[Chronique Littéraire] Merveilles du Monde Hurlant – T2 : La Mer des Secrets, Julien Hirt

   Aujourd’hui, il est question de clore mon aventure de steampnuk fantasy dans le Monde Hurlant, avec le second tome du diptyque de Julien Hirt, Merveilles du Monde Hurlant : La Mer des Secrets (Editions du Héron d’Argent).

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Merveilles du Monde Hurlant – T2 : La Mer des Secrets0001-1-600x900
  • Auteur/Autrice : Julien Hirt
  • Illustrateur/Illustratrice : Elodie Dumoulin
  • Édition : Héron d’Argent
  • Collection : Imaginaire
  • Genre : Fantasy, Steampunk
  • Public : Adolescent, Jeune Adulte, Adulte
  • Cycle : Diptyque (2/2)
  • Pages : 365
  • Parution : Novembre 2018
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Broché
  • Prix :  5,99 euros – 20 euros
  • ISBN : 979-1094173381
  • Lien : Héron d’Argent : La Mer des Secrets

Résumé : Vous avez déjà remarqué ? Parfois, quand on obtient exactement ce qu’on voulait, c’est la catastrophe.
J’ai enfin retrouvé Voland, le salaud qui avait fait battre mon cœur. Lui, le beau gosse ténébreux pour lequel j’ai suivi un poisson rouge dans le chaos, lancé une émeute dans un camp de prisonniers, risqué ma vie des dizaines de fois… Quelle cruche j’ai été !
Aujourd’hui, je ne rêve plus que de vengeance. 
Cela dit, pour le moment, je suis devenue pirate sur une mer infestée de krakens, avec un beau capitaine qui me fait de l’œil…
Mon nom est Tim Keller. Prêts à embarquer ?

Découvrez la conclusion haletante des Merveilles du Monde Hurlant !

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MON AVIS

Bulle d'Eleyna Logo 2

Lu dans le cadre du Challenge Littérature de l’Imaginaire.

Lu dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone.

Pour la chronique du tome 1, c’est par ici.

 

Couverture et Accroche

   La couverture dessinée par Elodie Dumoulin est toujours aussi attrayante, peut-être davantage que la première, car je lui trouve un plus joli contraste. On y découvre le bonimenteur de première qu’est Juan Scorpio (bonimenteur et belle gueule, ça va toujours de pair, ne me demandez pas pourquoi ^^), entouré des trois Titanides que sont ces étranges poissons volants. Une volonté ostensible de coller avec le titre de ce second volet tout à fait à propos. Même si on perçoit moins le côté « steampunk » (bien que ce ne soit pas le terme dont j’userais pour parler de la Science du Monde Hurlant, à titre personnel), on retrouve l’aspect fantasy et une sensation de voyage dépaysant qui correspond aux premiers chapitres du tome.

   Le résumé est dans la lignée du premier, narré par Tim, comme au sein du récit. C’est sympathique, ça donne une idée du style et du public cible, à savoir plutôt adolescent, jeune adulte. Les quelques lignes résument globalement où la situation en est rendue pour la protagoniste, même s’il s’avance un peu trop sur un certain point, comme on peut rapidement s’en rendre compte dès les premières pages de lecture. Non, Tim ne cherche pas à se venger, elle n’a même plus le cœur de penser à Voland. Elle se cherche elle-même, tout simplement.

 

Prose et Structure

   La narration est toujours à la première personne et du point de vue d’une adolescente de notre époque moderne, ce qui explique l’usage d’un vocabulaire familier ou les quelques références culturelles qui parleront à tout le monde (on vous parlera plutôt de Mandela que de la dernière console de salon en vogue). Rien de particulier à dire, c’est toujours adapté aussi bien à la narratrice qu’au public cible. Je note néanmoins quelques répétitions au sein d’un paragraphe ou même d’une phrase qui ne me semblent ni élégantes, ni intéressantes pour un quelconque effet stylistique. De même, quelques réflexions me paraissent inadaptées (« l’homme que j’ai toujours connu » en parlant de Voland qu’elle a croisé 5 minutes). Heureusement, c’est assez rare.

   Comme dans le premier tome, ce second volet est découpé en une douzaine de chapitres narrés par Tim, entrecoupés de quelques interludes racontés à la troisième personne du point de vue de différents protagonistes. Ceci permet de connaître l’évolution de la situation dans les lieux qu’elle a déjà visité. Un principe intéressant, surtout si, comme moi, vous appréciez pouvoir suivre l’évolution d’une situation qui échappe au protagoniste jusqu’à avoir une dimension humaniste.

   Je voulais aussi parler de la structure du récit et de ses ficelles, un peu trop mises en évidence, si bien que je ne m’étonnais plus de grand chose arrivée au climax. Pour échapper à l’effet Deus ex Machina, l’auteur anticipe avec une telle volonté de bien faire que j’ai su qui serait présent à la fin, qui allait agir d’une certaine façon et pourquoi, qui allait revenir pour sauver la situation, qui allait être puni, qui allait être récompensé… A mon sens, c’est trop visible pour un lecteur qui connaît un minimum le fonctionnement d’une intrigue. C’est dommage parce qu’il n’y a plus beaucoup de surprise et j’attendais juste que tout se goupille. Après, si vous êtes du genre à ne pas voir les ficelles scénaristiques, il est possible que vous viviez pleinement certains rebondissements (et tant mieux pour vous 🙂 ).

 

Personnages et Narrateurs

   Nous retrouvons bien entendu Tim Keller, l’ado rebelle partie sur un coup de tête pour retrouver son amoureux d’un instant. Bon, je ne vais pas vous mentir, elle m’agaçait déjà un peu dans le premier tome, ça n’a pas changé depuis. Même si elle n’est pas parfaite, elle n’est pas moins pardonnée en permanence par ses amis, aimée de plusieurs personnes, idolâtrée par la foule, jalousée par ses ennemis, suivie par un familier qui la préfère à sa maîtresse… Pourtant, Tim est capricieuse, elle fait les choses comme ça lui chante, et même quand elle part sauver le monde, elle s’empresse de faire culpabiliser ceux qui ne veulent pas la suivre. Le pire, c’est que l’auteur lui donne raison. Ceux qui la jalousent ou qu’elle ne peut pas sentir ont forcément quelque chose à se reprocher. Après, j’imagine qu’elle satisfera davantage le public cible qui a besoin de se retrouver en elle.

   Malheureusement, ses amis sont moins présents. Si Armaga la suit durant une bonne partie de l’histoire, S et Clil la retrouvent assez tardivement. Armaga, le Savant de pierre, est fidèle à lui-même, même s’il parle un peu moins qu’avant. Il est toujours d’aussi bonne compagnie, fidèle au point de se mettre en danger plusieurs fois, ce qui n’empêchera pas Tim de lui reprocher de vouloir prendre son propre chemin. A ma grande déception, S la luminar, sorte de chevalière dévote, a évolué en adolescente amoureuse qui fait n’importe quoi pour retrouver Tim. Son évolution aurait pu être intéressante, malheureusement… on suit Tim quoi. Clil la femme-fleur aguicheuse a changé, son rapport aux autres est moins hautain. Elle est plus douce, plus attentive, et tente même de préserver ses amis. Dommage que le point de vue de Tim donne trop d’informations (vous allez finir par croire que je regrette que ce soit la protagoniste ^^).

   Du côté des petits nouveaux, nous faisons la connaissance de Juan Scorpio, le capitaine beau parleur du bateau sur lequel Tim et Armaga se retrouvent malgré eux embarqués. Il aime parler de lui à la troisième personne et raconter des histoires invraisemblables pour s’attirer la sympathie, ce qui en fait un personnage charmeur et opportuniste. Evidemment, Tim tombe sous son charme et décide d’en profiter pour se remettre de sa « rupture » avec Voland. Voland que l’on voit très peu (comme dans le premier), et qui a finalement moins d’importance que les intrigues secondaires. On trouve aussi les membres d’équipage Rahil et Raghil, des jumeaux ogres qui adorent Tim et s’empressent de la suivre partout. Mais aussi Pilar Pia, la maîtresse des araignées réparant les voiles du bateau que j’aurais aimé voir davantage.

   Côté interlude, nous retrouvons des personnages secondaires du premier tome, comme Carniato, le chef du camp de redressement pour jeunes dans lequel Tim a débarqué, et qui cherche toujours à asseoir son autorité sur la ville. Il y a aussi le duo increvable de mercenaires qui m’a rappelé pourquoi je déteste les protagonistes capables de tuer à tour de bras des figurants, mais laissant toujours en vie leurs pires ennemis… parce que sinon, il n’y a plus de conflits ? Ou encore Hakoub, personnage oh combien intéressant dans son rôle de meneur d’un soulèvement social, s’il n’y avait pas eu cette scène où il se jette comme un gamin au pied de Tim pour se faire pardonner d’un truc dégueulasse qu’il aurait pu faire mais n’a pas fait. Dommage que même les personnages secondaires tournent autour de l’astre Tim, on en oublierait presque qu’un protagoniste n’est pas le seul à faire vivre une histoire.

 

Univers et Atmosphère

   Nous retrouvons le Monde Hurlant, en opposition au Monde Muet, notre bonne vieille Terre nommée ainsi car elle est vide de tout Prodige. Dans le Monde Hurlant, les Prodiges sont au nombre de 4, même si seulement trois d’entre eux sont réellement connus. On retrouve ainsi la Foi, qui permet d’invoquer des miracles, comme le fait si bien S avec sa lance de lumière (arme des héros et personnages saints dans de nombreuses cultures). Il y a aussi la Magie, qui se caractérise ici par des pouvoirs plutôt élémentaires, comme chez les hydromanciens capables de figer la mer, ou les pyromanciens avec leur fouet de flammes. Il y a la Science, dont le principal utilisateur dans le récit est Armaga, capable de créer armes et véhicules en tout genre, ainsi que des mécanes, sortes de petits robots armés de lames. Le dernier Prodige est celui que Tim contrôle, la Fiction, issue d’une énergie que l’on nomme protoclarté, et qui permet de manipuler l’histoire des gens. Tim ne manipule que sa propre histoire, elle accumule des « peut-être » qui lui permettent de déclencher des éléments incongrus de son scénario personnel pour se sortir d’une situation périlleuse. Plus elle fait « n’importe quoi », plus elle accumule de possibilités (genre, à jeter tout ce qui l’entoure à la tête de son ennemi, il est possible qu’il finisse par glisser sur un objet et s’assomme lui-même). Les trois premiers Prodiges ont tendance à s’annuler, mais il semblerait que rien ne puisse rivaliser avec la Fiction, si ce n’est la Fiction elle-même.

   Le Monde Hurlant est toujours aussi riche que dans le premier tome, bien qu’il m’ait semblé y découvrir moins de nouvelles choses, la faute à une intrigue qui nous fait toujours suivre les mêmes personnages principaux et secondaires, et revenir dans les mêmes environnements. Certes, on prend la mer, ce qui nous permet de découvrir les krakens ou certaines îles secrètes, mais je n’ai pas ressenti la même émotion qu’en découvrant Entremer et ses cristaux vivants, ou le centrimane, qui semblait bien plus dangereux qu’un kraken (du moins, on craignait davantage pour la vie des personnages). Reste que cet aspect fantastique du Monde Hurlant est toujours aussi plaisant à découvrir avec ses divers peuples, ses étranges constructions ou ses mouvances sociétales. C’est sans conteste, le point fort du récit.

 

Intrigues et Thématiques

   Suite à sa désillusion concernant Voland, cet homme venu la séduire afin qu’elle débarque sur le Monde Hurlant et le libère, Tim ne sait plus trop quoi faire de sa vie. Séduite par le bonimenteur qu’est Juan Scorpio, elle se lance dans la piraterie, accompagnée d’Armaga qui la suit dans ses aventures, bien qu’il n’ait pas le pied marin et n’apprécie guère de voler les honnêtes marchands. De leur côté, S et Clil tentent de retrouver leurs traces, tandis que Hakoub et la Calembredaine entraînent le peuple d’Entremer dans leur révolution pacifique.

   Globalement, j’ai bien aimé l’intrigue de ce second tome, sans que je trouve cela exceptionnel. Quelques points m’ont titillé, comme cette façon maladroite de parler de l’homosexualité et qui aurait pu être amenée avec plus d’intelligence, surtout pour un public adolescent qui se cherche sur ce type de sujet.

   L’autre point qui m’a un peu gêné, c’est la place un peu convenue que l’on donne au masculin et au féminin. Toutes les femmes de l’histoire agissent par émotion (sauf une, mais elle a 47 personnalités, dont certaines masculines, ceci explique cela). Elles représentent l’émotion quand les hommes représentent la raison. Si un manipulateur séduit les femmes pour ses desseins, la manipulatrice le fait par amour. Si un homme se bat pour des idéaux politiques, la femme le fait parce qu’elle est amoureuse. Si un couple se déchire, c’est parce que la femme est jalouse. Si on a un duo de mercenaires, c’est l’homme qui conçoit le plan et la femme qui s’énerve sans raison. Cela se perçoit jusque dans les appellations données aux personnages. On ne manque pas de réflexions en rapport avec la beauté ou la douceur, apanage certain de la féminité. Ainsi, on multiplie les « beauté », « mes toutes belles » et autres « mes chéries », quand un homme sera dit beau uniquement s’il plait à Tim. Ce ne serait pas gênant si ce n’était pas systématique (attention, je ne dis pas qu’il y a une volonté cachée, je pense juste que l’auteur ne s’en est pas aperçu).

   Là où l’auteur présente sa thématique de façon intéressante, c’est dans la gestion de la révolte. Le roman est sorti avant les événements liés aux gilets jaunes (sans parler que l’auteur est suisse, donc peut-être moins concerné par les problématiques françaises), pourtant vous y verrez un parallèle avec les manifestations réprimées par les forces policières. Bien entendu, dans le roman, la milice représente le mauvais côté (d’ailleurs, si on exclut Carniato à leur tête, il n’y a aucun soldat qui soit personnifié, contrairement aux manifestants qu’on humanise). Il y a un parti pris assumé, et en cela il n’y a rien à dire. D’autant que l’auteur à l’intelligence de rappeler que la violence n’est pas la caractéristique exclusive de celui qui doit maintenir l’ordre, et qu’il y a parmi les manifestants des gens capables du pire (même si dans ces cas-là, le manifestant devient plutôt une masse). De même, il donne une facette humaine aux forces armées, en différenciant la milice de Carniato et la police civile qui finit par s’opposer à la répression. De quoi rappeler que derrière les casques, il y a aussi des hommes, et qu’on peut avoir de bonnes raisons, mais pas les bonnes méthodes (oui, mêmes chez les révoltés).

 

Conclusion

    La quête adolescente de Tim se poursuit, non plus pour trouver l’homme dont elle est tombée amoureuse, mais pour se trouver elle-même. Si elle peut plaire à son public adolescent, l’héroïne est malheureusement pour moi trop centrale pour l’ensemble des personnages secondaires et des figurants, sans qu’elle le mérite vraiment. Quelques maladresses dans la façon d’exposer certaines thématiques n’empêchent pas d’en apprécier d’autres qui parleront certainement à beaucoup de lecteurs dans le contexte actuel de révolte sociale. Quant à ceux qui viennent pour le dépaysement, vous trouverez sûrement de quoi faire avec quelques krakens ou des vaisseaux montés sur pattes. 😉

 

Qui veut suivre Tim sur un bateau pirate ? 🙂

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Un aperçu d’ailleurs sur

Merveilles du Monde Hurlant – T2 : La Mer des Secrets ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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7 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Merveilles du Monde Hurlant – T2 : La Mer des Secrets, Julien Hirt

    • Eleyna dit :

      Le Monde Hurlant a vraiment un énorme potentiel, mais j’avoue en effet que, de mon point de vue personnel, le choix de la protagoniste n’aide pas à vraiment découvrir l’univers (notamment les thématiques sociétales, vraiment intéressantes, mais qu’on ne suit que durant les interludes car Tim elle-même n’y prend pas vraiment part). Après, j’imagine que ça conviendra davantage aux adolescents ou aux personnes qui apprécie ce type de personnages. 🙂

      Aimé par 1 personne

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