[Chronique Littéraire] L’emprise du Lwa, Patrice Mora

   Pour cette nouvelle bulle partageant mes lectures du Printemps de l’Imaginaire Francophone, un nouveau genre avec L’emprise du Lwa de Patrice Mora.

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : L’emprise du LwaL-emprise-du-Lwa
  • Auteur/Autrice : Patrice Mora
  • Illustrateur/Illustratrice : Nicolas Jammoneau
  • Édition : Du Petit Caveau
  • Collection : Gothique
  • Genre : Fantastique, Gothique
  • Public : Adulte
  • Cycle : One-Shot
  • Pages : 156
  • Parution : 30 mai 2016
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Papier
  • Prix : 3,99 euros – 13,90 euros
  • ISBN : 978-2-37342-023-4
  • Lien : Du Petit Caveau : L’emprise du Lwa

Résumé : Au cœur de Paris, à quelques mois de l’exposition universelle, Mortimer et Lawrence se voient confier une nouvelle mission. Les deux gentilshommes doivent se rendre à l’ambassade d’Autriche Hongrie. Membres de la Loge, organisation occulte chargée de réguler les interactions de la capitale des enfers sur le genre humain, ils entendent mettre un terme à une odieuse alliance.

Alors qu’ils délivrent l’avertissement de la Loge, ils remarquent la présence d’un étrange dandy. Noyé dans la mousseline des robes de soirées, il évolue aussi bien parmi les diplomates que les démons infiltrés. Le curieux personnage laisse dans son sillage une aura pimentée aussi puissante qu’une malédiction exotique. Sa seule présence se pose aussitôt comme une nouvelle énigme.

À la recherche d’une explication, Lawrence va entrainer son novice Mortimer dans l’univers du vaudou, où les relents de la mort se mêlent aux arômes de rhum et de tabac…

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MON AVIS
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Couverture et Accroche

   La couverture dessinée par Nicolas Jamonneau est assez belle, il faut l’avouer. Dans ce dessin, on retrouve l’aspect gothique de la collection, l’ambiance victorienne de l’époque du récit et les références au Vaudou dans la tenue du personnage. Dommage que ce personnage n’existe pas dans le récit. J’aurais peut-être vu aussi un peu plus de couleurs brunes et rouges pour rappeler davantage la pratique du culte vaudou.

   La promesse de glisser dans l’univers vaudou du résumé m’a séduite. Il faudra néanmoins attendre un peu pour en prendre conscience, le résumé couvrant à lui seul plusieurs chapitres de ce livre assez court.

 

Prose et Structure

   Le récit est écrit à la première personne et au présent. Gros risque pour moi donc qui n’apprécie pas toujours ce type de narration. Pourtant, ce n’est pas un aspect qui m’a gêné. Si le vocabulaire est parfaitement adapté à l’époque, au personnage et aux circonstances, la plume, elle, étire en longueur la situation au fil des chapitres en détaillant notamment ce qui peut apparaître pour certains comme des banalités ou en digressant assez (trop ?) régulièrement sur ce qui se passe au plus profond du personnage. C’est simple, d’un chapitre à l’autre, nous suivons toujours la même scène, comme un long plan séquence au cinéma. Déconcertant comme procédé, mais cela plaira sûrement aux lecteurs habitués à cette façon de faire avancer le récit.

    Décomposé en neuf chapitres, il faut attendre la moitié du livre pour que le récit semble vraiment prendre l’ampleur promise par le résumé et en vérité, je me suis demandée si l’intrigue n’était pas à la base destinée à devenir une nouvelle. Reste que la seconde partie est bien plus attrayante et qu’elle mérite qu’on s’y attarde.

 

Personnages et Narrateurs

   Cette fois, pas de longue liste de personnages puisque les héros sont au nombre de deux, ni plus, ni moins.

   Sir Thomas Bartholomew Lawrence est un homme britannique d’une certaine noblesse dans les manières avec un profond respect pour l’étiquette de la haute société. S’il use d’un vocabulaire et d’une attitude qui sied au rang qui semble être sien, il n’en dissimule pas moins derrière ses sourires une âme plutôt pragmatique, estimant nécessaire le sacrifice d’innocents pour le bien de son entreprise. Une entreprise qui implique la foi, lui fervent croyant défenseur de la création de Dieu et qui repousse avec vigueur l’influence des démons de Pandémonium. Ayant hérité par son père de capacités particulières, ainsi que par la Loge d’artefacts bien utiles, il fait preuve d’une certaine confiance dans son combat contre les forces obscures. Un peu trop.

   Major William Eliasus Mortimer est la recrue de la Loge dont Lawrence a la charge. Drogué au tabac, il enchaîne cigarette sur cigarette, mais manie le pistolet comme personne. Malgré la découverte du monde occulte auquel il est confronté (sans qu’on sache réellement pourquoi, la raison de son recrutement n’est jamais vraiment évoquée), il reste dans l’ombre de son mentor sans jamais réellement s’inquiéter, parvenant même à prendre quelques initiatives. Il prend plus d’importance au fil du récit, même si Lawrence, autant que l’auteur, semble prendre plaisir à le maintenir dans le flou. Heureusement, le monsieur n’est pas rancunier.

    Les autres personnages sont finalement plutôt secondaires, en dehors de l’antagoniste qui se laisse découvrir.

 

Univers et Atmosphère

   L’univers n’est pas et ne se veut pas particulièrement original (dans le sens « imaginé de toute pièce ») puisqu’il prend place dans un Paris, à la fin du 19e siècle, alors que la tour Eiffel n’en est qu’au début de sa construction. De par le choix de l’époque impliquant redingote et chapeau haut-de-forme, l’ambiance est donc plutôt gothique, s’emparant des ruelles aux apparences pouilleuses et faiblement éclairées pour mettre en valeur l’atmosphère glauque des nuits de la capitale. Même les bals donnés dans les hôtels particuliers richement décorés semblent patinés de cette noirceur sous-jacente qui content la présence d’entités malfaisantes. Car comme dans beaucoup de récits fantastiques du genre, la Terre est le terrain de jeu des démons des Enfers qui veulent s’y faire un place au soleil, tandis que les agents de Dieu tentent de les renvoyer six pieds sous terre.

    Cette approche gothique est rehaussée par la volonté d’y mêler la culture vaudou qui apparaît par petites touches dans la première moitié du récit, avant de se révéler dans la seconde partie. On découvre ou redécouvre ainsi le principe de la zombification, l’usage de poupée à l’effigie de la personne à maudire ou encore des figures emblématiques du culte. Probablement ceux qui ne connaissent rien à cette religion auront-ils parfois des difficultés à comprendre certaines termes ou références (bien que le texte soit émaillé de quelques notes). Ainsi, sachez par exemple que le Lwa du titre est un esprit du culte qui sert d’intermédiaire entre les humains et le divin.

 

Intrigues et Thématiques

   Comme j’ai pu l’expliqué dans la partie sur la prose, l’intrigue est longue à se dérouler car elle doit suivre le plan séquence de l’action du protagoniste narrateur. Ainsi la séquence qui englobe le bal prend-elle à elle seule trois chapitres sur neuf (un pour y arriver, un pour s’y pavaner, un pour en repartir et jouer un sale tour à la police), pour se poursuivre le chapitre suivant, bien que dans un cadre différent. Il a fallu attendre pour moi la scène dans la salle d’entrainement, et plus tard, la transe de Lawrence, pour qu’enfin, je me sente véritablement happée par l’histoire. A partir de cet instant, le rythme m’a semblé plus adapté à l’idée que je me fais du récit et même si j’y trouve encore quelques longueurs sur le ressenti du personnage, il m’a semblé que l’intrigue progressait de façon plus intense.

   L’un des points qui m’a questionné dans le déroulement de l’intrigue est la morale des personnages. Ainsi est-il parfaitement justifié de blesser des officiers de la police qui ne font que leur travail en cherchant à les arrêter (en vrai, ils auraient pu simplement les esquiver), mais pleurent-ils des centaines d’innocents affiliés à la Loge, morts par la main de l’Inquisition des centaines d’années en arrière. Autrement dit, seuls ceux qui combattent à leur côté méritent que l’on s’apitoie sur leur sort. Sachant que ces pauvres policiers ne connaissaient rien de la menace occulte et croyaient avoir face à eux des révolutionnaires qui leur tiraient dessus, j’ai été peu encline à les suivre sur le sujet. Bref, leur morale me semble plutôt arbitraire et se cacher derrière la foi n’y change pas grand chose. Mais je ne doute pas que cet aspect du récit parlera à d’autres lecteurs.

 

Conclusion

   Je n’ai pas été particulièrement emballée par le début de ce récit, la faute pour moi à une prose qui n’est pas adaptée à mes attentes personnelles et s’étend sur des détails qui allongent le début de l’intrigue par rapport au reste. Heureusement, la seconde partie du récit rattrape cet effet de style et permet de découvrir la noirceur des catacombes de Paris dans une ambiance de culte vaudou.

 

Qui veut faire un tour dans les lieux obscurs de Paris ?

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Un aperçu d’ailleurs sur

L’emprise du Lwa ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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2 réflexions sur “[Chronique Littéraire] L’emprise du Lwa, Patrice Mora

  1. Nathalie Reynaud dit :

    Merci Eleyna, hum hum, le culte vaudou et la zombification ? Je vais plutôt attendre l’édification de la Tour Eiffel et m’y réfugier en haut, catacombes ? très peu pour moi…

    Aimé par 1 personne

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