[Chronique Littéraire] Lum’en, Laurent Genefort

   Etes-vous prêts à vous embarquer dans un voyage temporel qui chronique les différentes étapes d’une colonie humaine, de sa création à sa disparition totale ? C’est ce que je vous propose de découvrir avec Lum’en, recueil atypique de nouvelles de Laurent Genefort (Le Bélial’).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Lum’en48029
  • Auteur/Autrice : Laurent Genefort
  • Illustrateur/Illustratrice : Manchu
  • Édition : Le Bélial’
  • Collection : /
  • Genre : SF, Space Opera
  • Public : Adulte
  • Cycle : Recueil
  • Pages : 320
  • Parution : 13 mai 2015
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix :  7,99 euros – 19 euros
  • ISBN : 978-2-84344-135-6
  • Lien : Le Bélial’ : Lum’en

Résumé : « La vie intelligente sur Garance apparut cent mille ans avant que la planète ne porte ce nom. Cette vie-là n’était pas humaine, ni même organique. Lum’en était unique en son genre… »

Imaginez une étoile avoisinant sept dixièmes de masse solaire… Si vous levez les yeux, il se peut que vous aperceviez son éclat blanc-jaune sur la face antérieure du bras spiral d’Orion, à sept mille parsecs du centre galactique. Le système de Grnc.mld1 compte six planètes : cinq telluriques et une gazeuse. De ces six planètes, Garance est la seule qui évolue dans la zone d’habitabilité.

Lum’en relate la colonisation de Garance, une planète comme tant d’autres, du moins en apparence… L’histoire de ces femmes, de ces hommes rudes lancés à la conquête d’un monde, le récit des luttes de ces pionniers qui, au fil des générations, vont écrire la plus exceptionnelle des aventures, la plus terrible, aussi, celle de l’ancrage, du développement puis, inéluctable, du déclin d’une colonie dans les confins. L’essence même de la nature humaine, en somme, la quête d’horizons nouveaux. Quitte à rater l’essentiel…

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MON AVIS

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Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

Lu dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

 

Couverture et Accroche

   Je ne vais pas dire que je suis extatique devant la couverture, car les illustrations de SF n’ont jamais été mes préférées, mais j’aime beaucoup les jeux de couleurs, entre le bleu du ciel qui laisse deviner les deux lunes de Garance, et les tons rouges et cuivrés du vaisseaux, mais surtout, de ces admirables arbres indigènes que sont les caliciers. Après, quand on ne connait pas l’importance de ces « arbres », je me demande si le style de l’illustration permet d’attirer les habitués du genre vers ce livre plutôt qu’un autre. A titre personnel, ce n’est pas ce qui m’a attiré l’œil, mais bien le nom de l’auteur.

   Le petit passage introductif du résumé correspond au début du récit, et il s’agit d’un incipit très intriguant. Il aide à accrocher le lecteur qui ne serait pas trop porté sur la SF au vocabulaire technique, car le second paragraphe laisse sous-entendre que la lecture nécessite quelques connaissances en space opera. Toutefois c’est le dernier paragraphe qui, selon moi, résume le mieux ce qui nous attend puisque, passé les détails techniques qui en vérité ne sont pas si nombreux, on se retrouve bien avec un planet opera racontant sur des dizaines d’années la vie d’une colonie humaine sur une planète unique. Or, il n’y a pas besoin de connaissances particulières pour se laisser porter par des leçons de vie.

 

Prose et Structure

   J’ai hésité sur mon modèle de chronique : celui pour les romans ou celui pour les recueils (au final, ce sera un entre-deux ^^) ? En effet, Lum’en est un texte assez atypique dans sa construction puisqu’il s’agit d’un planet opera regroupant six grandes périodes clefs de la vie de la planète Garance. Six nouvelles donc, reliées entre elles par des intertextes contés par Lum’en en personne. C’est elle, entité inconnue prisonnière de Garance, qui observe l’évolution de la colonie humaine et partage son désarroi entre chacun des six événements importants. Je ne suis pas grande connaisseuse de ce type de narration, pour tout dire, ce qui s’en rapproche le plus dans mes lectures, c’est Demain les chiens de Clifford D. Simak, où les chiens racontent plusieurs histoires concernant l’évolution de la Terre jusqu’au moment de leur propre présent. On a un effet similaire dans Lum’en, avec une entité plus spectatrice que conteuse, mais qui finalement s’attarde bien sur les grandes étapes de l’évolution d’une société. Et je dois dire que c’est une façon de raconter assez fascinante à suivre.

   Concernant la prose, elle est très fluide et simple à lire. J’avoue avoir eu peur de lire à intervalles trop réguliers un vocabulaire de hard SF qui aurait atténué mon immersion. En vérité, il y a juste ce qu’il faut pour comprendre l’univers, les motivations humaines ou les personnages. Si vous êtes du genre à ne pas aimer tergiverser, vous trouverez peut-être certaines explications un peu longues. Car Laurent Genefort aime s’attarder au détour d’un paragraphe sur la vie de ses personnages, même secondaires. Personnellement, je trouve que c’est ce qui fait toute la richesse de son univers, et même si ça ne sert pas à proprement parlé à l’intrigue, ça rend les protagonistes, pour beaucoup expatriés, plus humains.

 

Univers et Peintures

   Lum’en est un récit qui fait partie du vaste univers de SF créé par Laurent Genefort, où l’on retrouve les portes de Vangk. Ces systèmes complexes de voyage stellaire, façonnés par une race extraterrestre aujourd’hui éteinte, ont permis aux humains de partir à la conquête de la Voie Lactée. Au moment du récit, l’humanité est en pleine expansion et des multimondiales se battent pour le monopole des ressources de chaque nouvelle planète exploitable. Garance ne faisait pas partie des planètes envisagées pour la colonisation. En effet, même si l’air est respirable, que le taux d’humidité est stable et que rien n’est vraiment dangereux ou toxique, les ressources sont insignifiantes pour les multimondiales. Mais un concours de circonstances va voir des pionniers débarquer sur Garance, ce qui va nous permettre d’en apprendre plus sur une incroyable biodiversité, dont l’humanité se contrefiche. Et pourtant, les caliciers comme les pilas, sorte de pieuvres terrestres, semblent être des entités indigènes fascinantes à découvrir. Car si l’auteur réussit bien une chose, c’est de nous donner envie d’en apprendre davantage sur la richesse de son univers.

 

Intrigues et rouages

   Vous remarquerez que j’ai supprimé la partie personnage de ma chronique, je trouvais que pour la circonstance, c’était plus simple de les rassembler avec l’intrigue puisque, après tout, ils ne sont que des acteurs éphémères de l’histoire coloniale de Garance. Celle-ci est donc observée par Lum’en, une entité non organique qui fut bannie voilà des milliers d’années par ses sœurs au cœur de la planète. En stase durant toutes ces années, elle se réveille avec l’arrivée des premiers humains, et tente de reprendre vie afin de communiquer avec ces nouveaux arrivants. Mais il est bien connu que les humains sont des créatures sourdes, aveugles et dédaigneuses, c’est donc toute la vie de la colonie, de sa naissance à son extinction, qu’elle va observer jusqu’au dénouement qui, finalement, s’avère assez juste.

 

  • Site alpha

   Les pionniers sont là depuis quelques années, ils tentent de survivre et de convaincre les multimondiales du potentiel de Garance. Dans ce contexte un peu rude, un prêtre débarque avec l’idée de créer sa propre communauté non pervertie par les idées impures des colons. C’est à l’écart du site alpha de Villevangk qu’il élève deux enfants, un évident retour au source avec un Adam et une Eve qui, pourtant, ne veulent pas du destin qu’on leur a choisi.

   On parle ici du dogme religieux, mais aussi avec moins d’évidence de celui de la société. Si le prêtre est enfermé dans sa foi, les pionniers eux, sont prisonniers de leurs certitudes coloniales. On perçoit la dénonciation de cette faculté que l’humain a à s’approprier ce qui ne lui appartient pas, à ne pas respecter ce qui était là avant lui. Ce n’est pas l’histoire que j’ai préférée, mais ces prémices de la colonie posent les bases qui façonneront le cheminement jusqu’à son déclin.

 

  • Colonie légère

   Une importante découverte a permis de sauver la colonie et c’est désormais la multimondiale DemeTer qui exploite les ressources de Garance. Une réalité qui n’est pas au goût de tout le monde ; déjà des activistes appelés les Véritables contestent les droits des humains sur Garance. C’est dans ce contexte qu’un mercenaire est envoyé pour éradiquer le groupuscule avant qu’il ne fasse des dégâts.

   Cette histoire est très intéressante d’un point de vue scientifique puisqu’elle parle de l’adaptabilité de l’environnement indigène et des entités colonisatrices. Du point de vue humain, on considère souvent que c’est à l’environnement de s’adapter à nos besoins, ici, on envisage l’inverse. Pour le meilleur ou pour le pire, on questionne sur la nature humaine. Est-elle ancrée dans notre structure moléculaire ? Est-elle liée à nos prises de conscience ?

 

  • Colonie lourde

   Villevangk est désormais une colonie suffisamment importante pour accéder à un niveau de vie correct. Le cœur de ville devient cossu, les nouveaux quartiers se construisent à une vitesse folle, et les jeunes gens désabusés envisagent de démontrer par l’art que rien n’est acquis.

   Cette nouvelle est assez touchante puisqu’il est à la fois question de l’importance de l’art dans l’éveil des consciences, de la nécessité de la contestation face à une société trop déshumanisée, mais aussi du désœuvrement de la jeunesse qui ne se reconnait pas toujours dans les idéaux de leurs aînés. Même si personnellement, je ne voyais pas cette histoire finir autrement, je dois dire que sa conclusion m’a particulièrement émue.

 

  • La clairière des dieux bruyants

      La colonie est en passe de devenir rentable, les problématiques des autonomistes et des activistes semblent maîtrisées, les dogmes religieux se sont effondrées. Du moins, ce serait mal connaître la nature humaine que de penser ainsi. Car un groupuscule cherche en secret à retrouver les vangk, les créateurs des portes stellaires. L’un des croyants espère trouver sur Garance ce qu’il cherche. Mais la rencontre qu’il va faire bouleversera à jamais toutes ses certitudes.

   Petite nouveauté, ici nous avons le droit à une alternance de points de vue fort bienvenue. J’étais très enthousiaste de découvrir un système de communication original, et je dois dire qu’on s’attache beaucoup aux protagonistes. Enfin une occasion d’en apprendre davantage sur la vie indigène de Garance !

 

  • Déclinopole

   Quelques années après l’événement qui a bouleversé la vie de la colonie, un diplomate privé, Jarid Moray, est envoyé par la DemeTer pour négocier un compromis entre les différents partis qui se disputent les restes mourants de Villevangk.

   L’une de mes histoires préférées. C’est simple, j’adore les intrigues qui mettent en avant des négociateurs, des gens impartiaux qui cherchent à obtenir le meilleur compromis pour tous les partis. C’est une façon d’accéder à tous les points de vue, de comprendre qu’il y a rarement de pauvres gentils et de purs connards, mais tout un tas d’éléments qui façonnent la réaction de chacun. Et puis, Jarid est un personnage intriguant, le héros de deux précédents romans. Un véritable drame pour moi de l’apprendre : ces romans ont presque 20 ans, autant dire qu’ils sont introuvables par les moyens habituels. C’est là que je ne comprends pas pourquoi les ME ne font pas numériser tout leur catalogue. Bon sang, ça ne doit pas être si coûteux que ça, et ce sera toujours plus rentable qu’une réimpression !

 

  • Zone 0 

   Lorsque la dernière navette de transit passe prendre les derniers colons de Garance, un adolescent décide de s’enfuir pour vivre comme il l’entend. Devenu le dernier humain de la planète, il entreprend une ultime tâche qui fera de lui, le héros le plus improbable de l’histoire de Garance.

   Une dernière frange de vie assez courte, mais émouvante dans sa construction autant que dans sa finalité. On comprend qu’on a fait le tour de la thématique de la colonisation humaine, on se saisit du sens logique du cycle et mine de rien, on se réjouit qu’il arrive à son terme. Parce que finalement, tout n’est qu’un éternel recommencement.

 

Conclusion et Avis général

   Lum’en est un ouvrage atypique, entre le roman et le recueil de nouvelles, qui conte les  étapes de la vie coloniale sur la planète de Garance. Tous au long des différentes tranches de vie, vous serez interpellés sur le but de la colonisation, les dogmes religieux et sociétaux, le fondement de la nature humaine, l’importance de l’art dans le bon fonctionnement d’une société pérenne, la nécessité de savoir regarder au-delà de ses propres certitudes… Autant de leçons de vie qui vous accompagneront jusqu’à la fin inéluctable… et le début d’une nouvelle aventure.

 

Qui veut découvrir la vie coloniale sur Garance ? 🙂

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UN APERÇU D’AILLEURS SUR

Lum’en ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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16 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Lum’en, Laurent Genefort

    • Eleyna dit :

      J’ai vu qu’il avait en effet une sacrée bibliographie. Quel dommage que ma médiathèque ne possède que celui-ci, surtout que ça devient rapidement difficile de trouver les ouvrages qui ont plus de 15-20 ans. Heureusement, Laurent Genefort semble toujours aussi productif, j’ai vu qu’il écrit même de la fantasy. Bref, plus qu’à composer ma wishlist. 🙂

      Aimé par 1 personne

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