[Chronique Littéraire] Les Enfants du Passé, Luce Basseterre

   Nouvelle chronique dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone, avec cette fois, Les Enfants du Passé, de Luce Basseterre.

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Les Enfats du PasséLes-enfants-du-passe.jpg
  • Auteur/Autrice : Luce Basseterre
  • Illustrateur/Illustratrice : Céline Simoni
  • Édition : Voy’el
  • Collection : Science-Fiction
  • Genre : Science-Fiction, Space Opera, Homoromance
  • Public : Adulte
  • Cycle : One-Shot
  • Pages : 356
  • Parution : Avril 2016
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Papier
  • Prix :  6,99 euros – 21 euros
  • ISBN : 978-2364753464
  • Lien : Vo'[el] : Les Enfants du Passé

Résumé : Djaël Aldrin traine son exceptionnelle longévité comme une malédiction à travers toute la galaxie. Alors qu’il chine des pièces détachées, un acte compulsif vient bouleverser sa routine. Mais qu’est-ce qui lui a pris, pourquoi avoir acheté cet homme ?
Oshi est né esclave. Remettre en question sa condition lui est inconcevable. Lorsque son nouveau maître
l’exige, il doit pourtant s’y efforcer. Mais pourquoi est-ce si difficile ?
Qui est donc cet adolescent allongé sur la table d’un légiste de Nouvelle-France ? Son ADN le désigne comme étant Djaël Scott Aldrin, un pilote d’arche d’exode, né sur Terre, vingt-deux siècles plus tôt, ce qui est bien sûr impossible.
Et si ces trois énigmes n’en formaient qu’une ?

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MON AVIS

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  Second livre de Luce Basseterre, acheté et fait dédicacé par un proche, que je me suis empressée d’aller chiper à la suite de ma première lecture. 😉

   Pour la chronique sur La Débusqueuse de Mondes, c’est par ici. 

 

Couverture et Accroche

   Je trouve la couverture de Céline Simoni très belle et représentative de l’ambiance saisissante qui doit se dégager de la passerelle de l’Ombre, lorsqu’elle passe en holo pour visualiser l’extérieur du vaisseau. Même si les détails ne correspondent pas totalement à l’idée que je m’en faisais, notamment sur la silhouette de Djaël trop caucasien pour un homme aux origines asiatiques (même s’il est bien dit qu’il a quelques mèches blondes), le jeu des lumières est sublime et renforce ces multiples teintes de bleu propres à l’imaginaire stellaire.

   J’ai aussi apprécié la 4e de couverture, puisqu’elle nous promet une enquête et que je n’ai désormais plus à vous convaincre que j’adore me creuser les méninges. Le livre tient ses promesses, il y a bien trois axes d’approches qui se rejoignent au sein d’une même intrigue. Pour ma part, je n’ai donc pas été déçue dans mes attentes.

 

Prose et Structure

    Je vais tenter de ne pas faire trop de comparaisons avec la précédente oeuvre de l’autrice chroniquée sur ce blog, mais j’avoue que ça me sera difficile par beaucoup d’aspects. Déjà, la prose. On retrouve la plume efficace de l’autrice, celle qui manie les codes du genre avec une simplicité qui permet même aux plus profanes de comprendre l’histoire. Pas d’inquiétudes à avoir donc, les termes scientifiques sont limités ou accessibles par le contexte. Certains lecteurs seront peut-être déconcertés par un apport d’informations plus générales, notamment sur l’univers, mais même sans savoir exactement ce dont il est question, je pense que n’importe qui peut s’y retrouver.

   L’histoire est contée selon deux principes, mais plusieurs points de vues. Ainsi, elle alterne le point de vue des deux personnages principaux, Djaël et Oshi, à la première personne et au présent. Une narration adaptée à leur évolution personnelle et leurs questionnements intérieurs. Le second type de narration exploite le présent de la troisième personne du singulier et concerne un ensemble d’individus liés à l’enquête. Vous constaterez d’ailleurs que dans le résumé, ce troisième axe ne donne pas le nom d’un protagoniste, mais une profession, un légiste : c’est parce qu’il ne fait pas partie des personnages principaux, il ne sert qu’à lancer l’enquête. Cette approche nous distancie un peu plus des intervenants, mais cela reste logique car cet axe prend davantage le temps d’explorer les pistes de l’intrigue.

   Du côté de la structure, on retrouve l’usage de courts chapitres avec leurs titres ainsi que leurs narrateurs afin d’orienter sur qui parle, bien que cela ne soit pas nécessaire pour ma part, mais toujours appréciable pour d’autres. Une façon de faire déjà vu dans La Débusqueuse de Mondes, et que j’apprécie toujours autant. En effet, Les chapitres s’enchaînent rapidement et avec logique. Pour preuve de leur efficacité, ça se lit en une journée. 😉

 

Personnages et Figurants

   Si l’autrice me demandait quel trio je préfère de ses deux romans, je crois que je serais bien en peine de lui répondre. Celui-ci est plus doux dans sa perception de l’autre et de l’univers, même s’il conserve des similarités. On ne peut pas vraiment y couper, après tout, dans les deux cas, il s’agit d’un pilote, d’un esclave et d’un vaisseau.

   Djaël Scott Aldrin est un être exceptionnel à tous les points de vue. Depuis plus de 2000 ans qu’il voyage dans le cosmos, on aurait pu s’attendre à retrouver un homme cynique et misanthrope, dégoûté du monde et de la vie. Pas du tout. Cet homme, c’est le genre de personne sur laquelle on aimerait tomber si on s’égarait dans l’espace. Le poids des ans pèsent certes sur son dos, et la raison de sa longévité tout autant, pourtant, il reste fasciné par ce qui l’entoure, attentionné envers son prochain, et prêt à bavasser comme pas deux sur n’importe quel sujet qui ne lui soit pas personnel. Alors ça oui, il adore s’écouter parler, mais en même temps, avec tout le savoir accumulé, qu’attendre d’autre de lui ? Il a connu bien des vies, et cela se ressent. Oshi n’est pas son premier compagnon de voyage, pourtant il lui donne autant d’importance qu’un autre. Il est encore capable d’éprouver des sentiments, et ça, j’imagine combien ce doit être difficile après avoir perdu tant de proches par le passé.

   Oshi est un esclave que Djaël achète sur un coup de tête en faisant son marché (après tout ce que je vous ai dit, vous vous doutez bien que Djaël n’est pas du genre à se payer des serviteurs). Ayant été conditionné à suivre les ordres, Oshi est particulièrement déboussolé lorsque son nouveau Maître lui indique qu’il est un homme libre et qu’il peut agir à sa guise. Il va dans les premiers temps s’appliquer à suivre les recommandations de Djaël comme s’il était question d’ordres, mais sa fascination pour cet homme doux et patient va progressivement l’arracher à son carcan. On apprend qu’il n’est pas un humain comme les autres, ce qui ajoute de la difficulté à sa construction d’une identité propre. Cela le rend touchant dans sa quête intérieure et on ne peut que se réjouir de la chance qu’il a eu de tomber sur quelqu’un comme Djaël pour l’y aider.

    Troisième personnage que j’aime beaucoup, Tahé. Non, cette fois, Tahé n’est pas le vaisseau, celui-ci étant totalement artificiel. Tahé est une entité immortelle et asexuée décrite comme une amibe de l’espace et qui a pris possession de l’Ombre. C’est lui qui contrôle tout le système, et qui surtout, dialogue régulièrement avec Djaël, seul individu à savoir qu’il existe. Il offre sa protection au vaisseau autant que ses conseils au pilote, et a la manie d’intervenir dans la tête de ce dernier lorsqu’il fait des cauchemars ou s’y prend mal avec Oshi. Mais il reste peu caractériel et bienveillant. Quand on perçoit l’étendue de ses capacités, il est finalement peu envahissant.

    On retrouve un certain nombre de protagonistes dans le troisième axe, notamment des médecins ou la présidente de la Fondation, ordre duquel dépend Djaël. Des personnages tous intéressants à suivre que je vous invite à découvrir. 😉

 

Univers et Peintures

    Sans vouloir trop m’avancer, il semble que l’univers est le même que celui de La Débusqueuse de Mondes. Du moins, il lui ressemble beaucoup. On retrouve ainsi les multiples planètes peuplées d’innombrables espèces empruntant aussi bien aux reptiles, qu’aux félidés ou encore aux insectes. La diversité de ce point de vue y est riche, si bien que je m’étonne que l’être humain reste le seul individu simiesque décrit quand les félins auront par exemple plusieurs espèces. Mais ce n’est qu’un point de détail. On retrouve par ailleurs d’autres aspects comme les cités cosmopolites, le marché aux esclaves ou encore l’idée de terraformation des planètes. Reste que s’ils évoluent dans le même univers,  soit les deux romans ne se passent pas dans la même partie de la galaxie, soit pas à la même période, car ils manquent de liens pour affirmer le contraire.

     Pour ce qui est du contexte, nous nous retrouvons plus de 2000 ans après l’Exode qui a vue l’humanité quitter une Terre mourante grâce à des arches d’exploration. La plupart ce sont perdues, certaines ont trouvé de nouvelles planètes à coloniser, et ce sont surtout ces dernières que l’on découvre dans ce roman. Même si les mélanges culturels existent et que diverses espèces vivent dans ces colonies, on retrouve une base très humaine qui facilitera, je pense, l’appréhension du genre par des lecteurs moins habitués à ce type de lecture.

    Je ne peux parler de l’univers sans parler de l’Ombre. Ce vaisseau représente en effet l’un des décors essentiels du roman, celui qui me fascine le plus, et pourtant, je ne suis pas fan des carlingues métalliques qui voguent sans vie à travers l’espace (je préfère la nature, l’air frais et les oiseaux qui pépient ^^). Mais l’Ombre développe cette aura de fascination qui n’est pas sans me rappeler celle que j’ai éprouvé pour des lieux emblématiques de certaines œuvres fantastiques. En effet, on nous évoque un environnement étrange, truffé de recoins que même Djaël ne connait pas, malgré les siècles passés sur ce vaisseau. De plus, le pilote est atteint de collectionnite aiguë, il amasse foule d’objets et antiquités qui viennent s’entasser un peu partout, un véritable cabinet des curiosités dans lequel j’aurais pris grand plaisir à fouiner (mais ce n’est pas trop le genre d’Oshi ^^). Une façon intelligente de faire le lien avec l’époque actuelle, et donc le lecteur qui reconnaîtra ainsi bien des objets familiers.

 

Intrigues et Rouages

    En se promenant sur un marché, Djaël tombe sur un marchand d’esclaves et décide sur un coup de tête de sauver un jeune homme d’une vingtaine d’années. Ne sachant quoi faire de son achat, il décide de l’emmener sur l’Ombre, son vaisseau, un immense cargo tentaculaire et possédé par une entité du nom de Tahé. Djaël indique au jeune homme qu’il est libre et pour le pousser à se prendre en main, lui conseille de se choisir un nom. Oshi, donc, a toujours été habitué à obéir, peu importe les ordres de ses Maîtres. Il se méfie de Djaël et pense qu’il s’agit d’un jeu pervers qui cherche à tester ses limites. Pourtant, il va petit à petit apprendre à se libérer de sa position d’esclave, grâce à l’apprentissage patient du pilote. En parallèle, Ifan, fils demisang de Djaël qui travaille auprès d’enfants au comportement étrange, est appelé pour identifier le corps de son père. Problème, sur la table du légiste, il s’agit d’un adolescent.

     L’intrigue est menée sous trois angles, les deux premiers intimement liés puisqu’il s’agit d’une alternance entre les points de vue de Djaël et Oshi, qui nous renseigne sur la vision de chacun d’un ensemble d’événements et permet de comprendre leur réaction. Il s’agit des parties les plus introspectives, qui cherchent à conter l’évolution des personnages et de leur relation. Dit ainsi, on pourrait penser que ça peut devenir lassant, mais non. Le cheminement de chacun est bien dosé et amène à suffisamment de péripéties pour se suivre avec plaisir. D’autant que cet aspect important du roman est entrecoupé régulièrement par le troisième axe, celui qui fait avancer l’enquête et qui entremêle tous les fils jusqu’à la révélation qui pourra vous faire froid dans le dos.

    En effet, l’histoire évoque un sujet important, qui existe aussi dans La Débusqueuse de Mondes, la notion d’humanité. Celle-ci est présentée sous une facette différente, ce qui fait que malgré leurs similitudes, les deux ouvrages se complètent. J’ai éprouvé quelques passages douloureux, notamment dans l’institution d’Ifan avec ces gens qui, bien que bienveillants envers les enfants, ne les regardaient pas moins différemment des autres. Dans le même ordre d’idée, on retrouve aussi tout le sous-texte sur l’esclavage et le racisme, la capacité de certaines communautés à oublier ce qu’elles doivent à d’autres, et surtout, ce terme horrible et tout aussi douloureux, ces enfants de la honte, des individus qui portent le fardeau de leurs parents partis en guerre, si bien qu’ils sont, malgré eux, toujours vus comme des parias.

    Pour vous remonter un peu le moral, je finirai par la romance, élément important du récit, que je trouve d’une douceur et d’un dosage des plus agréables. N’étant pas fan des romances en règles générales, je trouve celle-ci très bien amenée, assez présente et pourtant liée au reste du récit. Elle n’empiète pas sur le reste, elle est dans la continuité logique de l’histoire, elle ne va pas trop vite et laisse le temps autant aux personnages qu’aux lecteurs. Bref, elle m’a plutôt bien plu. 🙂

 

Conclusion et Avis général

   Un roman de Luce Basseterre qui, une fois encore, m’aura conquise. Même si j’ai retrouvé des similitudes avec La Débusqueuse de Mondes, l’histoire dépeinte est intrigante, les personnages touchants et les morales portées douloureuses, mais essentielles à entendre. Une nouvelle fois, une belle histoire d’humanité à travers les étoiles. 🙂

 

Envie d’embarquer sur l’Ombre ? 🙂

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4 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Les Enfants du Passé, Luce Basseterre

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