[Chronique Littéraire] Les larmes d’Ipacheta, Aurélie Genêt

   Que diriez-vous d’une nouvelle bulle [Chronique littéraire] pour vous faire découvrir une nouvelle histoire d’une autrice francophone ? C’est ce que je vous propose en partant à la découverte du récit Les larmes d’Ipacheta, d’Aurélie Genêt.

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Les larmes d’IpachetaCover-Ipacheta-Web.jpg
  • Auteur/Autrice : Aurélie Genêt
  • Illustrateur/Illustratrice : ?
  • Édition : Nats Editions
  • Collection : /
  • Genre : Conte, Merveilleux, Précolombie
  • Public : Adulte, Jeune Adulte
  • Cycle : One-Shot
  • Pages : 316
  • Parution : 28 août 2017
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Papier
  • Prix :  4,99 euros – 14 euros
  • ISBN978-3-95858-147-0
  • Lien : Nats Editions : Les larmes d’Ipacheta

Résumé :  Née sous une pluie sanglante, les larmes d’Ipacheta, la princesse Setun est vouée à une destinée hors du commun. Son père, le grand prêtre de la cité-pyramide Atasuyo, en est certain : son sacrifice mettra fin à la terrible malédiction qui s’abat sur le pays.

   Mais guidée par une irrésistible soif de liberté et la certitude que son destin doit s’accomplir autrement, Setun s’enfuit à travers la jungle en compagnie de son fidèle loup blanc, d’un mystérieux petit garçon muet et d’une tayra dotée de la parole.

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MON AVIS
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Couverture et Accroche

   Avant de donner mon avis sur le récit, je me dois de préciser que selon moi, la couverture peut induire en erreur. Sombre avec un totem inquiétant pleurant des larmes de sang, on peut penser qu’il s’agit d’un récit de fantasy pour adulte à tendance horrifique (d’ailleurs, il semble bien que le livre soit conseillé plutôt aux adultes). Or, certains codes utilisés me semblent plus parlant pour les jeunes que pour les adultes qui pourraient y voir, selon les rapports que chacun entretient avec l’esprit conte très présent, des caractéristiques un peu caricaturales. Si je pense qu’en salon, l’autrice prend soin d’expliquer son oeuvre, je trouve tout de même dommage qu’on puisse se faire une mauvaise idée sur le contenu à cause de la couverture. Bref, à mon avis, le texte s’adresse aussi bien aux jeunes qu’aux adultes.

   Le résumé en lui-même est intriguant, l’univers défendu suffisamment exotique au milieu de mes autres lectures pour m’intéresser. Après lecture, je confirme qu’il est bien fidèle aux premières pages du roman et invite bien à découvrir la suite.

 

Prose et Structure

   La plume de l’auteur est belle, bien qu’un peu trop sophistiquée à mon goût dans certaines phases de dialogue. Tous les personnages s’y expriment d’une façon civilisée et fort riche, quand ceux-ci impliquent autant des hommes de la ville, des hommes de basses conditions que des animaux ou d’autres créatures. Un aspect qui m’a semblé parfois un peu dommage, d’autant que chacun va entreprendre à un moment donné de faire la morale à un autre, si bien qu’on se retrouve avec un certain nombre de dialogues moralisateurs qui tiennent beaucoup de l’esprit conte, mais qui, pour moi, permettent trop facilement aux personnages de s’échanger ce rôle de sage à la bonne parole.

   Ceci étant dit, au-delà de cette appréciation personnelle qui ne m’empêche pas d’apprécié le reste de la prose, le texte demeure parfaitement structuré et enchaîne de nombreuses péripéties tout au long de plus d’une vingtaine de chapitres. Si on y suit le plus souvent l’héroïne et ses amis, des allers-retours auprès de son père ou de son ancien mentor permettent d’autant plus de dynamiser le récit, et c’est plutôt appréciable.

 

Personnages et Figurants

   Une multitude de personnages se croisent dans ce récit, aussi bien hommes, qu’animaux ou créatures fantastiques. Un aspect intéressant qui rejoint l’exposition habile de l’univers  précolombien, puisque nombres de ces intervenants sont des habitants de la jungle amazonienne. De quoi plaire aux plus jeunes, mais aussi aux plus âgés, en redécouvrant un bestiaire parfois insolite.

   Parmi tous ces personnages, nous retrouvons la princesse Setun, qui est aussi nommée Louve des pluies, en raison de sa naissance particulière sous les larmes d’Ipacheta, pluie sanglante qui tue tout animal ou homme. Ceci la destine bien évidemment à un sacrifice pour apaiser la colère de l’esprit, sacrifice auquel elle s’empressera d’échapper pour fuir dans la jungle. Doutant de son rôle de sauveuse, elle se voit pourtant vite contrainte de s’en montrer digne, et force est d’admettre qu’elle s’en sortira fort bien (parfois un peu trop). J’ai eu des réserves concernant ce personnage, qui manque selon moi de réelles faiblesses qui la rendraient plus attachante. Elle reste néanmoins fidèle à l’esprit conte du récit et une demoiselle aussi pleine de ressources plaira sûrement à bien des gens.

  Chuyo, est un loup blanc tacheté de la jungle, né le même jour et dans les mêmes circonstances que Setun. Ayant vu cela comme un signe, le père de Setun a accepté qu’elle le conserve auprès d’elle, ce qui en fera son seul et indéfectible ami. Bien qu’animal, Chuyo est doté d’une grande intelligence et d’une grande sensibilité, qui le voient aussi bien défendre que réconforter sa princesse jumelle de naissance. On en apprend davantage sur lui au fil de l’histoire, mais je ne saurais vous en dire plus sans trop spoiler. Sachez cependant qu’il appartient à une race de loup un peu particulière, possédant notamment des griffes rétractiles bien utiles pour l’escalade.

   Nos deux héros sont vite rejoins par deux nouveaux compagnons, Llata, la tarya, et son porteur, le petit garçon muet, Cuy. Si ce second s’apparentera surtout à une force tranquille mais mutique, la première elle, ne restera pas avare en paroles. Guide de la petite troupe à travers la jungle, elle semble être destinée au rôle de celle prodiguant sages paroles et autres précieux conseils (seulement, comme j’ai pu le dire, chacun rivalisera de sagesse, à un moment ou un autre). Elle est taquine, ce qui ajoute la touche d’humour indispensable au récit.

    L’histoire ne serait rien sans Uacacha, le père de Setun et Vapac d’Atasuyo, c’est à dire le représentant du Dieu Soleil. Respectueux de la tradition et décidé à sacrifier sa fille coûte que coûte, il est l’ombre menaçante au dessus de Setun, la facette de l’humanité qu’elle tente de fuir tout au long du récit, malgré de nombreux autres dangers issus de la jungle.

   Dernier personnage dont je parlerai, Pautaec, mentor de la princesse, est un personnage touchant dans son amour indicible pour cette enfant qu’il éleva comme la sienne. S’il fait preuve tout au long de l’histoire d’une chance assez exceptionnelle quand d’autres se retrouvent vite malmenés par la jungle, il n’en dégage pas moins un réel sentiment d’attachement, comme il demeure, finalement, le seul humain à rester dans le monde des hommes tout en ayant une conception bienveillante de ce qui se trouve au-delà des murs de la cité.

 

Univers et Peintures

   L’univers est le gros point fort du récit. L’intrigue se déroule en effet dans la cité-pyramide d’Atasuyo, une bonne façon d’avoir un petit aperçu de la vie quotidienne dans une cité précolombienne. On y retrouve ainsi le culte du Soleil, la vie au palais du représentant de cette divinité toute-puissante, ou encore les rues riches en foules et en couleurs. Mais au-delà de la cité, c’est bien la jungle, moite, étouffante, mortelle, que l’on découvre en même temps que Setun, jamais sortie de son palais. Et c’est là une agréable, quoique dangereuse excursion. Que l’on soit jeune ou moins jeune, on y retrouve ainsi une multitude de lieux allant des hauteurs de la canopée aux eaux boueuses des marécages, mais aussi de faune typique qu’on se plait à découvrir au fur et à mesure de l’avancée. On frissonne autant qu’on rêve, on explore et on apprend, toujours avec ce soupçon de poésie et de morale propre au conte. Peut-être un peu enfantin pour certains, mais quel plaisir de se laisser porter par une influence si différente de notre chère Europe !

   De ceci découle l’aspect fantastique du récit, hérité des mythes et légendes du peuple de Setun. Ces légendes ont d’ailleurs une telle place qu’elles sont contées à plusieurs reprises au cours du récit avant de prendre vie dans la jungle. Ainsi, apprend-on à découvrir nymphe et esprit, à se saisir de la notion de divinité, ou encore à comprendre comme la Terre à façonner le monde. Le récit est véritablement généreux à ce propos et je ne me suis personnellement pas lassée d’en découvrir un peu plus à chaque chapitre, tout en me disant que je n’avais certainement fait qu’effleurer sa surface.

 

Intrigues et Rouages

   La quête de Setun et ses amis, une fois la cité-pyramide quittée, est une route semée d’embûches pour rejoindre, ils l’espèrent, l’esprit responsable des pluies sanglantes. Elle est en ainsi rythmée d’aventures diverses et variées qui entravent la progression de la princesse autant que la pousse à s’assumer en tant qu’élue en mesure de parler aussi bien au cœur des hommes qu’à celui des animaux ou des esprits. J’ai apprécié les changements de décors, autant que les diverses rencontres. J’ai trouvé néanmoins un peu dommage la capacité de Setun à surmonter les épreuves sans qu’on s’en inquiète vraiment, ce qui atténuait quelque peu la tension du récit.

 

Conclusion et Avis Général

   Bien que la couverture puisse être légèrement trompeuse et ne prépare pas totalement à cette plongée dans un univers aux codes empruntant aux contes, l’histoire évolue dans un environnement exotique et complexe, servie par une intrigue rythmée qui donne la part belle aux animaux et aux esprits de légende. Un conte oui, mais qui conserve la dureté de la nature humaine, la beauté de la vie sauvage, le mystère de l’inconnu. Une histoire qui marque par sa richesse et donne envie d’en apprendre davantage sur la civilisation précolombienne.

 

Alors lequel d’entre vous est tenté de partir dans la jungle pour retrouver Ipacheta ?  🙂

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Un aperçu d’ailleurs sur

Les larmes d’Ipacheta ?

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N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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7 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Les larmes d’Ipacheta, Aurélie Genêt

  1. Antios dit :

    Je ne l’ai pas encore lu pour ma part, mais j’apprécie bien la plume d’Aurélie habituellement, et l’aspect assez poétique de ses récits, surtout dans « Au rythme du vent ».

    Il faudrait que je lise d’autres nouvelles, voire ce livre-ci !

    Aimé par 1 personne

    • bulledeleyna dit :

      J’avais bien aimé La Déesse des sables, un peu moins Le Trône d’Aldésie.

      En tout cas, rien que pour l’ambiance précolombienne, je pense que ça peut être pas mal de s’y plonger. Donc, autant te laisser tenter. 🙂

      J'aime

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