[Réagir] Quand on vogue à contre-courant des vagues littéraires

   Aujourd’hui, je voulais vous souffler une petite bulle d’humeur, tout en douceur et en questionnement personnel.

   Cette question, je me la pose régulièrement lorsque je regarde ce qui se vend en rayon ou sur la toile. Comment trouver sa place d’auteur et de lecteur quand rien de ce qui est encensé ne nous correspond totalement ? Quand l’uniformisation du choix nous place face au désarroi et au constat que cela fait bien longtemps qu’on n’a pas eu de véritable coup de cœur ? Quand on se demande où est passé notre idéal ?

  Je ne suis pas une lectrice difficile, je lis aussi bien de la SF que des polars ésotériques, de la low fantasy ou du steampunk. Je lis des romans courts, des sagas, des nouvelles. Je lis simple, je lis difficile, je lis les étoiles et la terre, la vie et la mort, le mystère et le choix. Je lis triste, je lis joyeux, je lis clichés et originalités, je lis enfants et vieillards, mythe et réalité, passé et lendemain. Il n’y a bien que la romance pure (où l’unique but sera de parler du héros et de ses dilemmes amoureux) qui ne me convient pas vraiment. Je suis capable de lire tout ce qui habite le monde de l’imaginaire. Mais je me lasse vite. J’ai besoin de renouveler mes expériences tout en ayant la possibilité de revenir vers des univers, des tendances, des codes déjà explorés. J’aime ma liberté. Je n’arrive pas à suivre les vagues. Je ne sais pas me laisser porter.

   Or, les vagues sont ce qui forme le marché littéraire, culturel même. Elles sont l’exemple même de la démesure de l’humanité, capable de tout renier pour une seule et même passion… jusqu’à s’en lasser et se laisser submerger par une autre. Et de tels excès permettent rarement aux plus pondérés, aux plus insolites, aux plus solitaires de subsister. Ma bulle se veut diversité, mais elle est balayée par la vague de chaque nouveau succès. Que ce soit le vampire ou le loup, la dark fantasy ou le steampunk, la conquête spatiale ou le post-apocalypse, il suffit d’un engouement général pour façonner les rayons des libraires et faire disparaître les perles improbables et les joyaux biscornus. Battu par les flots d’une unique tendance, ce qui n’aura eu le temps de faire ses preuves, de briller de mille feu, de se parer du plus beau des éclats, finira par rouler au fond des abysses dans des profondeurs obscures et oubliées. Et celui qui l’a toujours désiré ne saura désormais plus où le trouver.

   En tant que lectrice, je me vois parfois contrainte de suivre la vague, même si je bataille ferme pour demeurer auprès de mon idéal de lecture, dans cette bulle d’oxygène où tout le monde, où chaque genre, où chaque univers à sa place. Où je peux choisir ce que je veux quand je veux, sans craindre de demeurer hermétique à un genre parce que le marché aura réussi à saturer définitivement mon esprit. Les vagues ont un effet repoussoir sur moi. Je me détourne des succès, je cesse de contempler l’écume pour m’accrocher au fond sableux, je cherche mes semblables, ces gens qui auraient eu l’audace de ne pas se laisser emporter. Qui n’ont que leur cœur à offrir, peu importe si les flots passent sur eux sans les porter aux nues. Des auteurs qui cheminent à contre-courant, non par volonté de contestation, mais parce qu’ils ont leur propre voie et que les rumeurs du marché ne les intéressent pas. Je ne déteste pas ceux qui voguent sur les flots nouveaux, je sais comme ils ont attendu leur moment. Je sais qu’ils rejoindront les autres dans les profondeurs insondables, lorsque leur vague sera passée, qu’elle aura été ardemment haï pour ses clichés. Je les plains, comme chacun, de ne pas avoir leur place sur la durée. Seuls ceux qui s’adaptent survivent, mais à quel prix ?

   En tant qu’autrice, je ne perçois qu’inquiétude et tristesse à l’idée de ne jamais être comprise. A demeurer dans l’obscurité, non parce que personne ne s’intéresse à mon univers, mais parce que le marché aura fait s’échouer tant de vagues sur lui, qu’il aura fini par sombrer sans avoir eu le temps d’être exploré. Je contemple au loin ceux qui façonnent les vagues. Certains se prétendent défenseurs de la diversité de l’imaginaire et pourtant ne font que rejoindre les autres dans les bouillonnements hystériques. Qu’ils perçoivent la tendance et ils s’y jettent à cœur perdu, espérant prendre part à la déferlante, à donner leur nom à un nouveau phénomène, qu’on les reconnaisse enfin créateurs et non suiveurs de vagues. Faut-il leur donner raison ou tort, quand ils se doivent de subsister ? D’autres sont affirmés, ils ont leurs goûts et n’en changeront pas. Mais de leur langage particulier naît cette même impression de courant dissonant. Il faut être né dans leurs flots pour en comprendre les mots, ou bien accepter de s’adapter et laisser sa bulle de côté. Car ce n’est pas à eux de t’accepter, c’est à toi, auteur, de transmuter ta gemme pour qu’elle ressemble à leurs propres trésors. Là encore, tout n’est qu’humanité.

   L’on me dit souvent que c’est ainsi, que la nature est faite pour être balayée si elle ne sait pas s’adapter. Que je serais la première à voguer joyeusement si une vague venait à rejoindre mon idéal. Peut-être, sûrement. Mais oublierais-je pour autant les joyaux au fond de l’océan ?

A ceux qui conservent leur idéal, quelle que soit la tempête. 🙂

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8 réflexions sur “[Réagir] Quand on vogue à contre-courant des vagues littéraires

  1. Lionne dit :

    J’aime l’eau Eleyna, mais j’ai toujours redouté de m’éloigner du bord au risque de m’y noyer.
    Je m’amuse souvent à affirmer qu’en cas de guerre, je serais la première à périr, en brandissant un drapeau blanc, seule, en plein milieu de la ligne de front. Quelle cible de choix pour la marée de flèches de ces ‘’braves’’ archets !
    S’il te faut nager à contre-courant, alors, ce ne sera pas un exercice solitaire, je pataugerais juste derrière toi. S’il faut mourir et rejoindre les bas-fonds, ce sera avec l’assurance de s’être resté fidèle. Le chemin le plus long est toujours celui qui renferme des trésors d’apprentissages et qu’importe s’il est douloureux. 😉

    LionneBlanche…

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  2. symphoniedescieux dit :

    Comme tu le sais, je ne peux que te rejoindre… et déplorer aussi cette tendance, même si nous n’y pouvons pas grand chose, en effet.
    En tant que lectrice, je crois que c’est pour ça que je m’intéresse de plus en plus aux indépendants. Il y a des auteurs que j’aime beaucoup et dont j’attends avec impatience la prochaine sortie, mais j’ai du mal à retrouver le même engouement quand il s’agit d’auteur.ices contemporain.es. L’avantage des indépendants, c’est qu’ils ne sont pas obligés de suivre les lignes éditoriales pour publier leurs œuvres. (et ça vaut aussi pour les films, je pense).

    En tant qu’autrice, je sais que mes romans ne correspondent pas à ce que les éditeurs attendent. Trop gros, trop complexes, trop de personnages… Eh bien, tant pis. Je préfère respecter mon histoire plutôt que publier un best-seller.

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    • bulledeleyna dit :

      Le pire, c’est que je comprends tout cela, cet engouement, ces vagues successives. Je comprends et je suis contente que ceux qui s’y retrouvent puissent jouir de ce succès soudain, tant pour la lecture que la publication. Mais quand on n’est pas emporté par la vague ? Que reste-t-il à ceux qui n’y sont pas totalement sensibles ? A ceux qui, comme moi, aiment, mais point trop n’en faut ? Où se trouve la possibilité d’évasion si l’on se retrouver enfermé dans la demande actuelle ? Les petits éditeurs et les auteurs indés, tu as bien raison. Il s’y trouve bien assez de joyaux pour plaire à tout le monde. Il faut juste prendre le temps de chercher, de fouiller jusqu’au plus profond des abysses. Et de leur donner un peu de lumière. 🙂

      Tes romans auront leur place ici, quoi qu’il arrive. 😉

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  3. Olivia Billington dit :

    C’est difficile, quand nos romans ne rentrent pas dans les cases. Les miens sont souvent un mélange des genres, et, du coup « pas assez » pour appartenir à un bien défini. Heureusement, il y a des lectrices et lecteurs qui apprécient, mais ça ne semble pas être la majorité…

    Aimé par 2 personnes

    • Eleyna dit :

      Je ne sais pas si ce sont les lecteurs qui apprécient peu les mélanges de genre, ou si c’est la volonté du monde littéraire a classifié parfois assez mal les ouvrages qui accentue certains préjugés. Mais c’est dommage que tant de monde se détourne de certains ouvrages par manque de curiosité.
      On dépend beaucoup du modèle économique, malheureusement et ce qui ne fait pas partie de la vague est rarement un perle à exploiter pour les maisons d’édition.

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      • Olivia Billington dit :

        Eh bien, pour l’un de mes romans, les lectrices ont été déroutées parce que je cassais les codes de la romance (ce n’est pas un genre que j’affectionne, je n’en lis pas, et j’avais écrit ce roman en réaction à une période très sombre de ma vie privée).

        Tout à fait, et c’est dommage.

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