et Rouages

    La saison estivale touche à sa fin et bientôt commencera l’automne. Une période de festivité, car il s’agit de celle de la cueillette des bourgeons et donc du bonheur de futurs parents. Nikodemus, en tant que Maître-sève, participe aux préparatifs malgré son âge avancé et la requête de plus en plus pressante de son entourage à trouver des successeurs pour son épouse et lui. Mais Nikodemus n’entend pas se laisser dicter ses actes et c’est tout essoufflé qu’il rejoint les hauteurs d’une chambre où se produit un bien curieux phénomène. Le début d’une sombre enquête dont le Maître-sève n’a même pas conscience, encore persuadé que tout se passera comme durant les cycles passés…

   On ne peut pas lire ce texte sans éprouver de l’impuissance et de l’agacement à assister au déni récurrent d’un individu qui a hérité des plus grandes responsabilités de son peuple. C’est bien entendu volontaire, et même si Nikodemus lui-même a des difficultés à évoluer sur la question, le lecteur, lui, comprend vite que son fichu entêtement fait courir des risques inconsidérés aussi bien à son entourage qu’à l’ensemble des Alkayas. Je serais toutefois de mauvaise foi si je ne reconnaissais pas que le Maître-sève possède quelques qualités, comme celle de pointer du doigt ce qui ne va pas, sans toutefois s’en apercevoir. Probablement que la plupart des lecteurs seront dans un état d’esprit similaire et se réjouiront ainsi de chaque révélation. Personnellement, j’ai été assez peu surprise par le déroulement de l’intrigue et les motivations des personnages (mais je vois d’où ça vient), si ce n’est à la fin, lors d’un acte d’Aulis que je n’ai pas vu venir. J’ai toutefois passé un bon moment, et j’apprécie les questionnements qui se posent à la fin du récit et qui, sans nul doute, pousseront bien des lecteurs à entamer le tome suivant. 🙂

 

Conclusion et Avis général

   Le déni du Maître-sève est un premier tome dans un univers de fantasy plutôt original où les peuples sont issus d’Arbres-Mères, autour desquels ils grandissent et prospèrent. Si j’ai eu des difficultés à entrer dans l’histoire, comme la plume me semblait un peu impersonnelle et le protagoniste pas vraiment sympathique, j’ai fini par m’habituer au style et à l’idée d’un personnage vieillissant et entêté, pour pouvoir découvrir à travers son improbable enquête sur un étrange bourgeon, toute l’étendue d’un monde où la nature est intimement liée aux individus. Un récit intéressant qui satisfera certainement bien des lecteurs en quête d’une fantasy tout public originale.

 

Qui veut découvrir l’Arbre-Mère d’Alkü ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Mémoires du Grand Automne – T1 : Le déni du Maître-sève ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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6 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Mémoires du Grand Automne – T1 : Le déni du Maître-sève, Stéphane Arnier

    • Eleyna dit :

      De rien. 😉
      Oui, on a plutôt l’habitude de le voir par les yeux d’un protagoniste consterné qui partage la frustration du lecteur. Cela donne un sentiment de satisfaction, une forme de récompense. Ici, le lecteur est un peu tout seul avec son agacement, ce qui est à la fois intéressant dans le concept, mais risqué si le lecteur n’accroche pas au reste. Bref, je pense que chacun devrait se faire son avis sur la question. 🙂

      Aimé par 1 personne

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