[Chronique Littéraire] La plume du Quetzalcóatl, Julien Pinson

   Aujourd’hui, une chronique littéraire pour le Printemps de l’Imaginaire Francophone, avec le livre de Julien Pinson, La plume du Quetzalcóatl.

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : La plume du QuetzalcóatlLa-plume-du-Quetzalcoatl
  • Auteur/Autrice : Julien Pinson
  • Illustrateur/Illustratrice : Yvan Villeneuve
  • Édition : Voy'[el]
  • Collection : /
  • Genre : Fantasy, Steampunk, Uchronie
  • Public : Adulte
  • Cycle : One-Shot
  • Pages : 224
  • Parution : Août 2013
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Papier
  • Prix : 5,99 euros – 18  euros
  • ISBN :  978-2364751835
  • Lien :  Voy'[el] : La plume de Quetzalcoatl

Résumé : Après sept années passées au Nouveau Monde, le Pacifieur Impérial Arthorius revient à Rome avec, dans ses bagages, un colis bien embarrassant : une plume étrange qui jette le discrédit sur une des figures majeures de l’Empire Romain Millénaire : La Déesse Athéna, elle même.

Arthorius se trouve alors plongé, malgré lui, au centre des intrigues olympiennes dans une enquête qui le conduira jusqu’à la Frontière, au cœur des Montagnes Rocheuses.

Au fil de son voyage rien ne lui sera épargné, ni les courses poursuites avec les gangs de Néo Rhodes, ni les fusillades avec les tribus indiennes, pas même la compagnie de Dom, un faune vétéran de la légion, adepte du sarcasme à outrance.

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MON AVIS

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Couverture et Accroche

   J’aime beaucoup la couverture d’Yvan Villeneuve, que ce soit dans le choix de la mise en scène, le trait ou les couleurs. La plume ne ressort pas tant que cela, mais je trouve ce parti pris intéressant, il pousse l’œil à chercher, à « enquêter », ce qui correspond à l’état d’esprit du récit. La tête coupée d’Athéna est elle aussi représentative de la menace latente qui pèse tout au long de l’histoire, que ce soit sur le héros autant que sur les Dieux eux-mêmes.

    Le résumé est accrocheur, promet un genre que je lis peu, de quoi attiser ma curiosité. Après lecture, je dirais qu’il tient ses promesses, et notamment avec l’accroche du dernier paragraphe qui annonce la rencontre des époques romaines et conquêtes de l’Ouest, autant qu’il évoque la notion d’aventures rocambolesques. Juste un petite réflexion cependant, Néo Rhodes ne semble pas correctement écrit (l’auteur y met un tiret 😉 ).

 

Prose et Structure

   Le texte est écrit au passé à la troisième personne et suit le point de vue d’Arthorius, protagoniste principal. Cependant, certains passages éphémères semblent plutôt suivre celui de Dom, son acolyte, ce qui m’a un peu perturbée, car je ne sais pas si c’est volontaire ou si c’est l’écriture de ces passages qui impose un certain doute (étant donné que dans l’ensemble, c’est bien le point de vue d’Arthorius et que celui-ci est toujours présent). Heureusement, ces rares passages n’empêchent pas la lecture et je pense que la plupart des lecteurs ne s’y attarderont pas plus que ça.

   La prose en elle-même est fluide, le vocabulaire suffisamment simple pour se suivre sans grande connaissance des mythes, le reste étant expliqué dans un lexique. Le choix de l’uchronie implique la réappropriation de certains termes, particulièrement des noms de villes, là aussi expliqués en fin de textes. Une bonne idée, même si pour être honnête, je n’ai pas tout lu des explications (mais je trouve ça bien pour ceux qui veulent savoir le détail sur la création du nom de chaque ville). On retrouve aussi des passages amusants, mais pas trop appuyés ou lourds, ce que je redoutais avec un personnage décrit comme usant du « sarcasme à outrance ».

    Le texte est découpé en trois parties, elles-mêmes découpées en scènes séparées par des ellipses signalées par des étoiles. Pas de chapitre donc, j’ai eu tendance à pousser ma lecture tard la nuit pour atteindre les fins de parties et donc un endroit vraiment marqué du récit. Bonne ou mauvaise idée, ce n’est pas vraiment la question, d’autant que le découpage correspond bien aux trois grands axes du récit et est par conséquent, parfaitement justifié. Seulement, c’est quand on manque de temps et qu’on espace les plages de lecture que l’on s’aperçoit que la structuration en parties bien identifiées est tout de même utile pour se remettre rapidement dans le bain (réflexion valable donc pour n’importe quel texte).  😉

 

Personnages et Figurants

    Arthorius est un Pacifieur de l’empire romain, un agent de terrain neutre dont le rôle est de négocier des compromis entre Rome et les peuplades qu’elle tente de soumettre. Décrit sur les premières pages comme étant distant et mutique face aux étrangers, il s’avère finalement plutôt enclin aux échanges, et heureusement, vu son métier. Il se lie vite d’amitié avec Dom, mais garde une certaine méfiance vis-à-vis de l’ensemble des personnes qu’il croise, y compris celles provenant des hautes instances de Rome. Il possède une certaine capacité d’analyse et un excellent sang-froid, de quoi le sortir de pas mal de mésaventures. Sympathique, il n’a pas véritablement de défauts, même ses cuites sont minimisées, voire permettent d’amplifier ses qualités au combat. Cela plaira à certains peut-être moins à d’autres. Pour ma part, il est dans son rôle, même s’il pourrait parfois laisser un peu plus de place à son acolyte. 😉

   Dom est un faune (ou satyre, un homme à moitié bouc), et comme tous les faunes, il est décrit comme bavard, sarcastique, volage et permet l’apport d’humour dans le récit. C’est aussi un as de la gâchette, il utilise des pistolets avec précision, de quoi soutenir efficacement Arthorius durant les combats. Il est lui aussi assez agréable à suivre, d’autant que le cynisme dont il fait preuve est suffisamment bien dosé pour ne pas devenir trop présent. Il échappe un peu au rôle qu’on lui a promis, ce qui est bienvenu, même si, il ne surpasse jamais son coéquipier (la révélation finale sur lui, du moins la manière de l’annoncer, m’a un peu déçue, j’aurais préféré qu’elle vienne de Dom, et non d’Arthorius qui a déjà réussi tout le reste).

   Les femmes y ont des rôles plutôt secondaires, résultant du choix de conserver l’aspect militaire de cette uchronie sous la coupe masculine (certes, les Amazones existent, mais on sait à peine à quoi elles servent). Une guerrière pythie passe notamment son temps à apparaître en coups de vent pour voir la conclusion de son chemin au détour d’une simple conversation. Vu le potentiel évident d’un tel personnage, je trouve vraiment dommage qu’elle n’ait pas hérité d’un meilleur traitement. De même, la potentielle romance est assez limitée dans son exposition de la femme qui attend. Ce n’est pas dérangeant sur le principe, le contexte le veut ainsi, mais j’avoue que j’aurais préféré là encore que le personnage soit un peu plus exploité.

 

Univers et Peintures

    L’univers est particulièrement intéressant dans le choix des mélanges. En effet, il s’agit d’une uchronie se passant à l’époque de la conquête de l’Ouest, mais avec un changement radical dans un passé bien antérieur. Un événement nommé Convergence a permis aux créatures mythiques de s’incarner en notre monde. Ainsi les Dieux romains (qui portent ici leurs noms grecs, mais bon, on n’est plus à ça près avec la mythologie greco-romaine 😉 ) vivent parmi les mortels. Probablement est-ce cela qui a permis à l’empire romain, non pas de disparaître comme dans notre réalité, mais de prospérer si bien qu’à l’époque de la conquête américaine, il s’agit de la première puissance mondiale. De là découlent des modifications plus ou moins importantes, comme l’usage de la toge, toujours à l’honneur, les rues pavées typiques de Rome ou encore des villes et régions dont les noms ont été adaptés pour conserver une ressemblance avec celles de notre réalité.

   Il ne s’agit pas des seuls aspects originaux, puisque le monde a évolué dans une époque plutôt steampunk avec par exemple des véhicules autonomes fonctionnant à l’électricité ou des trains continentaux entièrement blindés. L’usage d’armes et de créatures atypiques couvertes de métal renforcent cet aspect, même au fin fond des Montagnes Rocheuses.

   Ajoutez à cela l’aspect fantasy, les créatures mythiques de plusieurs cultures sont désormais bien réelles et vivent parmi les hommes. Outre les divinités qui exercent leurs pouvoirs de plus ou moins loin selon les circonstances, diverses races tels que les faunes, les minotaures ou les centaures cohabitent avec les populations locales. La plupart se croise cependant plutôt dans le milieu militaire. Si on cite principalement la mythologie greco-romaine, quelques créatures amérindiennes font aussi leur apparition, ce qui est bienvenu car ajoute un touche d’exotisme. Le mélange des genres est ici une grande réussite, le point fort du récit.

 

Intrigues et Rouages

    Nous suivons Arthorius, Pacifieur du Nouveau Monde, qui revient à Rome avec un bagage un peu gênant, la preuve que le Quetzalcóatl, divinité ressemblant à un serpent à plumes, est toujours en vie. Or deux cents ans plus tôt, Athéna a affirmé l’avoir tué, cela la discrédite et risque d’ébranler Rome. Arthorius doit donc poursuivre son enquête pour découvrir la vérité sur cette histoire. Il décide d’embarquer avec lui Dom, un faune qui l’a accueilli à son arrivée en ville. Les deux compères enchaînent les péripéties au rythme des déductions de l’un et du sarcasme de l’autre. On ne s’ennuie pas durant les trois actes, mêmes si certains pourront se demander l’intérêt du second qui s’éloigne un peu de l’histoire principale. Personnellement, cela ne m’a pas dérangé, au contraire je suis plutôt adepte des intrigues secondaires qui se lient intelligemment au fil rouge. Cependant, j’ai regretté certaines évidences qui m’ont par la suite un peu gâché la dernière partie (qui sont donc les antagonistes ? ^^). Quoi qu’il en soit, globalement, j’ai bien aimé ma lecture.

    L’un des points que j’ai vraiment apprécié, c’est la morale sur la guerre, le conflit et la recherche de compromis. Arthorius est la personne neutre par excellence (c’est peut-être pour cela qu’il n’a pas vraiment de défauts, d’ailleurs ^^), il cherche à tout prix à préserver les intérêts de chacun sans juger les opinions, personnalités ou partis pris (même pour des bandits). Il contrebalance l’esprit vindicatif des peuplades amérindiennes et celui de conquête de ses homologues romains. Au final, le conflit ouvert semble être l’issue la plus courante dans la tête des gens. Est-ce l’éternel reflet de l’humanité incapable de se remettre en question ? Et Arthorius est-il la vision que l’on peut avoir d’un individu bienveillant envers son prochain, peu importe qui est ce dernier ? A vous de voir. 😉

 

Conclusion et Avis Général

    J’ai passé un bon moment durant cette lecture. La présence de personnages un peu trop attendus, ou au contraire pas assez exploités, n’abîme en rien la performance de l’auteur sur le mélange des genres et des époques. Une uchronie qui sort de l’ordinaire et qui y mêle de la fantasy et du steampunk avec efficacité.

 

Prêts à partir pour le Nouveau Monde en compagnie d’un faune ? 🙂

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6 réflexions sur “[Chronique Littéraire] La plume du Quetzalcóatl, Julien Pinson

  1. Antios dit :

    Je n’ai jamais lu un livre de ce genre pour ma part. Et j’avoue que le mélange entre univers romain, mythologie, et un univers plus récent tant sur le plan technologique que sur la présence des Indiens, apparaît assez intéressant ! A garder sous le coude ! 🙂

    Aimé par 1 personne

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