[Chronique Littéraire] Heaven Forest – T1 : Darkwood, Andréa Deslacs

   Comme j’ai pu l’exprimer dans la précédente chronique littéraire, j’ai décidé de donner désormais principalement mon avis sur mes lectures d’auteurs francophones ou étrangers « peu connus » (qui n’ont pas la chance de bénéficier des couvertures médiatiques des grandes maisons d’édition). Parce qu’il n’y a qu’en parlant de ces auteurs qu’ils auront la chance de trouver le public qu’ils méritent (que l’ouvrage m’ait plu ou non, je ferai en sorte de détailler des aspects qui puissent plaire à d’autres).

  Pour cette bulle, j’ai donc jeté mon dévolu sur le premier tome du cycle Heaven Forest d’Andréa Deslacs.

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FICHE TECHNIQUE

 

  • Titre : Heaven Forest – Tome 1 : DarkwoodDarkwood-T1-Lisbeth600.jpg
  • Auteur/Autrice : Andréa Deslacs
  • Illustrateur/Illustratrice : Marie Charlotte Granié
  • Édition : Hydralune (collectif)
  • Collection : Heaven Forest
  • Genre : Fantasy, Gaslamp fantasy, Steampunk
  • Public : Adulte
  • Cycle : Trilogie (1/3)
  • Pages : 244
  • Parution : 26 septembre 2016
  • Langue : Français
  • Format : Numérique – Papier
  • Prix :  2,99 euros – 14 euros
  • ISBN : 979-10-96618-00-2
  • Lien : Hydralune : Heaven Forest

 

Résumé : Dans une Double Breytain en plein bouleversement industriel, l’effervescence règne autour du manaschiste, combustible fossile dont l’utilisation révolutionne le monde en cette fin de XIXe siècle. Au cœur du duché de Heaven Forest, peu importent les mutations sur la population qu’engendre son exploitation. Les autorités ont d’autres priorités, telle la sécurité des cargos du port où la mafia sévit.

   Ainsi, quand le cadavre mutilé d’un inconnu est retrouvé à distance, on confie l’affaire – certes singulière, mais de peu d’importance – à l’inspecteur détective Rhys Overlake, arrivé le jour même en ville. Et si cette enquête s’avérait bien plus complexe qu’un malheureux fait divers sordide ?

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MON AVIS

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Couverture et Accroche

   Pour être honnête, je n’ai pas ce visuel-ci sur ma liseuse et j’avoue que l’autre a un aspect plus onirique et mystérieux. Sur celle-ci, on retrouve le personnage de Lisbeth, dans une tenue typique de l’époque victorienne. Les caractéristiques du personnage sont bien rendues, mais malgré tout, ma préférence va au visuel de ma liseuse. 😉

   Le résumé est intriguant et m’a interpellé pour son côté enquête dans une ville un peu mystérieuse. Il tient ses promesses en correspondant parfaitement au début du récit.

 

Prose et Structure

   La plume de l’autrice est fluide, la prose adaptée à l’univers, on se laisse facilement porter et à aucun moment, je ne me suis retrouvée à buter sur un terme ou une phrase. Je crains ne pouvoir en dire beaucoup plus, mais le fait de voir au-delà des mots pour se concentrer sur l’histoire est, pour moi, un excellent point.

   Concernant la structure globale du récit, ce premier tome est découpé en 9 chapitres, chacun se basant sur un point de vue principal distinct (l’enquêteur, la veuve, le sergent…). Je n’ai pour ma part aucune problème avec la multiplication des points de vue et des personnages principaux, d’autant plus qu’ici, ceux-ci permettent d’avoir une vue d’ensemble de l’univers dans lequel l’intrigue évolue. Car c’est un peu le but de ce premier tome, une exposition du monde et des personnages, ce qui nous permettra, par la suite, d’entrer dans le vif du sujet.

   Si la démarche est bienvenue, j’ai cependant éprouvé quelques petites longueurs dans deux ou trois passages, ce qui m’a un peu surprise, moi qui suis habituellement grande adepte des passages explicatifs et descriptifs. Je crois que cela résulte d’une certaine préoccupation qui s’est éveillée lorsque j’ai compris que le livre n’était que le préambule du cycle entier. J’avoue que j’aurais préféré qu’un axe, une intrigue, soit bouclé pour donner une plus grande unité à ce premier tome. Ou bien qu’il soit rattaché au second, peut-être (mais je m’avance, je n’ai pas encore lu le tome 2). Du moins, que certaines questions trouvent des réponses, même provisoires, histoire de calmer un peu mon esprit qui enchaîne les interrogations (j’ai un cerveau qui carbure beaucoup durant mes lectures, c’est peut-être aussi le problème ^^).

   En l’état, le récit pousse le lecteur en quête de la suite, démarche qui se justifie, comme au sein de nombreux cycles. Démarche d’autant plus réussie que la fin du tome relance l’intérêt en accélérant la cadence (au sens propre comme au figuré ^^). On sent que l’autrice nous réserve bien des surprises et nous convie à découvrir les mystères de Darkwood. 😉

 

Personnages et Figurants

   Il s’agit du point le plus développé dans ce premier tome et donc, de l’aspect le plus appréciable pour ma part, avec l’univers. Comme précisé dans la partie précédente, la multiplication des points de vue permet de mieux comprendre certains personnages, d’en apprendre davantage sur leur passé et surtout, de distiller des détails qui, je pense, auront une importance par la suite.

   Le premier d’entre eux, Rhys Overlake, est un inspecteur étranger à la région, éduqué dans une foi différente et un environnement plus campagnard. La découverte de Heaven Forest et de ses coutumes par ses yeux nous permet d’apprendre progressivement les subtilités de langage, la religion en place ou encore de découvrir les différentes familles influentes des environs. Un personnage agréable à suivre, plein de bon sens, attentif aux détails, doté de certaines capacités bien utiles à son métier. J’ai un seul petit bémol le concernant, mais cela résulte d’un agacement purement subjectif, je n’en parlerai donc pas ici (d’autant que c’est aussi à vous de faire sa connaissance ^^).

   Les compagnons et collègues de Rhys, le sergent Airon Offlight et le chef de brigade Salomon Dopple, sont les deux personnages qui complètent le trio en charge de l’enquête. Le premier est un jeune homme croyant, porté sur les femmes et avec une langue bien acérée. Le second est plutôt une force de la nature au caractère bienveillant qui se fera un plaisir d’aider son nouveau chef à s’adapter à la ville. La facilité avec laquelle ils acceptent Rhys en tant que supérieur est contrebalancée par un environnement au sein du poste de police plus suspicieux, l’inspecteur demeurant après tout un étranger pour la communauté.

   Autre personnage important, Lisbeth Other, l’épouse de l’homme que l’on a retrouvé assassiné. Elle se montre forte et influente, en mesure de gérer seule les événements qui lui tombent dessus. Elle a du caractère, ne se laisse pas facilement impressionnée et son point de vue nous apprend beaucoup de choses sur l’envers du décors, le côté plus obscur de la ville, les secrets étranges qui patinent le récit de son ambiance fantastique. C’est par elle que viennent les plus grandes révélations à ce propos, et même si elle n’est pas un personnage que j’apprécie vraiment, elle apporte beaucoup à l’évolution du récit (après tout, il n’y a pas besoin d’aimer les gens pour reconnaître leurs qualités 😉 ).

   D’autres personnages viennent s’ajouter à ces protagonistes, notamment l’environnement familial de Lisbeth, ou encore du sergent Offlight. Personnages qui ont leur importance puisqu’ils participent à comprendre les rouages qui font tourner la cité. Ils permettent d’entrevoir plus en détail les aspects politiques et religieux et j’avoue espérer revoir la famille d’Airon qui m’a bien intriguée.

    Je finis cette partie avec des personnages secondaires mais ô combien essentiels à mes yeux, les mutants. Des gens nés difformes à cause de l’exploitation du manaschiste, dotés de caractéristiques d’une très grande diversité, sur lesquels on pose un regard indifférent, faute de mieux. Ils sont présents, partout, et s’ils ne sont pas les personnages principaux du récit, ils ont le mérite de nous faire nous interroger sur ce qu’est l’humanité.

 

Univers et Peintures

    L’univers s’inspire fortement de l’Angleterre victorienne, on y retrouve notamment certains codes vestimentaires, culturels et sociétaux. Mais il se pare, au-delà de cette époque de référence, d’une évidente richesse propre à l’autrice, que ce soit dans la volonté d’explorer un genre peu connu en France, la gaslamp fantasy (gros point fort selon moi, tant il est rare d’en lire de nos jours), que dans la peinture délicate, sombre et mystérieuse d’une société aux mœurs intrigantes.

   La religion y a ainsi un rôle essentiel, et excite d’autant plus la curiosité que le récit met en avant deux courants distincts de croyances impliquant une même base. Ainsi existe-t-il la religion propre au royaume, pratiquée par l’Impératrice elle-même et dans laquelle Rhys a été élevé. La seconde, elle, est propre à Heaven Forest et influence la vie quotidienne de la population. Je pense que cet aspect sera davantage exploité par la suite, d’autant qu’il ne semble pas si éloigné des événements plus fantastiques.

   L’autre point d’intérêt du récit est l’aspect politique. Il se joue autant sur la présentation des grandes familles du duché que sur l’exploitation du manaschiste et la considération des troubles qu’elle engendre. Reflet de nos propres interrogations sur l’exploitation à outrance et peu scrupuleuse de certaines matières premières, je pense, là encore, que nous n’avons fait qu’effleurer la surface de ce questionnement complexe.

   Dernier point que je ne détaillerai pas, l’aspect fantastique. Présent en fond tout le long du récit, se mêlant avec ingéniosité aux passages plus angoissants, il se renforce au fil des pages et invite bien évidemment à en apprendre davantage par la suite. 😉

 

Intrigues et Rouages

   L’intrigue prend l’aspect d’une enquête policière suite à la découverte d’un cadavre mutilé dans le secteur attribué à l’inspecteur Overlake. On y retrouve des ressorts coutumiers, analyses d’indices, interrogatoires de l’entourage, perquisitions… Je n’ai personnellement pas été déçue de ce côté là, même si le développement, dont j’ai pu parler plus haut, accorde plus de temps aux personnages qu’à l’enquête elle-même. C’est par ailleurs la lente évolution de cet axe qui m’a mis la puce à l’oreille concernant la fin de ce premier tome.

   En conséquence, je classerais dans cette partie intrigue, la découverte des personnages et de l’univers, puisque cela semble être le but de ce tome (du moins l’ai-je perçu de la sorte). La façon dont on apprend à connaître les différents protagonistes diffère d’un individu à l’autre (certains sont plus ancrés dans le passé, d’autres concentrés sur l’enquête, d’autres intéressés par les joutes verbales ou encore les secrets…), ce qui est pour moi un excellent point, car ce changement de rythme et d’intérêt permet de ne pas lasser le lecteur sur un aspect plus explicatif du récit.

 

Conclusion et Avis Général

   Ceux qui aiment les récits rythmés avec une intrigue principale bouclée à chaque fin de tome seront peut-être un peu déroutés. Il n’en ressort pas moins, à l’issu de cette lecture, un sentiment d’affection pour l’univers et les personnages, l’autrice ayant pris grand soin à nous les présenter et à nous les faire apprécier. Ainsi, même si les interrogations demeurent nombreuses, je suis certaine que l’invitation à Heaven Forest donne les clefs d’une aventure passionnante dans un univers riche et original. En route pour le tome 2 ! 🙂

 

Et vous, quand prenez-vous le train chez Hydralune pour rejoindre Darkwood ? 😉

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Un aperçu d’ailleurs sur

Heaven Forest – T1 : Darkwood ?

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Avis de L’imaginaerum de Symphonie

N’hésitez pas à faire un tour sur les autres blogs de critiques littéraires pour vous faire un meilleur avis sur le sujet. 😉

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13 réflexions sur “[Chronique Littéraire] Heaven Forest – T1 : Darkwood, Andréa Deslacs

  1. symphoniedescieux dit :

    Très bonne idée de privilégier les auteur.ices qui ne bénéficient pas d’une couverture médiatique, il s’y cache parfois des livres très sympa.

    Sinon, ton article me rappelle que ça fait un moment que j’ai lu la trilogie, et je n’ai toujours pas pris le temps de donner mon avis sur le blog. (oups). Beaucoup aimé cette trilogie, mais le premier tome tranche pas mal avec les deux autres. C’est presque un prélude à la suite (du coup, j’aurais bien vu un rattachement du premier tome avec le deuxième, un peu comme une première partie).

    Aimé par 1 personne

    • bulledeleyna dit :

      Mais oui, c’est fatiguant de lutter pour pouvoir découvrir d’autres œuvres que celles qui inondent déjà le marché de l’imaginaire (Plus ça va, moins j’ai envie de lire d’auteurs célèbres). Je pensais qu’en me faisant offrir une liseuse pour Noël, j’aurais plus de facilité à diversifier ma PAL, pas du tout ! Et internet n’aide pas vraiment non plus, puisque les algorithmes privilégient systématiquement les plus vus/lus/commentés. Or, il y a de vrais bons bouquins chez les petits éditeurs ou en autoédition, mais ils sont noyés dans la masse, voire se perdent eux-mêmes en se faisant de la mauvaise publicité (genre le résumé qui commence par « Entre Harry Potter en Hunger Games » ou « Déjà lu par plus de 1000 personnes sur Wattpad ». Si le livre ne se suffit pas à lui-même, j’ai un gros doute sur sa qualité). Après, j’avoue ne pas savoir comment faire une bonne publicité, mais je constate que quand je suis perdue dans mes recherches, ça joue pas mal sur mon choix d’abandonner. Et de la fantasy étrangère (non anglophone, non francophone), alors là, je ne sais même pas où il faut chercher.

      Du coup, tu confirmes mon impression concernant ce premier tome. Plus qu’à lire la suite alors. 😉

      Aimé par 1 personne

      • symphoniedescieux dit :

        Toutafey, j’aimerais lire plus d’auto-édités ou aider les petites maisons, mais j’avoue que je ne sais même pas par où commencer les recherches (puis faut avouer que certains ne font pas envie non plus). Et même parmi les auteurs connus, j’ai de moins en moins de coups de coeur parmi les sorties récentes… :\

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  2. Deslacs dit :

    Un grand merci, Eleyna, pour cet avis sincère. 😀
    Je suis complètement d’accord avec cette analyse.
    Le premier tome est en effet une entrée dans cet univers.
    En salon, je préviens toujours le lecteur que ce tome ne conclut absolument pas l’histoire. En librairie ou sur le net, je ne peux pas en faire autant.
    La question de rattacher le tome 1 au tome 2 (qui fait 3 fois la taille du tome 1) s’est posée, mais l’option a été écartée. Le tome 2 ne donne davantage une sensation de fin. Voilà pourquoi les 3 tomes sont sortis en moins d’un an, c’est parce qu’ils forment la seule entité capable d’expliquer 90% des mystères de l’histoire. Mais là, c’est beaucoup trop épais pour l’impression ou le timbrage. L’option d’un tome 1 court, à petit prix pour tester le style et l’univers a donc finalement été retenue.
    Bref, tout ce paragraphe non pas pour se justifier, mais pour signaler ô combien la remarque était pertinente et que nous mêmes, nous nous l’étions posée.

    Aimé par 2 personnes

    • bulledeleyna dit :

      Merci pour cette réponse. 🙂

      Je comprends qu’il y ait des contraintes concernant l’impression et que les 3 tomes auraient donné un ouvrage beaucoup trop gros. Même si la progression du tome m’a un peu étonnée, j’ai pris suffisamment de plaisir à sa lecture pour entamer la suite. C’est donc que ça fonctionne.

      Merci en tout cas d’être passée sur ce blog, ça fait toujours plaisir en tant que lectrice de savoir que nos retours sont lus par les auteurs. 🙂

      Aimé par 1 personne

  3. Deslacs dit :

    Symphonie en parle mieux que moi, il faut dire qu’elle a suivi le cycle depuis le premier tome (j’ai dû mal à utiliser le mot « saga », parce que saga signifie « sur plusieurs génération »).
    Je n’ose jamais proposer mon roman en dédicaces à des lecteurs me disant lire que du polar, parce que techniquement c’est bien un récit de fantasy/fantastique/gaslamp, et l’enquête même si elle est bien présente et a une place certaine, n’est pas la pierre angulaire du récit.

    Aimé par 2 personnes

    • bulledeleyna dit :

      Ah, je vais remplacer par « cycle » dans ce cas. 🙂

      Après tout dépend du type de polar que les gens lisent, certains parlent aussi beaucoup des personnages et s’attardent notamment sur la psyché de l’enquêteur/détective principal. Mais je comprends que l’aspect « fantaisiste » du récit puisse rebuter ceux qui préfèrent un cadre réaliste. Chacun ses goûts (même si c’est bien aussi d’aller les tester un peu hors de nos genres de prédilection). 😉

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