[Chronique Littéraire] Chroniques de Weyän – T1 : L’aigle de Fer, Ellen Raven Martin

   Et si je vous emmenais découvrir un univers de dark fantasy ? C’est ce que je vous propose avec les Chroniques de Weyän – T1 : L’aigle de Fer, de Ellen Raven (autoédition).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Chroniques de Weyän – T1 : L’aigle de Fer41snn6v2-pl._sx195_
  • Auteur/Autrice : Ellen Raven Martin
  • Illustrateur/Illustratrice : Tiphs
  • Édition : (ERA) Autoédition
  • Collection : /
  • Genre : Fantasy, Dark Fantasy
  • Public : Adulte, Public averti
  • Cycle : Oui (1/?)
  • Pages : 473
  • Parution : 23 mai 2019
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix : 4,99 euros – 20 euros
  • ISBN : 978-2-956116-48-6
  • Lien : Ellen Raven Martin : Chroniques de Weyän

Résumé : « Weyän, notre terre, a été noyée dans le sang ; submergée par des cendres, débris de nos espoirs anéantis. Que pleurent tous ces spectres à la face fanée, échappés au fil de Vatrish, fendeuse de morts ! Car le roi de Fer reviendra, et il se vengera ! »

Paroles d’un auspice funeste.

Il y a mil ans, Weyän s’inclinait face à Herlingar, le roi de Fer. Il guerroyait, détruisait ses ennemis et dirigeait son royaume avec cruauté. Arendal mena la révolte et, aidé de ses Servants, il mit fin au règne d’Herlingar. Le roi de Fer fut ainsi exécuté et son essence, scellée. À la fin de cet âge de Héros, un Ordre mystérieux fut créé et se jura de garder cette dernière.

Un jour, ces Héros découvrirent combien leur acte avait mis Weyän en danger, combien ils s’étaient montrés idiots.

Herlingar fut et est encore haï. Craint. Ce roi de Fer était-il vraiment un fou, ou s’agit-il là de contes pour âmes crédules ?

Et si les Héros avaient menti ?

« Rien ne saurait vaincre le Fer ! La fin est inéluctable ! »

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MON AVIS

Bulle d'Eleyna Logo 2

Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

Lu dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Service Presse : Je remercie Ellen Raven Martin de m’avoir fait confiance pour chroniquer le premier tome de son nouveau cycle de fantasy. 🙂

 

Couverture et Accroche

   J’aime beaucoup l’illustration de Tiphs (mais j’adore les dessins de cette illustratrice en général ^^). Le fond très sobre et sombre fait ressortir le personnage qui, à l’évidence, attirera le regard de bien des curieux. Si représenter des belles femmes à moitié dénudées est plutôt courant en fantasy, que sa tenue sanglante et son sourire en coin sont autant d’éléments qui renforcent l’idée qu’elle n’est pas des plus innocentes, ce sont certainement les cornes et les symboles sur sa peau qui interrogeront sur sa nature. Un bon choix, car ce personnage est en effet très important dans le récit.

   Je suis moins convaincue par le résumé qui se perd dans trop de détails pour une accroche. Cela s’apparente davantage à un prologue condensé, où on cherche à présenter les éléments qui vont précipiter les événements du récit. C’est un peu dommage, d’autant que cela met en exergue un petit défaut de structuration qui revient parfois au sein même du texte. Dire moins de choses pour façonner des liens plus logiques entre les éléments aurait probablement renforcé l’impact de l’accroche, surtout que ces événements passés nous sont racontés au fil du récit.

 

Prose et Structure

    J’ai déjà pu lire les premiers tomes du cycle cyberpunk d’Ellen Raven Martin (T1T2T3), et j’y avait découvert une plume au registre assez familier, adapté à l’ambiance et aux personnages. Ici, changement de genre, l’autrice a voulu adapter sa prose en conséquence. Une intention louable… mais qui nécessiterait encore quelques ajustements. Si la prose se veut plus élégante, avec un registre plus soutenu et une enfilade de descriptions exhaustives, elle confond aussi le beau avec le trop. Trop d’adverbes, trop d’expressions récurrentes sur de courts passages, trop d’adjectifs qualificatifs de type « magnifique, formidable, merveilleux, sublime… », trop de descriptifs hors de propos (a-t-on besoin de savoir que les petits pois, qui tombent à terre et que personne ne goûtera, sont « exquis » ?). Il y a aussi d’étranges usages de mots, peut-être une volonté d’imager ou de créer des expressions, mais qui sautent un peu trop aux yeux (un encrier qui attend « fébrilement » sur une table, alors que cet objet ne possède aucune volonté propre). Il y a une bonne intention, mais un problème dans l’exécution qui oublie parfois qu’on peut écrire du beau tout en allant à l’essentiel, car un lecteur qui s’attaque à un ouvrage où les intrigues sont complexes, ne devrait pas avoir l’esprit parasité par trop de détails secondaires. En petite quantité, cela renforce l’immersion, trop et on s’y perd (au risque de se voir sauter des paragraphes entiers). Il faut attendre le point de vue d’un soldat pour retrouver une plume plus familière, et globalement la moitié du tome pour que chaque point de vue se défasse de son excès de préciosité. Le texte devient alors plus simple à lire, car le style mêle bien mieux description, action et narration. Toutefois, il s’agit de mon avis et peut-être certains seront-ils moins gênés par cet effet d’accumulation.

   Concernant la structure du récit, on se retrouve avec une alternance de points de vue entre divers personnages qui ne sont pas toujours liés et dont on ne comprend pas forcément la fonction au sein du récit avant un petit moment. C’est un procédé courant dans le genre et ne devrait pas posé de problèmes aux habitués, si ce n’est sur certains passages pas évidents à remettre dans le contexte. Il y a parfois un manque de liens logiques et de transitions entre les scènes, d’autant qu’on peut délaisser un personnage à un endroit et le retrouver 100 pages plus loin dans une nouvelle situation sans qu’on sache (ou se souvienne) comment il en est arrivé là. Heureusement chaque chapitre commence par le nom du protagoniste, ce qui aide à différencier les sous-intrigues.

 

Personnages et Narrateurs

    J’ai plutôt bonne mémoire pour les noms de personnages, mais soyons honnête, c’est pratiquement impossible de ne pas s’y mélanger les pinceaux. Et pour cause, la moitié des noms commencent pas un « A » et comportent presque tous un deuxième « a » (Adalind, Adastan, Adraxès, Aerandir, Alcanthe, Aldorias, Anastasia, Arendal, Astaeld… et ça, c’est juste après le prologue et le premier chapitre ^^). Visuellement, tous ces noms sont trop ressemblants et l’absence de dramatis personae se fait rapidement ressentir.

   On commence l’histoire avec Adastan, un vieux chevalier de l’Ordre qui a pour mission de dissimuler un bébé censé être mort. S’il cherche à le confier à l’Empereur en le faisant passer pour l’enfant de son frère défunt, c’est parce qu’en tant que chancelier (et chevalier), il pourra s’en occuper personnellement (et percepteur donc, il en a des rôles cet homme ^^). Bienveillant et droit, il démontre une loyauté absolue envers la famille impériale et c’est sans surprise qu’il s’inquiète à la moindre maladie ou mort suspecte au sein de la cour. Petit joueur sur le plateau de jeu du pouvoir, il rappellera un certain gouverneur du nord à plus d’un lecteur. 😉

   L’enfant adopté par l’Empereur, c’est donc Damhàn, que l’on suit 16 ans plus tard à la cour. Curieusement, personne ne lui a jamais dit qu’il n’était pas le fils de son père (alors que c’est un secret de polichinelle), il est donc éduqué comme le successeur au trône, au détriment de sa sœur, seule enfant de sang de l’Empereur. On le dit bon combattant et fin orateur, même si j’ai ressenti une absence de réelle démonstration pour ce second point. En effet, ses rares joutes oratoires manquent d’argumentations, notamment celles avec son oncle Aldorias (on sent un peu que l’Empereur plie parce que c’est nécessaire au scénario). Il est touchant dans sa relation avec sa sœur (que vous jugerez plus ou moins saine selon votre idée sur la question) et a une évolution assez intéressante, même si je n’ai pas toujours compris ses choix et qu’il a tendance à se fourrer dans les ennuis. A l’évidence, il plaira à beaucoup de lecteurs.

   Adalind est la sœur de Damhàn et en toute logique l’héritière légitime de l’Empereur. Si elle est attendrissante dans sa relation avec son frère, elle est aussi naïve et un peu passive. Elle a le profil de la gentille princesse qui se voit mariée de force à un homme qui ne l’aime pas, et dont tout le monde profitera sans qu’elle n’y puisse rien. Si ce n’est pas un problème en soit, c’est tout de même agaçant de la voir attendre que les ennuis lui tombent dessus, alors que cela fait plusieurs semaines qu’elle a conscience de certains problèmes. Et c’est d’autant plus dommage qu’elle est la seule femme de l’histoire, avec Venyxia (et une sorcière).

   En parlant d’elle, Venyxia est donc la charmante dame en couverture. Elle est une magistra, une sorcière-dragonne qui a hérité du contrôle du mana grâce à son lien avec un dragon, ce qui explique ses mutations comme l’apparition de cornes, ainsi que les runes qui définissent sa puissance magique. Dès la première rencontre avec le personnage, on la découvre retorse et perverse, avec une soif inextinguible de sang et de mana. Maîtresse de la fourberie et experte dans l’art de l’empoisonnement, elle manipule tout le monde pour arriver à ses fins, tant et si bien qu’elle semble être la seule véritable joueuse dans toute cette mascarade politique. Une antagoniste assumée qui devrait pas mal intriguer.

    Elle est la conseillère de Morderaï, le Radjhi du royaume de Tertane. Futur époux d’Adalind, il est au centre d’un conflit politique puisque ses armées composées de chevaucheurs de griffons pourraient bien faire la différence dans la guerre qui oppose les Nordens aux Sudfars (l’Empire). Il est assez difficile à définir, puisqu’il semble avoir un certain honneur tout en étant prompt à la traîtrise et aux coups bas. Personnellement, je trouve qu’il manque un peu de charisme, probablement parce qu’il est très soumis à Venyxia.

   Dernier personnage que je vous présenterai, Faendal, un jeune magister qui évolue au sein de l’Ordre. Si le personnage est touchant dans son incompréhension des événements qui s’enchaînent à son insu, il n’est pas toujours évident de le rattacher au reste de l’histoire, car son fil est celui qui a le moins d’impact direct sur l’intrigue. Il sert à détailler la facette mystique de l’univers et à dévoiler au lecteur la sombre menace qui se dissimule au-delà des intrigues politiques. Mais il aura certainement une plus grande importance à l’avenir.

 

Univers et Atmosphère

   Nous évoluons dans un univers médiéval comme on peut en trouver assez régulièrement en dark fantasy. Il n’est pas question d’humains mais d’aelfens, toutefois, cela n’a pas grande importance puisqu’ils se comportent comme des humains (et que l’attribut physique principal qui les différencie de nous, la longueur des oreilles, n’est mentionné que dans le glossaire). On notera l’influence de la couleur de peau, pâle pour les Nordens, brune à noire pour les Sudfars, assez centrale dans le récit.

   Ici, les royaumes et les empires se font la guerre, s’allient, s’échangent leurs têtes couronnées et les simagrées politiciennes, comme dans nombres d’histoires où on cherche à s’ancrer dans un réalisme sombre et désabusé. C’est un exercice difficile que de décrire toute la complexité des multiples intrigues politiques, car cela demande de solides bases sur le sujet. Globalement, c’est plutôt réussi, mais j’avoue que parfois, j’ai eu l’impression que l’intrigue ne prenait pas en compte toutes les subtilités d’un « jeu des trônes ». J’imagine qu’un non adepte de la dark ou de la fantasy politique y trouvera son compte, mais pour les plus aguerris des lecteurs dans ce domaine, je pense que le manque pourra se faire ressentir.

   Vous trouverez peut-être davantage votre compte dans la partie mystique de l’univers. S’il n’est pas toujours évident d’en comprendre tous les tenants et aboutissants, elle démontre une certaine recherche de l’autrice. Ici, la magie découle du mana, une essence divine que seuls les dragons maîtrisent. Ainsi, parmi les aelfens, seuls les adeptes des dragons, nommés magisters, peuvent manier le mana, en fonction de leur puissance qui se définit entre autre par le nombre de runes sur leur peau. S’ils ont une certaine maîtrise de ce flux, on voit toutefois plus souvent les magisters s’amuser avec les substances naturelles, notamment pour créer des poisons ou leurs antidotes. A noter que le mana peut être perverti et donner du manafiel, et que ceux qui y sont confrontés peuvent finir de façon assez dramatique.

 

Intrigues et Thématiques

   Suite à l’assassinat des derniers descendants de Herlingar, le roi de Fer à l’origine de bien des ignominies, Adastan, un chevalier de l’Ordre qui défit le roi, se voit charger d’une importante mission. Protéger le dernier né des herlingir en le faisant passer pour un héritier de l’Empereur des terres vertes. 16 ans plus tard, Damhàn grandit sans connaître son ascendance, persuadé d’être le successeur légitime de l’Empereur. Tout pourrait se passer au mieux, entre ses entraînements avec Adastan et ses tendres rendez-vous avec sa sœur Adalind, mais c’est sans compter sur les manigances politiques, la guerre avec les Nordens et surtout, la volonté tenace des apôtres de Herlingar de le ramener parmi eux.

   Il y a un petit côté Game of Thrones dans l’intention, que ce soit pour l’univers, les personnages ou l’intrigue. C’est à double tranchant, selon votre rapport aux hommages et autres sources d’inspiration perceptibles dans une oeuvre. L’intrigue reste intéressante à suivre, et plutôt bien construite. On sent le travail derrière pour garder un univers logique et une histoire cohérente, même si l’ampleur de la tâche se perçoit dans la disparition soudaine de certains personnages (par exemple, ceux liés magiquement à Damhàn…).

   J’ai plutôt apprécié l’évolution de l’intrigue, que ce soit le devenir de l’Empire, celui des personnages ou la compréhension progressive de ce que cache la légende du roi de Fer. Toutefois, j’ai un peu tiqué sur l’ultime retournement de situation présenté en épilogue, qui m’a semblé vraiment de trop dans la répétitivité de l’idée (un peu comme les prénoms en « A », vous voyez ^^). Après, il s’agit de mon avis personnel, et sûrement bien d’autres lecteurs seront ravis par une telle conclusion pour ce premier tome. En attendant la suite.

   A noter que s’il s’agit de dark fantasy, et qu’il concerne plutôt un public averti, le livre n’est pas aussi sombre que ce à quoi je m’attendais et pourra donc paraître assez soft pour les habitués du genre.

 

Conclusion

   L’aigle de Fer est le premier tome des Chroniques de Weyän, un univers de dark fantasy où on retrouve les luttes de pouvoir, les manigances politiques et les menaces mystiques. S’il a un vrai potentiel, il n’est pas exempt de défauts, comme un style qui se fait « trop » à force de se vouloir « beau », ou de nombreux personnages au patronyme assez proche. Il garde toutefois une cohérence globale qui s’affine au fil des pages et qui promet une suite riche en sombres problématiques.

 

Envie de découvrir le sombre univers de Weyän ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Chroniques de Weyän – T1 : L’aigle de Fer ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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6 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Chroniques de Weyän – T1 : L’aigle de Fer, Ellen Raven Martin

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