[Ecriture] La bêta-lecture en quelques clichés #2 : La forme

   Aujourd’hui, nous allons continuer la bulle sur la bêta-lecture, commencée ici (#1 : Les bêta-lecteurs) il y a deux semaines. Dans cette première partie, je faisais un tour rapide des profils de bêta-lecteurs pas toujours pertinents dans leurs réflexions et avec une faculté parfois embarrassante à s’accaparer le travail de l’auteur qu’ils lisent. Dans cette seconde partie, je vais vous parler plus précisément de réflexions sur la forme, qui deviennent agaçantes à force de revenir sans cesse sans le moindre discernement (vous savez, comme quand on prend des antibiotiques alors qu’on est embêté par un méchant virus. C’est un traitement, mais pas le bon). Un troisième article, non prévu à la base, mais celui-ci devenait trop long, se concentrera sur les réflexions de fond (personnages, univers, intrigue…).

 

 Sur le style

Corriger, Preuve, Papier, Correction

 

  • Les adverbes maudits

   S’il vous vient un jour l’idée farfelue d’écrire, sachez que tout bon bêta-lecteur qui se respecte vous fera systématiquement la chasse aux adverbes et aux participes présents. Vous savez, ces mots qui ont l’audace de finir avec un sonorité en « ant » (particulièrement, véritablement, parlant, écoutant…). Le drame, n’est-ce pas ? D’ailleurs, pourquoi existent-ils dans la langue française ? Je vais être tout à fait honnête avec vous, je suis une utilisatrice de ces mots. J’aime la rondeur qu’ils donnent au texte, je les trouve appropriés pour mettre en place un certain rythme qui berce et entraîne le lecteur. Oui, je suis une vilaine rebelle des mots. 😛

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Savoir faire la part des choses. Evidemment qu’un texte rempli d’adverbes devient lourd à lire, mais cela ne signifie pas qu’il faut les chasser à la moindre occasion. Il existe des passages descriptifs ou narratifs qui s’y prêtent tout à fait. Apprenez aussi à goûter au style des autres. Celui-ci ne vous convient peut-être pas, mais reconnaissez qu’il n’abuse pas forcément de certaines choses. C’est juste que vous, vous ne les aimez pas (ou vous appliquez un peu trop les « règles » à la lettre).

 

  • Les verbes ternes de la mort

   Les verbes ternes sont, comme les adverbes, une liste de mots que tout bon auteur se doit de bannir définitivement (Ouh ! Adverbe !) de son texte. Fini les « être » et les « avoir », les « faire » et les « vouloir », vous avez la stricte obligation de trouver un synonyme à tous ces verbes, parce que, non, on ne peut pas tomber si bas dans l’usage de verbes familiers (c’est trop pas guindé, tu vois ?). Avouez que c’est ridicule. Pour preuve, certains livres primés commencent avec des paragraphes entiers à base d’être et d’avoir.

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Là encore, savoir prendre un peu de recul. Est-ce que, vraiment, ce premier verbe « avoir » qui apparaît à la 4e page du chapitre est à bannir ? Est-ce qu’utiliser un verbe moins courant vous semble vraiment plus pertinent ? Est-ce que vous ne laissez pas un peu trop parler votre ego d’individu lettré au détriment de ce qui doit être compris par l’ensemble du public cible (ah oui, j’avais oublié de vous le dire, mais effectivement, vous n’êtes pas le seul lecteur ^^). 

 

  • Les répétitions de la honte

   Comment ? Comment osez-vous utiliser deux fois le même mot de tout votre chapitre ? N’avez-vous pas un vocabulaire d’une richesse exemplaire ? Ne pouvez-vous faire preuve d’ingéniosité en évitant d’employer plus d’une fois un pronom personnel ? Honte à vous, vraiment, honte à vous ! Bien sûr, dans la langue française, il est mal vu de répéter un mot et sa richesse nous permet d’incroyables combinaisons. Mais ne voyez-vous pas un problème lorsque, en usant d’un logiciel (soyez honnêtes), vous traquez des répétitions qui se trouvent à 5 pages d’intervalle !

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Mentionner les répétitions qui vous sautent aux yeux à la première lecture, pas plus (à moins qu’on vous en fasse la demande, évidemment). Si vous utilisez un logiciel pour les traquer, ou si vous avez besoin de plusieurs lectures pour les voir, alors, ce ne sont pas des répétitions qui posent problème. Tout simplement.

 

  • Les expressions bannies

   Les cheveux blonds comme les blés, vous savez que c’est banni de tout texte qui se respecte, n’est-ce pas ? Oui, en littérature, on ne considère pas que le fond comme source de clichés. La forme aussi y a le droit. Et les expressions d’Homère et son aube aux doigts d’or sont totalement dépassées, pour ne pas dire, mises au pilori de la grande, l’immense littérature contemporaine. Osez en mettre une seule, UNE SEULE, et c’est le coup de règle sur les doigts assuré.

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Reconnaître qu’elles font parties de notre culture et qu’il n’est pas invraisemblable d’user de quelques-unes (on est d’accord qu’il ne faut pas exagérer non plus, chaque auteur se doit d’être un minimum créatif dans ses figures de style). Il me semble bien plus pertinent de les pointer du doigt si leur origine n’est pas cohérente au sein même du texte (par exemple, dire « que le diable l’emporte », alors que la notion de diable n’existe pas dans l’univers du texte).

 

  • La phrase ampoulée de l’autre-monde

    L’autre-monde est celui inaccessible du bêta-lecteur. Pour parler à chacun d’entre vous, sachez que beaucoup de bêta-lecteurs sont également auteurs, et parmi eux, certains ont la curieuse manie d’attaquer le style des autres, mais de refuser catégoriquement les remarques sur leur propre texte (si vous saviez combien ils sont nombreux, en vérité…). C’est particulièrement le cas en ce qui concerne ce que, dans le jargon littéraire, on nomme la phrase ampoulée. Comprendre, une phrase longue, riche en virgules, qui se veut généralement poétique ou du moins, démonstrative du talent certain de l’auteur pour enchaîner les mots en un tout cohérent (ça va, vous suivez ou je vous ai perdus à la première virgule ? ^^). C’est ce que beaucoup considèrent comme le style d’un auteur. Oui, dans la tête de certains, ça se résume à ça. Et si vous n’êtes pas capable d’en faire une (mais une bien, hein ? C’est à dire comme moi. Toi, tu ne sais pas écrire.), vous n’avez pas de style.

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Arrêter de se prendre pour le maître incontesté du « style ». Le style, ce n’est pas un fait établi avec des règles strictes et immuables. Le style est propre à chacun. On peut ne pas aimer, on peut corriger si la structure d’une phrase est incohérente ou alerter si on la trouve particulièrement longue, mais on ne peut pas imposer sa façon d’écrire une phrase. D’ailleurs, sachez que souvent, ce que vous prenez pour un style parfait devient difficile à lire sur la durée par de nombreuses personnes, même celles qui s’en félicitent. Et oui, ce genre de phrases n’est pas d’un usage naturel et demande beaucoup d’effort au cerveau. Or, les lecteurs sont de plus en plus fainéants de nos jours (et oui !).

 

  • Le dernier mot

   Non, il ne s’agit pas du mot de la fin, de celui qui clos l’histoire. Je parle de celui qui, entre l’auteur et le bêta-lecteur, aura le dernier mot sur un terme particulier (et certains s’acharnent sur tous les mots de l’histoire, TOUS LES MOTS). Si vous dites « écouter », il vous oppose « entendre », vous écrivez « expliquer », il vous répond « enseigner ». Bref, il sait mieux que vous le terme exact à utiliser dans la situation en question et s’échinera à vous le faire comprendre à coups de définitions et d’étymologies. Certes, il arrive qu’on utilise des mots par mimétisme, sans savoir exactement ce qu’ils veulent dire, et il faut dans ces cas-là les corriger. Mais a-t-on besoin de mettre un synonyme sous prétexte que ça convient mieux au bêta-lecteur ?

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Arrêter de se prendre pour un dictionnaire. Reconnaissez que ce n’est pas toujours justifié, et qu’il vous arrive d’êtres pointilleux sur un mot juste parce qu’il vous paraît moins agréable, moins adapté (même si c’est un synonyme, SYNONYME, je te redonne la définition ?), moins idéal pour le rythme (et on l’a vu plus haut, le rythme est lié au style de chacun, entre autre). Bref, intervenez si c’est justifié (problème de cohérence, de compréhension…).

 

Sur la structure

Graphique, Finances, Financiers

 

  • La terrifiante longueur des chapitres

   Cette anecdote est à comprendre selon deux points de vue. Le premier vient de ceux qui ont une peur maladive de se perdre dans leur lecture. Un chapitre doit être court, car il devient plus facile à lire (comme on découpe des livres en tomes pour que ça soit moins impressionnant… et faire plus d’argent. ^^). Du coup, certains s’amusent à compter le nombre de mots/signes afin de s’assurer que vous ne dépassez pas la limite qu’ils se sont arbitrairement fixés. Oui, une longueur de chapitre, c’est juste arbitraire. Dans le même ordre d’idée, nous avons ceux qui refuseront catégoriquement d’avoir des chapitres de longueurs différentes. C’est interdit (où, je ne sais pas, mais ça doit bien être marqué quelque part). Si votre premier chapitre fait 5 pages, les autres aussi. Point.

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Sortir le règlement qui indique clairement cette obligation. Plus sérieusement, le découpage d’un livre, c’est comme le rythme, c’est propre à chaque auteur. Vous aimez écrire des chapitre d’une page, ce n’est pas le cas de tout le monde. Vous aimez la régularité dans la longueur, ce n’est pas pertinent de se forcer à écrire 10 pages de plus pour coller aux autres chapitres. Un chapitre est un tout cohérent, il est souvent construit sur une unité de temps, de lieu ou de personnage. Si vous n’avez pas la même logique d’unité que l’auteur, ce n’est pas forcément lui qui a tort. Par contre, si vous voyez une faille dans sa propre logique de structuration, là, intervenez.

 

  • La guerre des incises

   L’incise est le nerf de la guerre des dialogues, tout bon auteur le sait. Le sait tellement bien qu’en tant que bêta-lecteur, il s’empresse de faire des réflexions à ce propos. Seulement, deux grandes écoles s’affrontent sur l’usage de l’incise. D’un côté, nous avons ceux qui estiment qu’il est nécessaire d’en avoir systématiquement afin de savoir qui parle. Or pour justifier la présence de ces incises, il est nécessaire de faire faire au personnage des actions (dit-elle en souriant de toutes ses dents, bien blanches, les dents). Si vous oubliez une seule incise, vous pouvez être sûre qu’on vous le rappellera (je sais que c’est Machin qui parle, mais tu pourrais le préciser en le rendant vivant. Non parce qu’il bouge quand même quand il parle). D’un autre côté, vous avez ceux qui ne supportent pas les incises (ça coupe le dialogue ! Et puis quand on est assis à table, on ne passe pas son temps à se lever pour aller essuyer un verre !). Par conséquent, on vous fera comprendre que l’action doit être expliquée en dehors du dialogue. Autrement dit, pas d’incise, tout doit être compris sans interférence.

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Contrôler ses excès. Le tout l’un ou tout l’autre est rarement une bonne solution pour tous (pour vous peut-être, je ne dis pas le contraire). Apprenez à reconnaître la pertinence d’une incise plutôt qu’à émettre l’obligation de tout mettre ou de tout retirer. Si l’incise permet d’identifier le personnage alors qu’ils sont nombreux dans la discussion, laissez-la. Si elle coupe pour la cinquantième fois la réplique, vous pouvez en faire la réflexion à l’auteur.

 

  • La chasse aux descriptions

   Vous connaissez le paradoxe de la description ? C’est quand un bêta-lecteur dit qu’il est important d’avoir beaucoup de descriptions pour rendre l’univers plus vivant, mais qui à la moindre occasion, va vous dire qu’elles ralentissent l’action (en gros, on s’ennuie). Il arrive que ce genre de réflexions surviennent même quand les descriptions sont intégrées à la narration. Pour faire simple, les gens veulent tout savoir, mais ne veulent pas faire l’effort de retenir. Et ça devient vite, très compliqué, car on ne sait plus quoi faire de ces fameuses descriptions (Oui, mais non, pas là. Enfin si, mais peut-être plus tard… mais du coup, je ne vois pas à quoi ressemble la ville… Non, mais en fait on n’arrive pas assez vite à la scène de bataille… Oui, mais du coup, elle a quelle tête la fille… Non, mais on ne décrit pas un personnage comme ça… Oui… Non…).

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Faire la comparaison par rapport au reste du texte. Pas par rapport à ce que vous aimez ou ce que vous écrivez. Si l’auteur utilise peu de descriptions de tout son roman, mais que le tout est cohérent et parfaitement compréhensible, il va falloir vous y faire, c’est ainsi qu’il écrit. Si certains moments vous semblent curieusement pleins ou curieusement vides de descriptions par rapport au reste, si leur absence vous empêche de comprendre la scène ou si leur présence vous empêche de suivre une action, vous devez en parler. 

 

  • La théorie de l’efficacité suprême

   Dans la droite ligne du précédent point, la théorie de l’efficacité suprême s’applique à vous donner la formule magique pour avoir une structure efficace alternant à la perfection narration, description, action et dialogue. Oui, vous ne rêvez pas, le bêta-lecteur qui vous en parle se propose de réécrire votre histoire selon son propre diagramme d’efficacité. Il vous démontrera par a+b (et généralement, appuyé de moult références d’auteurs connus), qu’il ne faut pas trop de descriptions ici, plus d’action là, raccourcir le dialogue à cet endroit, amener le climax à tel moment, formater votre histoire pour qu’elle rentre dans le saint moule du best-seller (Youpi ! On a réussi ! Un livre vendu et sans âme !).

Vérifier, Mark, Bien, Fait, CorrigerCe qu’il serait bien de faire : Laisser le texte respirer. Peut-être ne le savez-vous pas, mais nous ne respirons pas tous de la même façon. C’est le cas pour les histoires. Certaines seront plus contemplatives, certaines rompront avec le schéma traditionnel, certaines useront de quantité de descriptions, d’autres non. C’est surprenant, déroutant, inhabituel, et ce n’est pas plus mal. Tout changement à vos habitudes n’est pas incohérence, et toute « difficulté » n’empêche pas de finir un livre.

 

Quoi dire sur la forme ?

Papier, Romance, Symbole, Saint Valentin

   Il n’y a pas de recette miracle pour bien commenter sur la forme et je ne vous donnerai pas plus de conseils que ce que sous-entend déjà cette bulle. Adaptez-vous à la personne que vous bêta-lisez. En vérité, il n’y a pas de problème à faire des commentaires sur touts les points que je viens de citer. Bien au contraire, il faut savoir parler de la forme, rappeler les règles de la langue française, faire part de ses difficultés à lire certains passages et aider l’auteur à reconnaître quand il s’engage sur une mauvaise voie. Mais il faut le faire sans volonté d’imposer ses croyances, ses convictions (ce qui relève du subjectif). Vous pouvez dire que vous pensez que tel mot ne convient pas, mais si l’auteur refuse d’user d’un synonyme, c’est son choix, inutile de le fustiger, de le menacer ou de lui jeter à la figure toutes les références littéraires à ce propos (surtout que si l’auteur est aussi caractériel que vous, il risque fort de vous les renvoyer en pleine face). Bref, inutile de camper sur vos positions, laissez l’auteur faire ses choix. 🙂

   Voilà, pour la forme. Il nous restera à voir dans la dernière bulle, les réflexions de bêta-lecture concernant les personnages, l’univers ou encore l’intrigue.

Alors, certaines réflexions vous parlent ?  😉

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8 réflexions sur “[Ecriture] La bêta-lecture en quelques clichés #2 : La forme

  1. symphoniedescieux dit :

    Tu ne t’étonneras pas, mais il me semble que mon article de la semaine prochaine reprend 2-3 de tes points^^
    Sinon, je crois que j’ai dû avoir à peu près toutes ces remarques à un moment où un autre. Si elles sont parfois justifiées, des fois c’est un peu frustrant que le seul commentaire que l’on obtient sur une page de texte (un peu plus de 500 mots), c’est : tu utilises deux fois le mot « ciel ». Euh… merci ? suis pas sûre que si je remplace par « voûte azurée » ou quelque chose du genre, ce sera mieux, m’enfin…
    Quand j’ai commencé à béta-lire, j’avoue que je faisais très attention à tout ça, parce que ce genre de remarques revenait sur tous les textes (donc c’était important). Avec le recul… eh bien je ne les mentionne que si vraiment je les trouve gênantes. Je me fie davantage au rythme et au son de la phrase, bref à sa mélodie, qu’à ses composants pris un à un.
    Évidemment qu’un texte truffé de répétitions, de verbes et de locutions toutes faites peut être lourd, tout comme un gâteau trop sucré peut être mauvais (oulà ! c’est quoi cette comparaison), mais du sucre, il en faut un peu, sinon c’est fade. Tout est une question d’équilibre et de dosage (et, comme tu le dis, d’accepter que tout le monde n’écrit pas comme soi-même).

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    • bulledeleyna dit :

      Pas de soucis, je n’ai pas déposé de brevet sur le sujet. ^^

      On est bien d’accord. L’auteur, tout comme le bêta-lecteur, doit bien entendu laisser son ego de côté. Mais je tenais à parler de cette problématique conflictuelle de ce point de vue, parce qu’il arrive bien plus souvent qu’on reproche à un auteur de faire sa tête qu’un bêta-lecteur. Or, ce n’est pas parce qu’il a l’amabilité de consacrer du temps à la lecture d’un projet, qu’il doit se considérer comme maître de celui-ci. Il y a une différence entre « je ne comprends pas ce que tu as voulu dire » et « je préférerais que tu mettes ça là en utilisant ce mot-là et en coupant la phrase comme ça ».

      Les premiers points, quand ils ne sont que ça dans une bêta-lecture, sont effectivement les plus agaçants. Parce qu’on finit par croire que le bêta-lecteur n’a même pas cherché à comprendre le sens du texte, mais a seulement voulu le décortiquer pour en chercher la faille. Je rappelle, pour ceux qui liraient ce commentaire, que sur les forums et autres structures du genre, on demande aux jeunes auteurs de faire des efforts dans leurs commentaires, et c’est souvent là-dessus qu’ils s’acharnent, parce que c’est plus simple (puis ils gardent ce réflexe lorsqu’ils font de la bêta-lecture sur texte entier). La faute incombe donc autant au système de bêta-lecture de ces plateformes, qui n’accompagnent pas correctement les gens dans leur analyse de texte, mais plutôt les pousse à chercher la faute, quitte à faire passer leur subjectivité comme seule loi.

      Je me suis, comme toi, laissée entraîner dans cette traque néfaste des mots interdits, à contempler les pourcentages et à mimer le comportement des bêta-lecteurs plus anciens, parce que je pensais que c’était cela être un bon bêta-lecteur. Mais ce n’est pas vrai. On n’oblige pas un auteur à faire ce qu’il ne veut pas faire. Le bon dosage est comme tu le dis, primordial, mais il faut savoir reconnaître que nous n’avons pas tous les mêmes goûts. Ce qui est trop sucré pour l’un, peut être parfait pour l’autre ; la recette, elle, était correcte. 😉

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      • symphoniedescieux dit :

        En fait, la prise de conscience s’est faite quand j’ai commencé à « décortiquer » inconsciemment des textes publiés. Des romans encensés pour la plupart, et pourtant usant (ouh ! pas bien !) de verbes ternes, répétitions et compagnie pour éviter de recourir à des formules alambiquées et peu naturelles. Et le texte se lisait très bien malgré ces vilains verbes être et avoir. Des fois, j’ai l’impression que sur les forums d’écriture on se prend la tête pour des détails, plutôt que de s’intéresser aux problèmes de structure, de cohérence etc…

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  2. Alhiyanna dit :

    J’écris régulièrement même si je n’ai pas la prétention de me lancer dans un roman. Je suis plutôt versée dans de la prose axée vers la poésie ou sur l’écriture « jeux de rôle » (participative en somme). J’ai donc une expérience totalement différente dans mes textes et avec mes lecteurs-auteurs puisqu’ils sont acteurs de mon jeu de plume . C’est pourtant avec plaisir que j’ai lu cette deuxième partie !

    Je me suis sentie concernée par la partie sur les adverbe puisque j’en use fréquemment. J’ai eu la sensation de commettre un crime en lisant tes premières lignes à ce sujet. Je pense qu’utilisés à bon escient et avec parcimonie, ce n’est pas ces détails qui plombent une lecture. Quand le texte ne me paraît pas dissonant, je ne m’arrête pas dessus. J’ai plus de difficultés avec les auxiliaires et le verbe « faire » dont je ne suis pas une grande adoratrice. Oui, je trouve que ça rend le texte pauvre en vocabulaire mais uniquement quand on parle d’exagération. Un paragraphe qui pourrait s’étoffer aisément avec d’autres termes alors qu’il est rempli d' »avoir », « être » et « faire » me ramène a une lecture plus adolescente. C’est peut-être un goût assez personnel et tout dépend ensuite du reste de la narration. Si la globalité n’est pas « terne » alors des verbes simples ne sont pas dérangeant. C’est le tout qui permet la juste mesure.

    J’ai bien ri sur les expressions bannies. Il en existe pourtant parmi les auteurs publiés, surtout pour la jeunesse. C’est dommage de les sanctionner si elles ne sont pas récurrentes. Après tout, ça fait parfois le charme d’un récit : on peut reconnaître un personnage à sa chevelure d’or à condition qu’on ne le répète pas pendant tout le roman.
    Ah j’aurais tellement à dire sur « le dernier mot » alors que j’adore jouer avec les nuances. L’interprétation joue un rôle tellement crucial là-dedans ! Si j’utilise un mot au lieu d’un autre, c’est souvent parce que j’estime que sa connotation est la plus proche de ce que je souhaite dire et pourtant, je suis une grande amatrice de la sonorité des phrases. Il m’arrive de ne pas aimer la poétique de mon paragraphe et de devoir l’écrire de nouveau entièrement. Je passe souvent des heures sur un paragraphe. Mes camarades de jeu ne comprennent pas toujours ma lenteur à écrire une réponse.

    Bref… beaucoup de verbiage, désolée.

    Aimé par 2 personnes

    • bulledeleyna dit :

      Mais je t’en pris, ne t’excuse pas pour la longueur de ton message, cela me fait très plaisir. 🙂

      Peu importe la forme ou le but, tant qu’on trouve dans l’écriture de quoi satisfaire sa créativité. 😉 Je ne suis guère douée pour la poésie, et j’avoue avoir une certaine réserve quant à l’écriture à plusieurs mains, même si je connais un peu les jeux de rôles.

      Je suis d’accord avec toi, l’important c’est la juste mesure. Or, il faut aussi comprendre que cette idée de justesse n’est pas identique d’un individu à l’autre. Je suis contre l’excès imposé aux autres, or c’est ce qui ressort souvent de certaines bêta-lectures. Un verbe terne, hop souligné, un adverbe, directement raillé. Peu importe que ce soit le premier du chapitre alors qu’on arrive sur sa fin. Cela laisse une impression d’automatisme, à croire que certains ne lisent pas le texte pour le comprendre, mais pour trouver des failles (et quand on part avec cette idée en tête, on fait tout pour qu’il y en ait).

      J’avais lu un article, il y a quelques temps, sur la différence entre un correcteur et un bêta-lecteur. Et je crois bien que de plus en plus souvent, les bêta-lecteurs sur les plateformes (je ne parle pas de ceux qui lisent un texte entier, ils ont moins le temps de chipoter sur chaque mot) se rapprochent de plus en plus du correcteur en oubliant leur rôle premier de bêta-lecteur, celui qui de donner un ressenti sur l’histoire.

      Je suis un peu comme toi pour l’usage d’un mot, même si cela se fait de façon plus inconsciente. La sonorité et le rythme sont importants, c’est pour cette raison par exemple que j’aime les adverbes modaux qui donnent un rythme différent à la phrase, ou encore que je garde un verbe terne là où certains me recommandent un synonyme. Le verbe est moins élaboré, certes, mais la sonorité elle, correspond bien plus à ce que je veux transmettre.

      Je trouve cela bien que tu prennes le temps de parfaire ton texte avant de le donner à lire aux autres. Même si la notion de jeu laisse penser qu’on peut se passer d’une écriture parfaite (au sens de parfaite pour soi), je pense que ça reste l’occasion de s’améliorer et d’entretenir sa créativité. 🙂

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  3. Olivia Billington dit :

    L’essentiel est de ne pas tomber dans l’excès, ni dans un sens, ni dans l’autre.
    Le bêta donne un avis subjectif, point (sauf bien sûr, quand il est question de grammaire) (et encore, quand il s’agit de tournures de phrase, on peut se laisser aller à des libertés). Il faut avoir confiance en son style, en ses intrigues et ne pas voir les conseils comme des directives.
    Quand je bêta-lis, je suggère rarement des modifications, je dis plutôt ce qui me gêne, et c’est à l’auteur de voir s’il a envie d’effectuer un changement, ou pas.

    Aimé par 1 personne

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