[Chronique Littéraire] Le Chant de l’Arbre-Mère, de Pascal Bléval

   Bonjour à vous, tisseurs et fileuses de la toile. Aujourd’hui, un petit avis sur ma dernière lecture entrant dans le cadre du Printemps de l’Imaginaire Francophone, Le Chant de l’Arbre-Mère, de Pascal Bléval.

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Le Chant de l’Arbre-Mèrecover-232
  • Auteur/Autrice : Pascal Bléval
  • Illustrateur/Illustratrice : Cyrille Théry
  • Édition : Autoédition
  • Collection : /
  • Genre : Science-Fiction
  • Public : Adulte
  • Cycle : Intégrale d’une série
  • Pages : 308
  • Parution : 5 décembre 2015
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Papier
  • Prix : 2,99 euros – 15 euros
  • ISBN : 978-1511662239
  • Lien : Facebook : Le Chant de l’Arbre-Mère

Résumé : Lorsque les colons d’Altar, planète excentrée de l’empire dranag, signalent la découverte d’une espèce extra-humaine non répertoriée, le Markus IV et son IA — Lealbeth® — sont envoyés sur place.

Pour cette mission, le commandant Suraya Manariva sera épaulé par une équipe aux talents multiples : deux experts en biologie et sciences comportementale des non-humains, un jeune minéralogiste, un mercenaire révoqué des commandos de choc, une pilote chevronnée et une escouade de robots de combat seront de la partie.

L’étrange disparition des colons d’Altar avant même l’atterrissage du Markus complique bientôt la donne : entre tenter de retrouver les altarites, découvrir l’identité des non-humains et sauver son équipage, Suraya devra faire un choix…

En sera-t-elle capable ?

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MON AVIS

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Service Presse : Merci à Pascal Bléval pour l’aimable échange qui m’a mené à la découverte de son livre. 🙂

 

Couverture et Accroche

   La couverture proposée par Cyrille Théry est intéressante, bien qu’elle ne me parle pas vraiment. La partie supérieure de l’image rappelle l’aspect space opera du genre, avec l’espace, la navette et la planète sableuse. La partie inférieure présente une évocation, une interprétation d’un type de personnages du récit. La manière dont il se tient la tête est d’ailleurs assez évocatrice sur le type de contact que les humains auront avec la vie autochtone. L’idée est bonne, mais je ne suis pas sensible au dessin et au mélange des couleurs. Une simple question de goûts. 😉

   Le résumé en revanche m’a davantage plu. La promesse d’une enquête sur la disparition de colons sur une planète mal connue de l’équipe de recherche m’a tout de suite intriguée. Après lecture, je confirme que la promesse est tenue. Petit point de questionnement pour ma part, le choix de la dernière phrase qui donne l’impression que Suraya est le personnage principal, au sens du seul dont on suivra le point de vue. Personnellement, j’aurais plutôt parlé de l’ensemble de l’expédition, que l’on suit tour à tour.

 

Prose et Structure

   Le récit est conté à la troisième personne et au passé. Contrairement à ce que suggère le résumé, il suit le point de vue de l’ensemble des personnages présents lors de l’expédition, même si Suraya est un peu plus mise en avant. La plume est fluide et facile à suivre, même s’il demeure quelques petites maladresses et probables oublis de correction. Rien de bien embêtant heureusement, le seul point qui m’a interrogé, c’est lorsqu’il a été question de sept personnages alors qu’ils ne sont que six, j’ai alors cherché durant plusieurs pages où était le septième (avant de me dire que ça devait être une coquille 😉 ). De même, certains échanges entre personnages enchaînent le vouvoiement et le tutoiement d’une phrase sur l’autre sans que je sois parvenu à en comprendre la raison. Possible que j’ai raté le coche à ce propos.

   En parlant de dialogues, j’ai été un peu distante par rapport à plusieurs d’entre eux, certaines répliques me semblaient peu utiles et étendaient la scène sur des aspects secondaires à l’intrigue, pas forcément au mauvais moment, mais d’une façon trop prononcée. Cela était d’autant plus perturbant que parfois, la narration se décidait à rappeler le sous-texte des dialogues sur l’aspect relationnel, alors que personnellement, j’avais déjà compris la première fois. J’imagine néanmoins que cela plaira aux personnes qui souhaitent être rassurés dans leur compréhension du texte. 😉

   Concernant la structure, peu de choses à dire. Le texte est découpé en une trentaine de chapitres, eux-mêmes découpés par plage horaire signalée au début de chaque scène avec la date, l’heure et la localisation (plutôt typique d’un récit de science-fiction 🙂 ). L’alternance des différents points de vue dynamise le récit, ce qui permet de ne pas s’ennuyer. Si je devait faire une seule remarque à ce propos, c’est l’intérêt relatif du prologue qui introduit un personnage qui ne resservira pas par la suite.

 

Personnages et Figurants

   Aller, je vais faire une exception et prendre le temps de parler de chaque personnage, puisqu’il s’agit d’une sorte de huis-clos et que l’histoire dépend de leurs interactions.

    Suraya Manariva est le commandant à bord du vaisseau Markus et donc le chef de l’expédition sur Altar. Elle est décrite comme manquant de patience et dotée d’une physionomie plutôt athlétique avec des traits massifs et carrés. J’ai trouvé cette introduction un peu dommage, car ce n’est pourtant pas ce personnage que l’on verra perdre patience. Elle est même du genre a encaisser les coups et à ne pas élever la voix quand les gens autour d’elle font des bêtises. On a vu pire comme manque de sang-froid. Elle a des sentiments pour Lana et passe une partie du récit à ressasser cet état dont elle n’ose parler. Ce n’est d’ailleurs pas la seule chose qu’elle dissimule, puisque dès le début, on fait comprendre au lecteur qu’elle a des symptômes d’une maladie inconnue. Ce n’est pas vraiment un personnage fort au sens attendu du terme, ce que d’autres personnages lui reprocheront par ailleurs, mais elle est humaine et tient son rôle de commandant jusqu’au bout.

   Lana Jovrain est le sous-lieutenant de Suraya, et accessoirement la jolie fille du groupe. Elle est blonde, grande, athlétique mais avec des courbes généreuses, de quoi se faire mater le popotin par à peu près tout le monde. Elle est décrite comme plus réfléchie que sa supérieure, mais rapidement, elle va passer son temps à prendre des décisions qui se rapprochent du coup de tête (et qui la verront plusieurs fois finir en caisson médicalisé). Elle est le personnage qui a le moins de relief et pour lequel on accorde le moins de passages personnels (on ne sait pas grand chose sur ses sentiments), ce qui ne m’a pas aidé à l’apprécier. Au final, elle m’a laissée plutôt indifférente, mais elle plaira certainement à d’autres.

   Vince Chevron est le plus jeune de la bande ainsi que le minéralogiste de l’équipe. Et comme tous bons minéralogistes de récits du genre, il ne servira bien évidemment pas à parler de caillou (ce métier totalement sous-estimé ^^). Idéaliste et petit génie de l’apprentissage, il sera plutôt un touche-à-tout, en particulier sur l’informatique et la robotique. Du genre suiveur à admirer les personnes fortes (et les jolis popotins ^^), il va rapidement s’émanciper de son rôle juvénile pour devenir un preneur de décisions. Son évolution, la plus franche du récit, pourra déplaire, notamment par ses choix extrêmes, mais aussi plaire par la pugnacité avec laquelle il défend ses idées tranchées.

   Nathalia Tcherpova est un femme d’âge mûr présente en tant que capitaine et spécialiste du vivant. Elle est surtout utile à l’équipe en tant que médecin. Elle est plutôt distante avec les gens et se montre insensible aux approches de Gregory, même si on saisit facilement le fond de leur relation. Elle a un comportement assez contradictoire avec Suraya, lui reprochant son manque d’efficacité avant de la rassurer, pour de nouveau la condamner avant d’envisager des sentiments à son égard. En vérité, elle reproche aux autres ce qu’elle est incapable de faire elle-même, à savoir prendre des décisions fermes (c’est là qu’on remercie Vince d’être droit dans ses bottes ^^). Je n’aime pas vraiment ce type de personnage, mais j’imagine qu’elle éveillera plus d’empathie chez d’autres.

    Gregory Northon est le spécialiste des relations inter-espèces, ainsi que le psychiatre officieux de l’équipe (même si Nathalia psychanalyse plus que lui). Il est décrit comme un vieux séducteur adepte de la flatterie ostentatoire, dont le principal passe-temps est de créer de nouvelles recettes avec le synthétiseur alimentaire. Il est par nature quelqu’un de pacifique, ce qui fait certainement de lui le personnage le plus simple à apprécier, même si je le trouve un peu trop passif quand il pourrait intervenir pour tenter de calmer les esprits.

   Hank Turner est un mercenaire qui a usé de ses connaissances haut placées pour se faire embarquer sur le Markus afin de retrouver son frère disparu. C’est un misogyne brutal et désagréable dont le premier acte à son réveil est de tenter de frapper la première autorité venue. Tête de mule et indiscipliné, il n’écoute pas les recommandations, ce qui lui jouera des tours. Il n’est clairement pas écrit pour être apprécié, mais cela n’empêchera pas certains lecteurs de lui trouver du caractère.

   Lealbeth[R], enfin, est l’intelligence artificielle du vaisseau et un personnage à part entière (le fameux 7e que j’ai cherché au début ?). Contrôlant le système du vaisseau, elle subira un avarie qui la verra changer de caractère. Plus humaine, elle ressemblera soudain à une adolescente taquine, ce qui implique une plus grande capacité à la désobéissance (vous voyez les problèmes venir ? ^^). J’aime bien ce personnage, mais je regrette l’absence de réelles réactions de la part de l’équipage sur son changement de comportement. Quand la survie de tous dépend d’une IA sujette aux troubles d’humeur, je pense que remettre son système en état devient une priorité, avant la découverte de la planète (ou alors je suis devenue parano après avoir vu/lu trop d’histoires sur les IA rebelles ^^).

 

Univers et Peintures

   L’univers dans son ensemble est assez vite dépeint car il ne s’agit pas du but de l’histoire. La Terre a colonisé l’espace voilà plus d’un millénaire, les choses ont évolué, si bien qu’au moment du récit, deux grandes puissances coexistent, l’Empire dranag dont sont issus nos héros, et la République terrienne. Ces deux puissances humaines vivent une sorte de guerre froide et Altar s’avère être une planète à la limite des deux zones d’influence, bien utile en cas de conflit militarisé.

   Le récit se déroulant sur cette planète, c’est donc elle l’environnement principal. Elle est décrite comme essentiellement sableuse, avec un sol pauvre en minéraux, ce qui l’a longtemps gardée de toute tentative de recolonisation. Néanmoins, des phénomènes étranges s’y produisent, et la forêt croît rapidement, pour ne pas dire spontanément à sa surface. Ceci permet le développement d’une faune indigène, que l’on découvre par quelques aspects, même si plutôt rares, la faute à une base peu favorable pour la multiplication des espèces (pour rappel, la planète n’était pas considérée comme intéressante à coloniser pour y vivre). Les apparences sont cependant trompeuses, et on apprend petit à petit à découvrir l’origine des étranges phénomènes qui façonnent Altar. Ainsi et surtout que la fameuse présence autochtone. Difficile d’ailleurs d’en parler sans spoiler, mais c’est sans conteste la bonne idée du récit. Bien qu’assez récurrente en science-fiction, son approche est originale et passe par un dialogue sur plusieurs niveaux. J’apprécie notamment que l’IA ne soit pas mise de côté durant la phase de contact avec la vie indigène.

 

Intrigues et Rouages

   Suraya et Lana sont missionnées par leurs supérieurs pour rejoindre Altar en compagnie d’une équipe scientifique et d’un mercenaire. La raison : cela fait quelques semaines que les colons récemment envoyés sur place ne répondent plus. Ils ont cessé toute communication après avoir démenti un premier rapport sur la présence de vie autochtone. Pour l’Empire, il est nécessaire de savoir si la planète est toujours viable pour son expansion stellaire. L’équipe se rend donc sur place pour tenter de retrouver la colonie, mais elle va rapidement déchanter en comprenant qu’il ne reste plus personne.  Plus étrange encore, la colonie s’était établie sur une zone désertique, or l’équipage la retrouve engloutie sous une forêt. Tous vont alors chercher à comprendre ce qui a bien pu se passer sur Altar. Mais les choses ne vont pas aller comme ils veulent et bien vite, les ennuis vont s’enchaîner.

   L’intrigue est efficace, les mésaventures ont un aspect assez cinématographiques dans leur structuration. Les scènes d’actions sont bien pensées et le suspense résultant de certains décisions prend bien. J’ai apprécie l’aspect enquête en zone inconnue, j’aurais même voulu qu’on s’y attarde davantage. En effet, dommage pour moi, je trouve cet aspect trop entrecoupé par les états d’âme des protagonistes. S’il est intéressant de se concentrer sur les personnages et leur relation aux autres, j’ai été un peu gênée par la propension de chacun à considérer l’ensemble de l’équipage comme de potentiels partenaires sexuels. Si les femmes sont les seules attirées par les deux sexes (ce qui est intéressant à noter, car ce type de sexualité se retrouve souvent dans les textes écrits par des auteurs, là où à l’inverse la sexualité non hétéro des hommes sera davantage mise en avant par des autrices 😉 ), il n’en reste pas moins que la plupart des personnages ont des intérêts pour différents collègues. Quand il y en a un ou deux dans ce cas, ça passe sans problème. Quand ils sont tous concernés par leurs hormones, ça devient un peu lassant. Surtout avec ce qu’il se passe autour, même si j’ai conscience que les ambiances un peu confinées ont tendance à échauffer les esprits. ^^

   Concernant la morale de l’histoire, je ne peux pas en parler sans spoiler, je me garderai donc d’en faire un commentaire détaillé. Il s’agit néanmoins d’un questionnement récurrent en science-fiction, et pour ma part, je n’ai toujours pas de réponse tranchée à apporter. Certains apprécieront la fin et ce qu’elle représente, j’en comprends parfaitement la raison. Dans mon cas cependant, la balance est toujours à l’équilibre et cette histoire ne m’aura pas davantage aidé à la faire pencher d’un côté ou de l’autre. Une morale intéressante donc, qui fait réfléchir.

 

Conclusion et Avis général

   Une oeuvre de science-fiction qui se lit bien, même si j’ai trouvé quelques interactions et états d’âmes un peu trop centrés sur les potentielles relations intimes entre chaque protagoniste. La découverte d’Altar est intrigante et fait penser à un univers assez visuel, cinématographique, soutenu par des scènes d’action rythmées. Les révélations qui tendent vers une morale poussant à la réflexion plairont à beaucoup de lecteurs, même si personnellement, j’en suis toujours à peser le pour et le contre. 😉

 

Qui pour écouter le chant de l’Arbre-Mère ?

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