[Clichés litté] La Fantasy

   Voyons, il n’est pas dit que je laisserai certains articles sombrer trop longtemps dans les bas fonds poussiéreux de ces lieux virtuels. Aujourd’hui, il est temps de poursuivre notre étude des clichés des genres littéraires selon l’imaginaire collectif. Après la Science-fiction (voir [Clichés litté] La Science-Fiction), c’est au tour de la fantasy.

 

La fantasy se passe toujours dans un monde médiéval

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   Et bien non. Certes, beaucoup d’œuvres connues prennent pour cadre de référence le Moyen-Âge et plus précisément le Moyen-Âge d’Europe occidentale. Ce serait oublier que d’une, la fantasy ne se résume pas qu’à la high ou l’heroic fantasy, de deux, la généralité s’impose dans l’esprit de l’être humain dès lors que ressortent quelques succès du genre (je ne parle pas du tout du Seigneur des Anneaux ^^), de trois, la littérature évolue plus vite que les mentalités (oui, le Seigneur des Anneaux, a peut-être été remis au goût du jour, il date quand même un peu).

   A l’origine de la vague de succès rencontrée par la high et l’heroic fantasy, deux œuvres majeures, le Seigneur des Anneaux et Conan le barbare. Deux univers d’inspiration médiévale certaine dont le succès fulgurant inspirèrent par la suite nombre d’auteurs à se lancer sur leurs traces pour en grappiller les restes de gloire. En effet, les œuvres du genre se sont multipliées, reprenant pour beaucoup l’époque moyenâgeuse et ses clichés en armure. Mais n’est-ce pas le cas dans tous les genres littéraires ? Le succès d’un thriller ésotérique ne voit-il pas l’année suivante débarquer ses semblables ? Qu’une star fasse son autobiographie d’une certaine façon, les autres ne s’empressent-elles pas de faire de même ? Surfer sur une vague de succès n’est pas spécifique à la fantasy, loin de là.

   Revenons à la perception restrictive de la notion de fantasy. La fantasy est certainement dans les genres de l’imaginaire, celui le plus large en terme de possibilités. Pourtant, il est aussi dans l’esprit des gens, celui le plus codifiés. Or, il ne faut pas oublié que dans la fantasy, se retrouve tout aussi bien les elfes de Tolkien, que les sorciers d’Harry Potter, les vampires de Twilight, les ambiances steampunk, les voyages stellaire de la space fantasy, l’humour de Pratchett, la jeunesse d’Ewilan, la noirceur de la Tour Sombre, les références aussi bien aux mythologies européennes qu’asiatiques ou africaines, les histoires durant la Rome antique aussi bien que dans un ailleurs futuriste, les multiples mondes de Philip Pullman, la romance de Ténébreuse, le cycle de Dune, la chasse aux démons dans les rues new-yorkaises, les dragons de Daenerys, la foi de Narnia… Il est possible de poursuivre cette liste des pages durant, tant la fantasy regorge d’univers différents. Et c’est cela, plus que jamais, que le profane doit comprendre. La fantasy, ce n’est pas juste un ersatz du Seigneur des Anneaux. En vérité, la fantasy fait partie de votre quotidien, car vous en verrez forcément sur un écran, sur une affiche ou dans une publicité.

 

La fantasy, c’est pour les ados

Avatar, Clients, Clientèle, Icônes

   Si une personne profane ne se restreint pas toujours à imaginer qu’il s’agit d’univers d’inspiration moyenâgeuse, elle pense souvent à tort que la fantasy se résume à l’imaginaire de la jeunesse. Comment expliquer autrement qu’il y soit fait mention de dragons, de chevaliers et de princesses ? C’est un point de vue très réducteur qui tend à infantiliser le lectorat du genre (au contraire de la SF, que l’on considérera bien plus mature).

   Plus que tout autre genre littéraire, il est vrai que la fantasy possède une large gamme d’ouvrages pour la jeunesse. Elle parle de sujets sérieux à l’aide de métaphores et autres allégories, facilite la transmission de savoir par un propos imagé, tout en satisfaisant l’esprit qui a besoin d’évasion. Mais ce besoin d’évasion existe tout autant chez l’adulte et ce n’est pas un mal. D’autant que cela ne date pas de notre génération. De tout temps, il y a eu des individus pour inventer des histoires, créer des légendes, raconter la geste de preux chevaliers ou magnifier les croyances contemporaines. Pourquoi de nos jours, l’adulte n’aurait-il plus le droit d’apprécier cela ? Pourquoi se retrouve-t-il aussitôt catalogué sous prétexte qu’il se permet de quitter, durant quelques minutes, quelques heures, son quotidien pour un univers qui n’existe pas ? En quoi est-ce mal de vouloir lire des histoires héroïques, tragiques ou fantaisistes lorsqu’on atteint l’âge de la raison ? Où y voyez-vous une contradiction ?

   De plus, il ne faudrait pas s’arrêter sur l’idée que la fantasy parle seulement d’apprentissage de la vie et d’affirmation de soi, quête typique de l’enfant rejoignant le monde adulte. Tout comme on y trouve une large diversité d’univers, il existe en fantasy une large diversité de ton et de propos. Un lecteur qui se satisfait d’un peu de fantaisie pourra y trouver de quoi satisfaire son appétit littéraire. Besoin de simple évasion ? Il y en a. Besoin de réfléchir au sens de l’humanité ? Cela se trouve. Envie de rire ? C’est tout à fait faisable. Une préférence pour un contexte assez réaliste ? La fantasy historique. Pas d’ange, mais des sorcières ? Pas de dragons, mais de la science magique ? Pas de ville, mais des décors à couper le souffle ? Sombre, triste, sérieux ? Joyeux, amusant, enfantin ? Quête, prophétie, mentor ? Anti-héros, destruction du monde, extinction ? Foi, science, morale ? Ecologie, économie, politique ? Amour, trahison ? Mensonge, Révélation ? Il y a de tout, on vous dit !

 

La fantasy raconte la lutte du bien et du mal

Yin Et Yang, Le Feu, L'Eau, Main

   C’est bien connu, la fantasy ne véhicule aucune morale, si ce n’est que le bien c’est bien et que le mal c’est mal. Et bien entendu, le mal doit être vaincu par le bien. Bref, dans l’imaginaire collectif, la fantasy est un univers totalement manichéen, peuplé de créatures foncièrement bonnes et de monstres très très méchants, avec éventuellement l’espèce humaine capable de faire l’aller-retour entre les deux camps. En tous les cas, le héros est doté de toutes les vertus, et son adversaire est vraiment la pire des enflures. Noir ou blanc, faites votre choix.

   Encore une fois, ceci résulte des croyances premières héritées des débuts de la fantasy (quoi que quand on y pense, nombreux sont les personnages du SdA à naviguer en eaux troubles), ainsi et surtout de leurs modèles d’inspiration, les mythes, légendes et autres ballades célébrant la bravoure et l’honneur du héros contre un mal personnifié. Encore une fois, cela fait bien longtemps que les auteurs ont dépassé ce stade et ont compris qu’il ne suffisait pas de jouer aux dames pour satisfaire le lecteur. Les récits du genre sont souvent plus complexes que ne les présentent leurs clichés, et Martin n’est pas le seul à s’amuser avec les personnages hauts en couleur de son Trône de Fer. La complexité humaine est autant exploitée en fantasy que dans tout autre genre, et encore y existe-t-il, par son essence même du possible, l’opportunité d’en dévoiler des facettes inconnues.

   Ainsi, les œuvres dotées de héros à la moralité douteuse se multiplient, quand ce n’est pas carrément l’absence d’antagoniste notable qui démontre à quel point l’obstacle d’un individu peut être en lui-même. La multiplication des points de vue au sein de l’oeuvre permet aussi de démontrer qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais, quand certaines histoires se passent carrément de cette notion de lutte (mais pas de conflit, un conflit est essentiel à toute histoire) pour explorer de nouveaux horizons. Bref, pas plus qu’ailleurs, il n’y a de manichéisme ambiant, il suffit juste d’aller voir un peu plus loin que le bout de son nez. 😉

 

La fantasy est un ramassis de clichés

Dragon, Monstre, Créature, Bête, Reptile

   Bon certes, mais même avec tout ça, la fantasy reste bourrée de clichés, non ? Mais oui, certainement ! Le cliché du cliché, avouez que c’est quand même drôle. Par cette phrase, on reconnait que la fantasy est un genre littéraire qui se caractérise uniquement par ses codes. Comme si les autres genres n’en possédaient pas.

   On a déjà mentionné la lutte manichéenne entre une entité maléfique et un gentil héros parangon de vertus. Mais il s’agit d’un cliché parmi tant d’autres qui font la réputation du genre, et que les lecteurs de fantasy eux-mêmes ne peuvent s’empêcher de lister. Nous retrouvons entre autre, le héros orphelin, le gentil elfe, le méchant démon, la jeune fille mal dans sa peau qui tombe sur une créature surnaturelle, l’apprentissage en école hors norme, la demoiselle habilitée à chasser des vampires, le méchant vivant dans sa tour sombre, le mentor qui ne dit jamais ce qu’il sait, j’en passe et des meilleurs.

   Certes, tout cela existe. Certes, ce sont des stéréotypes du genre qui peuvent être pris pour des clichés. Mais regardons un peu les autres genres littéraires. Ne possèdent-ils pas eux aussi leurs propres stéréotypes ? Les policiers et détectives ne sont-ils pas souvent veufs ou divorcés, portés sur la bouteille, légèrement irascibles, mais avec un don pour conclure les enquêtes ? La jeune femme malheureuse en amour ne tombe-t-elle pas souvent sur son prince charmant dans une situation que si toi-même tu expérimentes, il est probable qu’on te prenne pour une folle ? Les aventures de lycéens ne passent-elles pas immanquablement par une beuverie ? Les récits d’horreur n’impliquent-ils pas en grande majorité des scènes de nuit dans un lieu isolé ?

    Une bonne fois, cessons de penser qu’un genre littéraire est plus stéréotypé qu’un autre. Ils ont tous leurs codes, ils arrivent tous à saturation lorsque les auteurs surfent sur la vague, la fantasy pas plus qu’un autre. Vous pouvez ne pas appréciés les récits imaginaires, mais vous ne pouvez pas dire qu’ils sont tous identiques (ou alors, vous acceptez qu’on en fasse de même pour la romance, le polar, la biographie, le récit de guerre…).

 

   Quoi qu’il en soit, j’espère désormais que vous prenez conscience que la fantasy est vaste, qu’elle est pour tout le monde, qu’elle parle de tous les sujets, et qu’elle en parle de façons diverses et variées. Vous aimez, vous n’aimez pas, chacun ses goûts, mais vous n’avez plus le droit désormais de dire des bêtises à son sujet. Vous êtes prévenus. 😉

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Une réflexion sur “[Clichés litté] La Fantasy

  1. symphoniedescieux dit :

    Je ne vais pas épiloguer parce que je te rejoins à 100%. Je dirai juste que la Fantasy souffre d’un problème de visibilité auprès du grand public, qui ignore à quoi ça correspond en réalité. Combien de gens disent « J’ai adoré Harry Potter/Twilight/Star Wars/Le trône de Fer etc, mais je n’aime pas la fantasy ? ». J’adore les films du Seigneur des anneaux, mais j’ai l’impression que pour le grand public, c »est devenu LA définition de la fantasy. Or, on peut ne pas aimer la High, mais apprécier l’Urban, la Dark, la Space Fantasy etc…

    Et je regrette un peu que beaucoup d’auteurs ne soient pas plus aventureux… On voit beaucoup de récits inspirés du médiéval européen, des légendes et mythologies européennes, mais les autres cultures sont tellement riches ! Que ce soit les cultures précolombiennes, les cultures asiatiques, africaines, océaniques… Et là, je parle des continents ! mais quand on pense que ces mythes ou ces cultures changent selon le pays ou l’époque… Quelle profusion d’idées à explorer !

    Aimé par 3 personnes

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