[Chronique Littéraire] Le Roi des Fauves, Aurélie Wellenstein

   Et si je vous proposais un peu de noirceur dans un univers de dark fantasy aux accents nordiques, avec Le Roi des Fauves, d’Aurélie Wellenstein (Scrineo) ?

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Le Roi des Fauvescouv-roi-fauves
  • Auteur/Autrice : Aurélie Wellenstein
  • Illustrateur/Illustratrice : Aurélie Police
  • Édition : Scrineo
  • Collection : /
  • Genre : Fantasy, Dark Fantasy
  • Public : Tout Public
  • Cycle : One-Shot
  • Pages : 352
  • Parution : 21 mai 2015
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix : 9,99 euros – 16,90 euros
  • ISBN : 978-2367403021
  • Lien : Scrineo : Le Roi des Fauves

Résumé : 

*version site*

Poussés par une famine sans précédent, trois amis, Kaya, Ivar et Oswald, prennent le risque de braconner sur les terres de leur seigneur, mais son fils les surprend. Au terme d’une lutte acharnée, ils laissent le noble pour mort.
Capturés et jugés pour tentative de meurtre, les trois amis sont condamnés à ingérer un parasite qui va les transformer en « berserkirs ».

Au bout de sept jours de lente métamorphose, ils seront devenus des hommes-bêtes, et leur raison s’abîmera dans une rage inextinguible. Le temps de cette transformation, ils sont enfermés dans Hadarfell, un ancien royaume abandonné, dont le passé et l’histoire ont été engloutis par le temps…


*version couverture*

Accusés de tentative de meurtre, Ivar, Kaya et Oswald sont condamnés à un sort pire que la mort. Enfermés dans un royaume en ruines, coupés du monde, il leur reste sept jours d’humanité. Sept jours pendant lesquels le parasite qu’on leur a inoculé va grandir en eux, déformant leur corps et leur esprit pour les changer en monstre. Au terme du compte à rebours, ils seront devenus des berserkirs, des hommes-bêtes enragés destinés à tuer ou être tués sur les champs de bataille. À moins que le légendaire roi des fauves puisse enrayer leur terrible métamorphose ? Mais existe-t-il vraiment ailleurs que dans leur tête ? Commence alors une course contre le temps, où les amis d’hier devront rester forts et soudés, pour lutter contre les autres. et contre eux-mêmes.

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MON AVIS

Bulle d'Eleyna Logo 2

Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

Lu dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

 

Couverture et Accroche

 Oh, une couverture d’Aurélien Police ? Forcément, j’aime. ^^ Il faut dire que le contraste est assez saisissant, entre le fond blanc et le profil bestial très sombre et angoissant. L’incorporation des attributs animaux est impressionnant, puisque de loin, elle donne une impression de bête informe et dérangeante, dont on ne comprend la composition qu’en y regardant de plus près. La partie humaine du visage n’est pas moins glauque avec cette traînée rouge sur la mâchoire, rappel du sang qui coule des crocs de berserkirs. Aucun doute, il s’agit bien de se perdre dans l’atmosphère anxiogène d’un récit de dark fantasy.

   Vous aurez peut-être remarqué la présence de deux résumés. Il se trouve qu’en copiant celui présent sur le site de Scrineo, je me suis aperçue qu’il ne correspondait pas à celui de la 4e de couverture. Or, je trouve cette dernière plus juste, car elle présente Ivar en premier, et non Kaya. Pourtant, Ivar est bien le seul protagoniste de l’histoire et j’aurais apprécié que cette différence soit perceptible (« Ivar et ses amis Kaya et Oswald »), car j’ai cru à trois personnages narrateurs, alors qu’il n’en est rien. Pour le reste, on constate que les deux résumés n’apportent pas le même type d’informations, mais donnent tous deux une bonne idée du ton très sombre de l’histoire.

 

Prose et Structure

   J’avais déjà parlé de la prose simple et efficace de l’autrice dans La Mort du Temps (ici). On retrouve cette plume moderne qui fait le bonheur des lycéens. Je comprends une telle sollicitation par le public adolescent (même si pour moi, Aurélie Wellenstein écrit plutôt du « tout public »). En effet, il y a un côté un peu pédagogique dans l’apprentissage du vocabulaire, comme celui-ci s’enrichit de mots peu courants au détour de quelques phrases. Pas trop souvent pour ne pas gaver le lecteur peu habitué au registre soutenu, pas trop sporadique pour ne pas donner l’impression d’un ovni au milieu d’un texte au registre courant. Juste ce qu’il faut à mon avis pour donner envie d’apprendre de nouveaux mots. De plus, il y a une façon très moderne de raconter, de mener les dialogues et de faire vivre les personnages. Un effet qui rend plus accessible un récit qui s’ancre pourtant dans un univers plutôt sombre et médiéval. Bref, la plume d’Aurélie Wellenstein est vraiment adaptée pour s’adresser à son lectorat cible, mais aussi à tous les adultes qui aiment les textes sérieux, profonds et simples à lire.

 

Personnages et Narrateurs

    Comme j’ai pu le signaler, Ivar est le seul protagoniste de l’histoire. Fils de forgeron, il bénéficie de tous les atouts physiques qui sont liés à ce statut. Grand, fort et endurant, on lui décrit une carrure d’ours qui ne dissimule en rien son cœur d’or. Prompt à s’accuser de tous les maux autant qu’à sauver son prochain, ami comme inconnu, il s’empare sans conteste des caractéristiques chevaleresques des héros mythiques. S’il ne plaira peut être pas aux amoureux des anti-héros, je pense au contraire que sa dévotion et sa résilience ne le rendent que plus intéressant par son aspect de héros tragique, qui lutte en vain contre la noirceur de son monde et contre la perversion de ses propres idéaux. Personnellement, j’apprécie beaucoup ce type d’évolution.

   Kaya est un personnage que j’ai détesté dès sa première apparition. Comprenez bien, je ne dis pas qu’elle est mal écrite, au contraire. Seulement, elle est de ces caractères qui font rapidement comprendre qu’en réalité, ce sont eux les maillons faibles du groupe (je sais, tout le monde pense que c’est Oswald ^^). Si au début, elle se montre charismatique et meneuse dans l’âme, les événements vont rapidement révéler ses travers et ses faiblesses. Ainsi, elle devient pleurnicharde et exigeante, tant et si bien qu’elle en devient agaçante (Ivar ! Aux pieds ! Ivar ! Pas bien !). Son évolution ne m’a pas du tout surprise, et la phrase qui revient régulièrement à propos des parasites, « révèle-moi ta vraie nature« , ne semble jamais avoir autant de sens que pour elle. Après, je conçois qu’on puisse la trouver charismatique, chacun ses opinions. 😉

   Oswald est le fils de l’herboriste du village et accessoirement, la troisième roue de la carriole (ou celui qui tient la chandelle, comme vous préférez ^^). C’est un personnage intéressant qui aurait mérité un meilleur traitement, car on l’oublie un peu la plupart du temps (pourtant il est bien présent). S’il n’a aucune compétence physique, qu’il est un peu trouillard et pas forcément débrouillard, il est loyal envers ses amis et possède une vision différente sur leur sort, qui ne sera toutefois que peu exploitée. Dommage, car il apportait un regard intriguant sur la nature humaine, une conception un peu inattendue sur le devenir de berserkir et donc sur la part bestiale en chacun de nous.

   D’autres personnages sont présents, mais peu nombreux et moins esquissés que nos trois adolescents. Nous retrouvons ainsi le jeune seigneur responsable de leur sentence, au comportement un peu archétypal de l’autorité qui abuse de son pouvoir. Il y a aussi Hilde, une petite fille qui se voit condamnée à la même sentence et qui apport une nouvelle vision sur la mutation engendrée par le parasite. Et bien entendu, il y a le fameux roi des fauves. Personnellement, je m’attendais à un passif plus impressionnant et j’ai été un peu déçue par son manque de prestance. Comme quoi, on se fait des idées parfois…

 

Univers et Atmosphère

    Comme vous devez l’avoir plus ou moins deviné, l’univers du roman emprunte à la culture et aux mythes nordiques. Dans les prénoms des personnages bien sûr, ainsi que dans les noms de lieux, comme la région maudite de Hardafell, ou la capitale Sivgard. Cette capitale se trouve en des terres plutôt froides, gouvernées par un Haut-Roi qui délègue son pouvoir à des Jarls. Autre rapport à la culture nordique, le Haut-Roi dirigent des Valkyries, des guerrières qu’ils envoient pour rattraper les malheureux qui n’ont pas su respecter ses lois. Or, ces Valkyries ont la fâcheuse manie de se balader avec des berserkirs.

   Oui, c’est là qu’on en arrive au sujet qui vous intéresse. En effet, Aurélie Wellenstein a eu la très bonne idée de réadapter le mythe du berserk, ce guerrier enragé capable de tuer aussi bien ses ennemis que ses alliés sur les champs de bataille. Point d’usage de psychotropes toutefois, ici il est question d’un parasite, sorte de ver occulte que l’on fait ingérer aux malheureux condamnés. Ce parasite agit rapidement sur la nature humaine, déformant peu à peu le corps en une carrure bestiale couverte de poils, de plumes, de griffes ou de cornes. Au-delà de la mutation physique, c’est bien la dénaturation psychique qui apeure les condamnés, car ils sont voués à terme à ne plus savoir penser que comme des bêtes sauvages désireuses de sang.

   Mais pourquoi faire de certains condamnés des berserkirs, me direz-vous ? Pour l’argent, bien sûr ! Car l’un des points qui sera malheureusement peu exploité, ce sont les intérêts politiques et commerciaux que de telles créatures peuvent représenter. Toutefois, avant de les envisager comme de bons petits soldats prêts à déchirer les gorges ennemies, encore faudrait-il pouvoir les dompter. Et c’est là qu’intervient l’aspect magique de l’univers. Là encore, les explications sont restreintes, mais il est question de sorciers usant de runes capables de dominer ou d’effrayer les berserkirs. Autant dire qu’on sent un sacré potentiel dans cet univers de fantasy nordique, même si on en aura au final qu’un bref aperçu.

 

Intrigues et Thématiques

   Ivar et ses amis enfreignent les lois du Jarl afin de chasser en forêt. Malheureusement, ils croisent la route du jeune seigneur et de son berserkir apprivoisé. Aux termes d’un course-poursuite, leurs deux poursuivants finissent dans un ravin. Les trois adolescents espèrent que l’affaire sera rapidement oubliée, mais c’est sans compter sur le plaisir vengeur de la noblesse. Condamnés à devenir des berserkirs, ils n’ont que sept jours pour trouver le roi des fauves en Hardafell, et ainsi espérer conserver leur humanité.

    L’intrigue est bien construite et rythmée, et même si je n’ai pas trop aimé me concentrer sur les crises de Kaya, je dois avouer que celles-ci participent grandement à la lente délitescence du monde connu par les trois adolescents. On perçoit leur détresse à se sentir changeant, on comprend leur rage, leur peur, leurs difficultés à conserver leur cohésion, leur besoin toutefois à rester ensemble coûte que coûte. Il y a quelque chose de très humain dans cette perte d’humanité, quelque chose de douloureux qui rend le trio assez touchant.

    Il faut dire que l’univers y fait beaucoup. En effet, si on retrouve un côté un peu archétypal dans la société décrite, c’est pour mieux servir le propos du récit. On pénètre dans un monde assez dur, où la population affronte la disette pendant que la noblesse fait bombance en s’amusant des déboires de leurs sujets. Une dualité typique qui prépare à une plongée dans un univers plus obscur encore, où la noirceur de l’âme humaine se révèle sous ses atours les plus bestiaux. Il y a ici une critique évidente de la société qui façonne ses propres monstres, en les mettant à l’écart, puis en allant les extirper de leurs tanières pour moquer leurs malformations et leurs tares (ou leur impossibilité à se fondre dans la masse). Ainsi, il n’y a pas à chercher loin pour faire des parallèles entre le récit et la réalité. Cette lutte contre la déchéance, cette noirceur qui s’anime à mesure que les événements nous contraignent à l’extérioriser, cette soif de sang quand on touche le fond… malheureusement, ce sont des sujets on ne peut plus actuels. Et qui devraient parler à beaucoup de lecteurs.

 

Conclusion

   Le Roi des Fauves est un roman de dark fantasy pour adolescent qui, à mon sens, est tout aussi bien destiné à tous les publics. En effet, la plume simple et moderne d’Aurélie Wellenstein permet une narration efficace et donne une vision empathique de la lente déchéance des trois protagonistes. Si l’univers qui emprunte aux mythes nordiques est sombre et cruel, il plaira par sa réinterprétation du mythe du berserk et son propos très actuel sur une société capable de faire ressortir la noirceur et la bestialité qui subsistent au fond de chaque être humain.

Qui veut découvrir la noirceur qui se dissimule en Hardafell ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Le Roi des Fauves ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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24 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Le Roi des Fauves, Aurélie Wellenstein

  1. Lionne BLANCHE dit :

    Moi ! Moi !Je le veux, je le veux, je le veux ! ^^ Bon ok, ça s’annonce glauque mais j’étais partante dès que j’ai vu le nom de l’auteure. ^^ Et pourtant, je me demande toujours si je fais partie ou non de son public cigle… ^^
    Pas à la bibliothèque  Mais bon, je vais finir par acheter tous les livres de l’auteure…

    Aimé par 2 personnes

  2. entournantlespages dit :

    Comme toi, je pensais avoir affaire à trois narrateurs mais Ivar est le seul au premier plan, c’est pas plus mal au final parce que je n’ai pas tellement apprécié les autres. J’en attendais beaucoup plus du Roi des fauves mais il arrive assez tard dans l’histoire. Je n’ai pas accroché avec ce livre, surtout à cause de l’écriture qui ne m’a pas convenu, c’est dommage…
    Merci pour le partage !

    Aimé par 1 personne

    • Eleyna dit :

      Dommage en effet, mais je comprends que le style ne convienne pas à tout le monde (certains lecteurs trouvent notamment qu’il fait trop moderne par rapport à l’univers, je comprends que ça puisse être gênant).
      Et de rien. 😉

      Aimé par 1 personne

    • Eleyna dit :

      De rien. 😉
      Merci. Je trouvais ça important de faire un parallèle avec la société actuelle. Les livres à l’origine destiné aux adolescents ont souvent tout un discours moral sur le monde d’aujourd’hui. Et puis, cela prouve bien que la littérature de l’imaginaire, et la fantasy notamment, n’est pas QUE du divertissement. 🙂

      Aimé par 1 personne

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