[Ecriture] Participer à un Appel à Textes (AT)

 Puisque j’ai parlé dans Publication du recueil « Sombres Tombeaux » de ma récente expérience, je me suis dit qu’il serait intéressant de vous souffler une petite bulle qui contera plus en détail l’intérêt des Appels à Textes.

Un AT, c’est quoi ?

 Un AT est un Appel à Textes, une sorte de concours lancé par de petites maisons d’édition, des revues littéraires ou des fanzines dans le but de publier un recueil ou une anthologie. Il n’y a pas un vainqueur, mais bien plusieurs textes sélectionnés selon la taille de l’ouvrage ou le nombre de nouvelles envisagé par l’éditeur ou le comité de lecture. Ainsi, tout le monde à sa chance.

Un AT, pour qui ?

Avatar, Clients, Clientèle, Icônes

Pour ceux qui aiment écrire, bien sûr. Nous sommes nombreux en France à gratter quantité de pages du bout de nos plumes (ou plus couramment, à encombrer notre disque dur de fichiers textes). Certains par besoin ou plaisir, d’autres dans le but de publier des centaines de milliers d’exemplaires afin de vendre ensuite les droits de leur best-seller aux studios hollywoodiens (oui, un miracle n’arrive jamais seul, c’est bien connu). Le problème pour les auteurs de cette seconde catégorie, c’est que le chemin est semé d’obstacles conséquents qui limitent grandement les possibilités de faire adapter son oeuvre sur grand écran. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet (qui pourrait être celui d’une autre bulle), mais pour faire court, il y a peu de chance pour que le premier roman d’un auteur inconnu soit publié à compte d’éditeur et plébiscité par tous les critiques littéraires.

 

Un AT, pour quoi ?

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 Autant se le dire tout de suite, avant de se lancer dans une traversée de l’océan (généralement avec son roman de coeur, ce qui est d’autant plus douloureux), autant commencer à apprendre à nager dans un petit bassin. Je n’entends pas par là apprendre à écrire, mais découvrir les attentes d’un lectorat, savoir si votre style répond à une ligne éditoriale précise, apprendre à relativiser et accepter que le texte envoyé n’est pas un produit fini (JAMAIS ! ou alors c’est un compte d’auteur). Les Appels à Textes restent un bon moyen de s’exercer et d’appréhender ces différentes notions.

 Et ceci s’explique sur plusieurs points :

  • C’est l’éditeur qui cherche des textes

 Avouez que c’est toujours plaisant quand on vient à vous pour du travail et non l’inverse. Ici, c’est un peu la même chose. Les maisons d’éditions ou collectifs littéraires ont besoin de matière première à exploiter. Et ils la trouvent chez vous et moi, auteurs en devenir, qui aimerions partager nos histoires avec le plus grand nombre (et non seulement avec la vieille tante qui aime tout ce que vous faites).

   Que l’on se comprenne, on ne vous attend pas vous spécifiquement, mais de belles histoires, de surprenants récits ou d’incroyables péripéties qui pourraient bien être mis en mots par votre plume.

  • Le format demandé est une nouvelle

 Oui, dans la plupart des cas, il est demandé un nombre limité de caractères, généralement entre 20 000 et 60 000. Une bonne nouvelle pour beaucoup, car cela signifie une histoire courte, donc moins de temps de préparation, moins de temps d’écriture et moins de temps de correction qu’un roman. Vous pouvez ainsi travailler sur plusieurs projets en parallèle de votre roman de cœur.

   À noter que pour certains auteurs, cette limitation est une véritable contrainte, car il leur faut alors taillader dans le gras pour passer sous la barre éliminatoire (oui, les comités de lecture éliminent souvent directement les textes ne répondant pas aux règles énoncées, même si l’histoire peut être tout à fait passionnante).

  • Le thème est souvent imposé

 Comment ! allez-vous vous exclamer. En quoi est-ce un bon point ? C’est le cas, dans le sens où cela oblige certains à sortir de l’obsession de leur roman de coeur pour s’ouvrir à d’autres sujets, à d’autres genres, ou même à d’autres styles d’écriture. Certes il faut trouver une idée en rapport avec la ligne directrice imposée par l’éditeur, mais l’idée exposée est souvent vague, de nature à jouer avec les perceptions de chacun. Si je vous dis l’amour, certains imagineront une histoire torride entre deux amants croisés dans un train, d’autres le combat d’une mère pour son enfant malade, ou encore cette petite vieille qui à décider de fonder un refuge pour les chats de son village. Oui, en l’absence d’explications, vous avez carte blanche et pouvez laisser libre cours à votre imagination. Et ça, c’est un moteur créatif formidable, vous ne trouvez pas ?

   Bien sûr, certains thèmes sont plus restrictifs que d’autres (d’autant que les membres du comité de lecture ont leur attente personnelle). Ce sera alors à vous de vérifier que vous respectez bien les consignes.

  • Vous pouvez être rémunérés

Bon, soyons honnêtes, c’est loin d’être le cas pour tous les AT. Beaucoup sont organisés par des associations ou des collectifs qui ne gagnent pas d’argent dessus, ou juste de quoi faire tourner la boutique (comprenez, faire imprimer les revues). Cela doit toujours vous être clairement expliqué. Généralement, en échange de vos droits de reproduction et représentation de cette oeuvre durant un temps plus ou moins long (entre 6 mois et 5 ans généralement), vous obtenez des exemplaires gratuits ou des prix dégressifs afin de pouvoir vous-même revendre fièrement recueils et anthologies contenant votre texte (regarde papa, il y a mon nom là !).

 Parfois, si votre texte a été sélectionné par une maison d’édition, vous pouvez signer un contrat à compte d’éditeur (et juste à compte d’éditeur, fuyez les autres). Vous toucherez alors un pourcentage sur les ventes numériques et brochées du recueil, un pourcentage qu’il faudra bien sûr partager avec les autres auteurs (autant vous dire que, si le pourcentage pour un auteur seul tourne autour des 10%, concernant un recueil, il ne vous reste plus grand-chose). Très franchement, vous ne gagnerez pratiquement rien (certainement pas de quoi vivre), mais vous aurez au moins la satisfaction d’être rémunéré pour votre travail (et franchement, vous n’y pensiez pas vraiment lorsque vous aligniez les caractères sur votre traitement de texte).

 

Comment y participer ?

Café, La Caféine, Beverage

 Vous voudriez bien, mais vous ne savez pas par où commencer. Déjà, cherchez les AT en rapport avec le ou les gens littéraires que vous affectionnez (car oui, si vous aimez écrire des romans érotiques, inutile de vous attardez sur les AT jeunesse). Vous pouvez pour cela vous rendre sur les sites des maisons d’édition ou des collectifs littéraires, qui ont parfois une section dédiée. Vous pouvez aussi vous rendre sur des sites spécialisés dans le recensement d’AT.

 Par exemple, écrivant des histoires de fantasy ou de science-fiction, j’ai l’habitude d’aller sur ce site, qui regroupe une partie des AT en SFFF (acronyme regroupant toutes les littératures de l’imaginaire).

Epopées Fictives

 Un sujet vous plaît, il ne vous reste qu’à écrire un texte, ou reprendre une nouvelle traînant dans vos tiroirs poussiéreux, qui respectera les consignes données. Oui, car bien souvent, on vous demandera bien sûr de respecter le thème, mais aussi de mettre en page selon des consignes plus ou moins précises. Un non-respect de ces règles peut être éliminatoire (même si on a bien envie de dire aux organisateurs que, vu qu’on est payé des clopinettes, ils pourraient au moins se charger de la forme).

 Bien entendu, vous avez une date butoir à respecter, et s’il arrive que l’échéance soit repoussée, mieux vaut se donner une petite marge pour s’assurer d’être dans les temps. Il ne vous restera plus qu’à attendre la réponse du comité de lecture (soyez patients, ses membres ont une vie à côté de la lecture consciencieuse de votre incroyable histoire).

 

Quoi faire si je suis sélectionné ?

Champagne, Trinquer, Alcool, Bulle

 Tout d’abord, félicitations ! Vous avez réussi à toucher un public plus large que votre famille et vos amis, et ce n’est pas rien. Maintenant que vous avez ouvert le champagne et essuyez votre larme de joie, préparez-vous à vous remettre au travail. Oui, comme précisé plus haut, un texte envoyé n’est jamais sous sa forme finale. Le comité de lecture, bien que ravi par votre prose, aura quelques suggestions de modifications à vous soumettre. Je sais, c’est dur. On ne vous demande pas de tout accepter en bloc, mais l’inverse serait tout autant malvenu. Il vous revient de trouver un compromis qui satisfera à la fois votre ego et vos potentiels lecteurs. Suivant l’implication de l’éditeur, vous pouvez avoir un à plusieurs retours avant d’aboutir à la version finale.

 Second point à vérifier, votre contrat. Même si vous ne gagnez rien, on vous demandera bien souvent de céder vos droits de propriété sur ce texte pour une durée précise (parfois renouvelable). Vous pourrez par la suite récupérer votre histoire et en faire ce que bon vous semble (la publier dans un nouveau recueil en auto-édition par exemple). Si votre contrat est à compte d’éditeur, vérifier qu’il respecte bien vos droits et surtout, qu’il ne vous engage pas sur vos prochains textes (le contrat doit parler nommément de votre nouvelle, et uniquement elle).

 

Et une fois publié ?

Livre, Or, Bible, Éducation, Lecture

 Une fois tout cela fait, vous n’avez plus qu’à attendre la sortie officielle du recueil (et sortir une deuxième fois les bouteilles de champagne). Bon, sachez tout de même que la plupart du temps, le recueil sera uniquement en numérique, et s’il existe une version brochée, elle sera en exemplaires limités ou en impressions à la demande. Malheureusement, ça signifie qu’il sera assez rare de se retrouver avec un ouvrage à dédicacer (vous pouvez toujours imprimer l’ebook et le faire relier pour l’offrir à votre tonton préféré).

 En conséquence, il y a peu de chance pour trouver votre nouvelle en librairie, même si vous pourrez admirer le recueil sur Amazon (et c’est à peu près tout). Car malheureusement, la plupart des petites maisons d’édition ont des réseaux et des moyens limités, impactant le rayonnement publicitaire. Attention, je ne dis pas qu’elles ne font rien (certaines sont très sérieuses et s’investissent énormément), mais elles ne pourront jamais rivaliser avec les grandes maisons du même genre littéraire. Autant vous dire que si vous voulez vous faire connaître par cet intermédiaire, il va falloir vous-même investir du temps et de l’énergie dans la promotion de l’ouvrage (mamie, tu n’aurais pas besoin de caler ta porte ? ça tombe bien, j’ai un livre à te vendre…).

 

Un AT, est-ce utile ?

Papier, Romance, Symbole, Saint Valentin

 On peut évidemment se demander si consacrer du temps, des larmes et des efforts à une activité qui ne vous rapportera presque rien, pour un texte qui ne sera lu que par quelques dizaines ou centaines de personnes, est véritablement utile. La réponse dépend de ce que vous désirez vraiment. Si vous aimez simplement écrire, exprimer des émotions, ou expérimenter de nouveaux styles, alors vous n’avez rien à perdre (vous pouvez aussi continuer d’écrire pour vous, mais avoir un regard extérieur est parfois bien plaisant).

 Si vous êtes de ceux désireux de trouver la gloire, ou du moins un public enthousiasmé par vos écrits, sachez que rien ne se fait du jour au lendemain. Certes, vous avez d’autres possibilités pour vous faire connaître (les forums, les plateformes comme Wattpad…). Avec un AT, votre principale récompense est une reconnaissance de votre talent d’écrivain par des amoureux de la littérature (ainsi qu’une petite visibilité auprès d’un potentiel lectorat). Une première pierre à votre édifice littéraire, en somme.

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3 réflexions sur “[Ecriture] Participer à un Appel à Textes (AT)

  1. Antios dit :

    Un bon article sur les AT ! Tailler dans le gras pour parvenir aux limites de caractères pour les nouvelles est le plus dur… Au début, on pense que notre texte sera assez court, puis, au fil de l’écriture, on se rend compte que la nouvelle pensée comme courte devient tout à coup de plus en plus longue dans la tête ^^. Presque pour devenir une novella, voire un roman !

    Merci en tout cas Madame Eleyna !

    Aimé par 1 personne

    • bulledeleyna dit :

      Je pense que ça dépend de la personne, mais aussi du sujet. Pour l’AT de Sombres Tombeaux, je n’ai jamais eu la pression de la limite de caractères, j’étais bien en dessous. Pour d’autres, j’étais au-dessus et il fallait effectivement revoir la nécessité de certains mots, voire passages. C’est tout un travail, mais c’est aussi ce qui est gratifiant lorsqu’on parvient à un résultat satisfaisant, à mon sens.

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      • Antios dit :

        Oui cela dépend des personnes bien sûr, j’ai un peu trop tendance à me laisser porter par l’histoire. C’est surtout un travail, comme tu le dis, et un travail très formateur qui permet de bien affiné sa plume pour l’écriture d’un projet plus ample, celui d’un roman. Et, évidemment, si le texte est retenu et que le travail paye, c’est très gratifiant et cela donne une motivation supplémentaire.

        Aimé par 1 personne

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