[Chronique Littéraire] Heaven Forest – T3 : D’une Terre à une Autre, Andréa Deslacs

   Après un an de pause, je termine enfin le premier arc dans l’univers gaslamp fantasy de Heaven Forest avec le tome 3 : D’une Terre à L’Autre, d’Andréa Deslacs (Hydralune).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Heaven Forest – Tome 3 : D’une Terre à une Autred-une-terre-a-une-autre
  • Auteur/Autrice : Andréa Deslacs
  • Illustrateur/Illustratrice : Marie Charlotte Granié
  • Édition : Hydralune (collectif)
  • Collection : Heaven Forest
  • Genre : Fantasy, Gaslamp Fantasy
  • Public : Adulte
  • Cycle : 3/3 du premier arc
  • Pages : 524
  • Parution : 29 juillet 2017
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix : 3,99 euros – 16 euros
  • ISBN : 979-10-96618-21-7
  • Lien : Hydralune : Heaven Forest T3

Résumé : Après une nuit à feu et à sang sur les quais, la journée de jeudi sera-t-elle plus calme à Darkwood et dans la Grande Forêt ? Sans doute pas…

Le Cerf et ses compagnons d’infortune ne sont pas au bout de leur peine dans leur quête au sein des bois sombres d’Another. Le danger les guette et peut se cacher derrière le moindre tronc.

Le périple de l’inspecteur Rhys Overlake, accompagné de la revêche veuve Lisbeth Other, n’est pas non plus une promenade de courtoisie. Les ruelles sordides du quartier de Filenza n’ont pas gagné leur surnom de « jungle » sans raison. Mais pour résoudre le mystère « Else Other », il faut être prêt à se frotter à d’inquiétants individus.

Ça s’agite vraiment en Heaven Forest. Les esprits s’échauffent et le spectre du passé et de la Grande Peste hante les esprits. Camps angéliques et sacrifiés resserrent leurs rangs et chacun se tient prêt.

À l’orée d’une possible nouvelle guerre, la vérité sur les meurtres des derniers jours paraît pourtant à portée de main.

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

Lu dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Pour lire ma chronique du tome 1, c’est par ici, et pour le tome 2, c’est par .

 

Couverture et Accroche

   J’aime bien le mélange de personnage illustré avec l’arrière plan réaliste de la couverture, cela donne un côté très vivant à la forêt d’Another. Au risque de surprendre, je trouve que c’est elle que l’on découvre par ses contrastes, bien plus que le personnage aux teintes très mates. L’individu, lui, se reconnaît sans problème pour qui aurait lu les premiers tomes et devrait certainement faire plaisir aux fans. ^^

   L’avantage du résumé, c’est qu’il commence par une phrase qui confirme qu’on enchaîne sur les événements du précédent tome, mais aussi qu’on ne devrait progresser guère plus qu’une journée. Ainsi, d’emblée, on confirme que le récit ne prendra pas de virage à grande vitesse, mais devrait rester dans son rythme assez lent. J’apprécie qu’on rappelle les grandes lignes des différentes intrigues, même si j’avoue que l’enchaînement entre les différents paragraphes me paraît parfois un peu forcé. Quoi qu’il en soit, le résumé est représentatif du contenu, vous ne devriez donc pas être déçus.

 

Prose et Structure

   Même avec un an d’écart, j’ai retrouvé sans difficulté ce qui fait l’essence de la prose. Malheureusement, j’en retrouve aussi ce qui, à titre personnel, me plaisait déjà un peu moins. A savoir que les scènes me paraissent un peu longues, parfois trop explicatives. Il y a un rythme qui ne me correspond pas toujours, si bien que je trouve qu’on étire des actes, des dialogues ou des explications qu’on comprend dès les premières phrases. Resserrer certaines scènes sur l’essentiel serait pour moi une bonne façon de redonner du rythme à un récit qui, globalement, est assez lent (on est approximativement à une journée par tome).

   La longueur du récit s’explique par la structure typique d’un roman choral qui permet une alternance de point de vue. Chaque nouveau chapitre, nommé en fonction du protagoniste, nous emmène sur une nouvelle sous-intrigue, et si toutes se lient d’une façon ou d’une autre, certains liens sont moins évidents que d’autres, comme ceux qui impliquent le point de vue de Boy, un protagoniste qui nous parle d’événements passés. Même si j’ai compris bien avant la révélation de qui il était question, je trouve que cette partie ajoute un élément de suspense intéressant qui apporte de nombreuses informations sur le passé de Darkwood et donc les luttes intestines qui la gangrènent.

   A noter qu’on peut retrouver à la fin du tome un glossaire expliquant les différents termes spécifiques notamment au culte local, ce que je trouve très utile quand la lecture du dernier tome date d’un an. Même si globalement, on comprend et retrouve au sein du texte la définition de chaque terme, j’avoue qu’un petite lecture de ce glossaire au préalable permet de bien se remettre dans le bain.

 

Personnages et Figurants

    Sans surprise nous retrouvons ce cher Rhys Overlake, inspecteur puritain nouvellement arrivé dans la région et ayant encore quelques difficultés à s’adapter aux coutumes locales. Si jusqu’à présent je l’appréciais, je dois avouer que ce tome m’a fait revoir mon jugement. Je l’ai trouvé ici agaçant dans sa chasse à la veuve, pour ne pas dire un peu malsain, et même si je n’ai jamais apprécié Lisbeth Other, je ne peux que la comprendre lorsqu’elle s’insurge d’être tutoyée par un individu qui l’observe de façon concupiscente. Pour être franche, c’est la relation entre les deux personnages que je n’apprécie pas vraiment de suivre, par sa nature qui ne semble pas dénoncer le harcèlement, mais aussi parce que leurs scènes dédiées me semblaient trop longues et insistantes sur le sujet. 

   Cette étrange relation aura le mérite de me faire entrevoir avec plus de facilité les contours de la personnalité de Lisbeth. Bien plus présente que dans le tome 2, elle se montre toujours comme la digne fille du Dragon, dotée d’une sacrée langue de vipère et d’un caractère bouillonnant. Mais l’intrigue la pousse aussi vers des moments de faiblesse, entre la gestion de sa famille aux tempéraments explosifs (la confrontation entre sa fille Morgane et sa belle-sœur Martha est mémorable), la difficulté à sauver les apparences et la quête dans des quartiers douteux pour rendre hommage à son défunt mari. Je ne sais pas vraiment si je l’apprécie davantage, je pense toutefois mieux la comprendre, et c’est bien agréable. 

   On retrouve aussi le Cerf dans cette improbable situation qui le voit tester avec plusieurs prisonniers les limites de son champ d’action dans la forêt d’Another. S’il est difficile d’en parler pour ne pas vous spoiler les précédents tomes, ce sont des parties que j’aime beaucoup. Par la personnalité du Cerf déjà (oui il a toujours son côté grand enfant, mais c’est ce qui fait son charme ^^), mais aussi parce que ses péripéties permettent de découvrir Another, la forêt et les gardiens d’artefacts. Puis, je dois avouer que le rapport avec ses compagnons d’infortune est à la fois drôle et cruelle.

   A ma grande déception, mes personnages secondaires préférés sont peu présents. Ainsi Airon Offlight, sergent de Rhys, sera absent une bonne partie du tome, même si ces moments de gloire se font remarquer. Salomon Dopple est quand à lui quasiment inexistant. La grand-mère d’Airon est juste mentionnée et on ne verra Faith qu’assez tardivement (pour une scène plutôt explosive). Pour compenser, on fera la connaissance de Tybalt Taylor, le médecin légiste qui tient beaucoup de son côté Offlight (probablement pour cela que je l’aime bien ^^). Et si vous aviez un faible pour les serviteurs à poil du Cerf, pas de souci, Wolf et Grace sont toujours là, et ils sont en forme. 😉

   Contrairement au tome 2 qui nous permettait de découvrir le camp des Saints et de leurs adeptes, ici il n’en sera que peu souvent question. On se retrouve ainsi avec davantage de place pour parler du camp des Anges. Ou plutôt devrais-je des camps des Anges, puisqu’on aura le droit à des passages dans de nombreux « clans ». De quoi vous donner un peu le tournis si vous n’êtes pas adeptes de la multiplication des personnages, même si en vérité, vous croisez la plupart d’entre eux dans les premiers tomes.

 

Univers et Peintures

   Nous revoici donc dans cette adaptation d’un Royaume-Uni victorien, nommée Double Bretain. Univers de gaslamp oblige, l’énergie principale est le gaz, et plus particulièrement le gaz de manaschiste, un ressource que l’on trouve en abondance en Heaven Forest. Si durant ce tome, on s’éloigne davantage des mutants issus d’une probable mutation génétique liée à l’exploitation de cette roche sédimentaire, et donc du côté réaliste de l’univers, on plonge toujours plus profondément dans les troubles mystiques qui parsèment la ville de Darkwood.

   Déjà, la fantasy pointait le bout de son nez dans le tome précédent, on poursuit ici notre exploration de cette facette surnaturelle. Les conflits politiques sont peut-être moins présents, mais on perçoit toujours les tensions religieuses qui marquent profondément cette partie de Double Bretain. En effet, il faut rappeler qu’en Heaven Forest, la religion protestante, majoritaire dans le royaume, est quasiment absente, et qu’on ne jure que par l’éternelle guerre entre les Saints défenseurs des humains, et les Anges protecteurs des brouillons (races jugées inférieures aux humains). C’est bien entendu ce qui fait tout l’intérêt de l’univers, et sa complexité se mêle à la progression de l’intrigue, qui nous fait entrevoir, à chaque scène, un élément nouveau de ce conflit millénaire et complexe. Si dans le premier tome, on pouvait s’interroger sur la réalité des différents camps, désormais le doute n’est plus permis, ce qui accroît l’inquiétude du lecteur lorsque de nouvelles entités entre en scène. Au final, qui s’en sortira sans y laisser trop de plumes ?

   Je ne sais pas pourquoi, j’ai noté davantage de clins d’œil aux œuvres de l’imaginaire dans ce tome. Entre les contes des frères Griss, la jeune femme en chaperon rouge qui porte un panier de denrées, et un auteur qui se voit exiger un texte mettant en avant des personnages secondaires de nains et d’elfes (et qui parlera certainement d’un anneau ^^)… Je lui ai trouvé aussi un plus grand parallèle avec notre monde à l’époque victorienne, avec des réflexions sur les Franciens ou les Pays-Unis. Je ne sais pas si c’est parce qu’avant je n’y faisais pas attention, mais j’ai trouvé qu’ainsi, Darkwood avait un ancrage plus mondial, et donc plus réaliste au sein d’un univers où les échanges entre pays sont probablement aussi importants qu’à l’époque victorienne.

 

Intrigues et Rouages

   Alors que Rhys Overlake et Airon Offlight sortent de l’hôpital après une nuit bien agitée sur les quais, Lisbeth Other se décide enfin à prendre les choses en main pour la cérémonie funèbre de son époux. Elle décide de partir en quête d’un sculpteur sur bois pour sa sépulture, dans le sombre quartier de Filenza, malheureusement escortée par l’inspecteur Overlake qu’elle ne supporte pas. Pendant ce temps, le Cerf est toujours prisonnier en Another et doit affronter de terribles dangers.

    Dans le tome précédent, nous laissions les personnages aux termes d’une nuit mouvementée qui aura vu les différents camps s’affronter et les enquêteurs s’empêtrer dans des affaires occultes. Nous retrouvons tous ce beau monde au petit matin, directement dans la continuité du tome 2. Autant dire que l’autrice ne laisse aucun temps de repos à ses personnages et qu’ils se retrouvent de nouveau plongés dans des affaires de plus en plus improbables. Si on parvient peu à peu à démêler certains fils, c’est pour mieux nous confronter à de nouveaux drames et de nouvelles frayeurs. En si peu de temps, les pauvres protagonistes vont finir sur les rotules (ou pire ^^).

   Comme pour les tomes précédents, on se retrouve avec un roman choral qui donne la voix à tous les partis. On suit aussi bien des partisans des Anges que des Saints, des brouillons et des mutants parfois un peu perdus, des inspecteurs qui ne savent pas trop où ils mettent les pieds, des adeptes des arts occultes et des défenseurs de la nature. Vous l’aurez compris, les sous-intrigues sont nombreuses, au point de s’étendre un peu plus à chaque tome. Même si elles pointent toutes dans la même direction, elles tissent un vaste canevas dont on ne voit toujours pas le bout. Autant dire qu’il ne vaut mieux pas s’y perdre et que si le glossaire peut être utile, l’absence de dramatis personae pourra se faire ressentir pour certains lecteurs. Personnellement, je suis adepte des romans chorales, même s’il est toujours dommage de voir des personnages secondaires que l’on apprécie absents de certains tomes.

   Si cette grande chorale semble accumuler les voix et s’enrichir de nouvelles partitions, il faut avouer que la mélodie elle avance (trop) lentement. Cela se démontre d’ailleurs par un final qui aura certes un point d’orgue, mais ne semble pas vraiment donner de terme au premier acte. C’est dommage, car pour une trilogie (ou premier arc, comme le précise l’autrice), on s’attend à une conclusion du fil principal, hors celui-ci est toujours en suspens et si on arrive à la fin à « recoller les morceaux » d’Else (le défunt mari qui avait été découpé dans le 1e tome), il faut avouer que nous, lecteurs, sommes les seuls (autrement dit, dans le prochain arc, on en sera encore à enquêter sur ce mystère qui n’en est plus tout à fait un). Au final, je me demande s’il n’y a pas un problème de dénomination et s’il était vraiment correct de découper en deux arcs, quand ils semblent ne former qu’un même cycle.

 

Conclusion et Avis général

   D’une Terre à une Autre est une drôle de conclusion pour une trilogie qui en vérité, ne semble être qu’un premier acte d’un cycle bien plus grand. Si on peut ainsi regretter de ne pas avoir vraiment d’intrigues bouclées au terme de ces trois tomes, il faut reconnaître toutefois que ce roman choral est riche en protagonistes et en rebondissements. Dans un univers de gaslamp fantasy assez peu courant dans le paysage imaginaire francophone, les Anges pointent le bout de leurs plumes pour aussitôt finir en cendres. Qu’en sera-t-il dans l’arc suivant ?

 

Qui veut voyager en Another ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Heaven Forest – T3 : D’une Terre à une Autre ?

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